Retour de textes – Invitation à écrire N°3

Retrouvez tous les textes que vous avez produit en lien avec la troisième invitation à écrire imaginée par Dominique Osmont ! 

Celle-ci portait sur le roman Rose la nuit de Maryline Desbiolles

Pour rappel, l’idée de cette invitation était de répondre à l’annonce : « Écrivaine cherche des personnes se prénommant Rose pour l’écriture d’un roman. » en produisant un texte d’une vingtaine de ligne qui parle d’un moment marquant dans la vie d’une Rose. 

 

Vous écrirez un texte qui parle d’une Rose, un portrait de quelqu’un qui aime le printemps, plus particulièrement le mois de mai. A vous de dire pourquoi elle répond à l’annonce en parlant d’un moment particulier de sa vie.

Bonne lecture ! 

Alexandre Maincent

Bonjour, je m’appelle Rose et je crois que le mois de mai a changé ma vie.
Chaque année, quand les arbres redeviennent verts, je sens quelque chose se réveiller en moi. Les matins sont plus doux, l’air sent la pluie tiède et les lilas du jardin de ma grand-mère.
J’avais quinze ans le premier mai où j’ai compris cela. Mon père venait de partir de la maison et tout me semblait gris. Je passais mes journées sans parler, les yeux perdus derrière la fenêtre. Puis un matin, ma grand-mère m’a emmenée au marché aux fleurs.
Je me souviens des tulipes rouges alignées comme des flammes, des abeilles qui tournaient autour des pivoines et du soleil sur les pavés encore mouillés. Elle m’a acheté une petite rose blanche en pot et m’a dit : « Regarde, même les fleurs repoussent après l’hiver. »
Depuis ce jour, mai est devenu mon refuge. C’est le mois où je recommence à respirer, où je retrouve confiance dans le monde. Si je réponds à cette annonce aujourd’hui, c’est parce que je pense que certaines saisons peuvent réparer les cœurs. 

Bonjour, Je m’appelle Rose et j’ai exhumé, l’épave d’un géant d’acier devenu tristement célèbre.

Ce prénom me va à ravir : j’incarne la délicatesse d’une rose et la résistance de ses épines. Mon histoire d’amour avec Jack a fait rêver le monde entier.

Symbole d’un amour qui brave les conventions sociales et dépasse la tragédie, j’incarne le courage. Je symbolise aussi la liberté. Pour toute une génération, Rose c’est l’image de cette jeune femme libre levant les bras sur la proue d’un bateau sur le point de couler.

Aujourd’hui, cette image résonne comme une métaphore troublante : celle d’une jeunesse ivre de sa victoire à la Coupe du monde et d’un été de promesses… avant la chute dont nous mesurons aujourd’hui toute l’ampleur.

Notre folie de grandeur annonçait-elle le naufrage ?

Bonjour, je m’appelle Rose et j’ai découvert ton annonce, il y a déjà deux mois. Après

beaucoup d’hésitations, je me décide à t’écrire, mais il faut que tu saches que depuis mon plus jeune âge je me débats avec les images contradictoires que véhicule ce prénom, au point que je l’ai délaissé pour un autre. J’ai toujours éprouvé une grande gêne entre celle d’une fleur fragile et odorante, symbole de beauté et de douceur, et celle souvent occultée des épines qui pour moi symbolisent la répulsion et la douleur. Je suis plutôt épines que pétales.

Comme tous les ans au mois de mai, j’aspire en un monde nouveau lumineux et vert tendre, à la fragrance de fleurs odorantes, aux chants joyeux des oiseaux. Depuis ma fenêtre, je cherche désespérément la brise d’un parfum d’espoir. Lors de la promenade, je ressens sur mon corps la douceur des rayons du soleil printanier, mais ils sont hélas incapables de réchauffer mon cœur.

La nuit dernière, j’ai fait une rencontre improbable. Celui que j’ai croisé dans mon rêve a chuchoté mon prénom, cela m’a ému, il y a si longtemps qu’on ne m’avait appelée Rose. Il m’a parlé du temps présent, de la nature luxuriante, des bourgeons et des fleurs qui sont des mots d’amour qui porteront des fruits et sont le souffle de la vie. En me quittant, il m’a rappelé que chaque printemps est un nouveau départ, porteur d’espoir. À mon réveil, j’ai pleuré.

Ici, le printemps comme les autres saisons n’existe que dans mes rêves et mes souvenirs. Ici, les horloges semblent s’être arrêtées, comme si chaque jour reproduisait le précédent. Depuis trois ans, je suis incarcérée dans une maison d’arrêt, prisonnière de murs gris et ternes, enfermée dans un silence pesant malgré les bruits permanents de la prison.

T’écrire ces quelques lignes m’a fait du bien. Pour te parler des épines de ma vie, il faudrait bien plus qu’une simple lettre.

Rose

Bonjour, je m’appelle Rose et je suis absolument ravie d’être là ! J’ avoue que j’ai un peu peur, je suis timide de nature. Qu’est-ce qui m’a fait répondre à votre petite annonce ? Mon goût pour l’aventure je pense. Pour les choses nouvelles. C’est comme le printemps ! J’ adore le printemps, les fleurs éclosent, les oiseaux gazouillent, l’eau ruisselle… J’aime plus particulièrement le mois de mai. Peut être parce que la nature est à son apogée mais peut-être aussi parce que ma grand-mère est née en mai. Pour fêter ça, on aime beaucoup plonger nos mains dans la pâtisserie, sentir les effluves gourmandes, se mettre de la farine sur le nez, rire aux éclats derrière les fourneaux.

Je vis seule chez elle. Elle est aveugle, j’aime lui lire des histoires. Mes histoires. Et oui ! J’adore écrire mais aucun éditeur n’a jamais voulu me prendre. Je ne leur en veux pas. Que mes histoires plaisent à ma grand-mère est plus précieux que toutes les critiques du monde. Mais au-delà de ma curiosité pour cette annonce, c’est une raison plus égoïste qui m’amène…

Je vais bientôt mourir. Ah ah ! Ne faites pas cette tête ! Il est vrai que ça peut paraître un peu brutal dit comme ça. Je suis endommagée. Ma grand-mère me surnomme «  Mon petit cœur ». Ironie du sort, mon cœur à moi peut s’arrêter de battre à tout instant. Ma grand-mère ne pourra rester seule et une fois qu’elle nous quittera, plus personne ne se souviendra de nous deux.

Aucun éditeur ne veut de mes écrits. Je ne pourrai transmettre mon histoire. Je ne serai qu’un nom dérivant dans le flot de tous les autres noms de l’histoire. Alors je réponds à votre belle annonce pour que vous écriviez ma vie et que moi et ma Mamie puissions avoir un héritage. Oh, je vous vois tout peinés. Ne vous inquiétez pas, je me suis préparée à mourir. Je profite, j’avale la lumière, me nourris de joie aux côtés de la plus belle femme que j’ai connue et viens vous voir, pour que mon prénom, Rose, soit éternellement gravé sur les pages, écrites de la plume d’une écrivaine telle que vous.

Rose des herbes hautes

Bonjour, je m’appelle Rose et je crois que ma tête s’enlise peu à peu dans les replis d’une fange noire et gluante où les souvenirs se noient, impossibles à retenir. Ça a commencé avec des petits riens : le nom d’une rue, une casserole laissée sur le feu, le visage d’une voisine croisée pourtant depuis vingt ans.

Alors, maintenant j’ai peur que le printemps lui-même finisse par ne plus rien réveiller en moi et que cette journée de mai disparaisse avec le reste.

C’était il y a longtemps. Je portais une robe fleurie, et lui se tenait à mes côtés, les jambes pleines d’herbe coupée. Nos mains ne se lâchaient pas, tachées de cerises charnues que nous avions volées sur l’arbre, leurs queues accrochées à nos oreilles. Les nuages avaient avalé la lumière d’un coup avec cette odeur de terre mouillée qui annonce la pluie. L’orage nous a traversé tout entier, et trempés jusqu’à l’os, nous nous sommes mis à danser, à rire, de ces rires insouciants qui vous font tourner la tête et forcent les lèvres à se rapprocher.

Nous nous sommes embrassés au moment où le soleil revenait. Je me souviens encore du goût fruité de ce baiser humide et du rossignol sur la branche, qui nous accompagnait de son chant.

Il a déménagé le lendemain avec sa famille et toute ma vie, je n’ai cessé de le chercher.

Alors je réponds à votre annonce.

Parce que si ma mémoire doit me lâcher, j’aimerais au moins que cet instant de mai survive quelque part. Dans un livre. Dans les yeux d’un inconnu. Peu importe.

Et dans mes rêves les plus fous, je voudrais qu’il se reconnaisse.

Et qu’il me revienne, avant que son visage ne me quitte pour de bon.

Bonjour, je suis fière de m’appeler Rose.

Parfois seule ,

souvent aux côtés d’autres,

Rose a pris part aux rebellions contre la dictature.

Elle a souvent failli perdre la raison

de peur, de rage face aux massacres des siens.

Elle est morte un jour de mai, dans les bras de son mari, mon grand père.

Depuis, notre pays est libéré

Et chaque mois de mai

Réunit notre famille autour de sa sépulture et de celle de Juan, son mari.

Nous prions, nous chantons, les larmes aux yeux pour la célébrer.

Un rosier embaume nos cœurs et nos âmes.

Je suis fière de m’appeler Rose,

Comme ma grand mère qui n’a eu de cesse de marcher auprès des plus démunis.

Chaque mois de mai m’insuffle la force de mon aïeul.

Elle est à mes côtés et éclaire mes pas.

Je suis fière de m’appeler Rose et d’éclore pleine d’espoir à chaque mois de mai.

Bonjour je m’appelle Rosa.

En ce mois anniversaire de mai, un vent tempétueux de Mer d’Iroise soulève un manteau marial bleu étoilé, embrumé d’Armor et d’Argoat.

Calfeutrée dans ma toge, moi Rosa dont le matronyme est Carmelle, je chéris ma vie profondément tricolore, qui se décline en une œuvre aussi bien ébène, érubescente ou albâtre, teintée d’introspection inspirée, de panache et de candeur qui n’a rien d’une vie de Carmélite. Depuis le trauma de mon exil costarmoricain, quelque chose d’impérieux a œuvré dans le respect d’une fraîcheur d’âme bioluminescente.

Tout un cycle d’engendrement à partir du germe de bouton de rose, m’a sculptée, moi la candide Rosa Carmelle, translucide et tendre, déployée dans un 20ème siècle stupéfiant, ballottée entre l’étrangeté de « l’enfant indigo immarcescible » et la femme, mère et grand-mère « arc-en-ciel »,  en éclosion, en ce 21ème siècle chaotique et prophétique.

Trait d’union d’un état intérieur Rose-Croix de sagesse en devenir, manifestée dans cette civilisation de l’Amour, la Rose que je suis en essence, a fini par embrasser Carmelle, pressentant combien je suis une gardienne de la terre mère pourprée et des cœurs rutilants, dans cette tapisserie humaine d’une complexité irréfragable.

Mon regard zoome et dézoome, captant et saisissant quelques mystères, au vol de l’aigle bleu électrique : faire confiance aux murmures et tissage des cavernes profondes, retisser le fil d’or de la rose dans la tapisserie humaine, telle une voie médecine, du « care », du prendre soin.

Je ne suis pas dupe de la divinisation des marchés économiques, du consumérisme et son utilitarisme, de la politisation de l’écologie, de l’Art et de la psychiatrisation de la santé mentale…

Contemplative, au cœur d’émeraude et à l’esprit alchimique, je me sens intimement consacrée à tout ce qui fait société : à partir du sens de Soi microscopique, penser le bien commun macroscopique, le sens des Autres, une sorte de métanoîa personnelle et collective du passage du Narcissisme à l’Altérité, en bio analogie avec tous les règnes de la création. Tel un geyser jaillit mon envie de servir, consoler, réconforter, materner.

Être uni vers la Terre nourricière Mère, ô Merveille (mères qui veillent) ! Notre bien commun de terrien devient un univers permaculture à part entière avec le langage inclusif de la Rose, telle une chevalerie relationnelle de compagnonnage, alliant dialogue ouvert et réciprocité responsable en inter êtreté (essences de rose) de citoyens du monde.

Voici mon essence multicolore de Rosa Carmelle au bouquet de l’humanité !

Bonjour Madame l’écrivaine,

Je m’appelle Rose et je trouve que ce prénom sonne joliment dans un roman. Ma mère m’a dit enfant que c’était également le nom d’une fleur. J’ai fourré mon petit nez de 3 ans dans les pétales d’une rose de Damas et son essence, dans laquelle se perd un accent épicé, ne m’a plus quittée. Elle vient d’Orient, rapportée par un preux chevalier. C’est également l’histoire de mon père qui a séduit ma mère dans son pays lointain sans parler un mot de son langage. C’est en lui offrant une rose, une nuit sous son balcon, que ma mère fut transportée pour arriver ensuite avec les bagages de mon père jusqu’à Montauban. Nous avons un jardin de fleurs et je suis la seule parmi toutes ces majestés enracinées qui peut me permettre le mouvement. Dès l’arrivée du printemps, je descends à l’aube pour saluer toutes mes congénères. Je vais bientôt avoir 11 ans. Je ris parmi les beautés du jardin, je parle à mes amies des chagrins de la nuit. Je ne remonte que lorsque l’ivresse de leurs parfums m’a submergée de la tête au pied. Ma mère et mon père m’offrent alors de la marmelade au citron et à l’orange. Je laisse les saveurs sucrées et acidulées se répandre jusque dans l’inconnu de ma gorge. Je deviens un bouquet de senteurs colorées. Madame l’écrivaine, si vous me choisissez pour votre roman, j’ai une proposition à vous faire. Que diriez-vous si le personnage de votre histoire soit une chimiste devenue très célèbre pour avoir inventé les plus grands parfums de la Terre ? Je peux vous inviter dans notre jardin, vous serez envoûtée par la beauté et votre personnage se déploiera dans la grâce et la suavité. Je pense que vous êtes maintenant sous le charme de nos roses car j’ai glissé quelques pétales séchés à l’intérieur de ce courrier dont l’effluve ne manquera pas de vous enchanter.

À bientôt,

Rose

Bonjour, je m’appelle Rose et je ne tenais pas particulièrement à répondre à cette annonce mais la tentation de raconter est plus forte que moi.
Je fais partie d’une fratrie de six enfants et j’ai cinq frères aînés.
Maman m’a fait éclore au mois de mai il y a 30 ans. Quoi de plus logique pour elle que de me prénommer Rose, maman les aime tant !
Est-ce que mon prénom m’a guidé pour choisir le métier de paysagiste ? J’adore l’effervescence des plantes et l’explosion des couleurs au printemps après un hiver rigoureux.
Malheureusement je ne suis pas la fille dont tu as tant rêvé maman.
Auprès de mes cinq frères aînés, j’ai appris à jouer des poings pour m’imposer dans la tribu.
Maman, quelle rose t’a piqué pour me prénommer ainsi ?
Rose un jour, Rose toujours, je ne changerai pas de prénom !
C’est une épine dans ton cœur maman mais je suis un garçon, ton sixième fils !

Bonjour, je m’appelle Rose et je vous écris depuis la bibliothèque du lycée où je viens de découvrir votre annonce, invitation inattendue cernée par des propositions de cours particuliers et de livres scolaires d’occasion.

Descendante d’une lignée portugaise de Rosa, Rosita, Rosalia et autres rosacées, j’ai hérité, moi l’aînée de la fratrie, du prénom fleuri de mes aïeules. Et de leur caractère bien trempé, ce qui m’a permis d’avancer sans flancher dans la vie, malgré mon infirmité. Née un mois de mai bien avant le terme prévu, je n’étais pas prête pour le grand saut et j’en ai gardé des séquelles. Il m’a fallu quatre ans pour réussir à marcher, quatre longues années d’efforts et de douleur jusqu’au succès final. Sous ma frange épaisse se cache une cicatrice claire en forme d’étoile, souvenir d’une chute alors que je tentai maladroitement de galoper derrière mes sœurs, tel un petit cheval estropié.

Je suis métisse, mon père était originaire du brésil, musicien et bel homme parait-il. Il était surtout trop jeune pour assumer l’éducation d’une enfant, de surcroît handicapée. Il ne m’a jamais vue debout, c’est mon plus grand regret.

Ce soir je vais fêter mes 17 printemps, reine éphémère j’esquisserai quelques pas de samba pour saluer le renouveau qui chaque année m’emporte vers de nouvelles victoires. Prochaine étape le baccalauréat, que j’espère avec mention, avant de suivre des études de médecine. J’y parviendrai, c’est écrit dans la vie que j’ai imaginée alors que je peinais encore à me déplacer.

Voilà, les présentations son faites. Vais-je rejoindre la cohorte des Roses quipeupleront votre roman ?

J’ai hâte de vous lire.

Rose May De Almeida

Bonjour, je m’appelle Rose… Avec un tel prénom, il était prédestiné que ma saison favorite reste le printemps, moment de l’année où la nature s’éveille et où tous les boutons de fleurs poussent et éclatent nous offrant leur beauté gratuite. Mon prénom ne m’a pas été donné par hasard, je ne suis en fait qu’une Rose supplémentaire d’une longue lignée qui au fil du temps et de générations en générations forment toutes ensemble un bouquet qui s’étoffe un peu plus.

Chaque Rose de ma famille apporte une couleur, une senteur, une sensibilité différente une vraie valeur ajoutée amplifiant un peu plus sa beauté et sa valeur. De chacune des Rose qui forment ma famille, de la première à ma mère, j’ai sans doute hérité certains traits de caractère, pour autant nous avons su affirmer nos différences, ce qui ne nous a pas empêché de tisser un lien très fort nous unissant les unes aux autres. Sans doute la transmission y est pour beaucoup, comme les traditions familiales telles les réunions de famille pour les grands événements, anniversaires, Noël, baptêmes, mariages, etc… Comme aussi les recettes de famille, notées précieusement sur un carnet, transmis et enrichi par chacune de nous, permettant de faire renaître des souvenirs d’enfance grâce aux odeurs retrouvées de plats divers et surtout des pâtisseries ! Et à chaque odeur, un moment de notre enfance qui revient, des images associées qui font du bien au cœur et à l’âme. Transmission aussi de belles valeurs, d’un attachement aux choses simples de la vie qui forment entre elles le vrai bonheur, avec une vraie identité aussi marquée par nos racines provençales, joyeuses, chantantes par son bel accent, chaleureuses par le soleil mais surtout par le grand cœur des gens…

Bonjour, je m’appelle Rose et avant de quitter cette terre j’ai besoin d’écrire quelques mots sur certains passages de mon histoire de vie qui s’achève. J’ai grandi à la campagne dans une modeste ferme dauphinoise qui malgré le travail laborieux de mes parents nous faisait vivre à la limite du seuil de pauvreté. A 2 ans j’ai perdu ma maman morte en couches laissant au monde ma petite sœur Jeanne. Mon père s’est empressé de se remarier avec une autre femme véritable marâtre qui nous terrorisait. Je n’ai pas beaucoup pu aller à l’école. Dès l’âge de 7 ans j’ai dû travailler à la ferme où les tâches pénibles ne manquaient guère. Malgré tout j’étais une enfant joyeuse qui savait savourer les petits riens de ma triste vie. J’aimais plus que tout le mois de mai. Je m’émerveillais à l’écoute des chants d’oiseaux , je me laissais griser par toutes les senteurs printanières. C’était ce bonheur des sens qui me rendait profondément heureuse. Mais cette joie fut hélas ternie quand le jour de mon anniversaire, le 20 mai, mon père est mort tué par un coup de sabot de notre cheval de trait. J’ai gardé au fond du cœur une blessure profonde qui ne m’a pas anéantie. Au contraire cela m’a donné davantage de force et d’énergie pour me battre face à l’adversité et pour au final parvenir à mener une belle existence avec un mari aimant et de merveilleux enfants et petits-enfants. Je voudrais trinquer une dernière fois « A la vie ! » avant de quitter ce monde car malgré les épreuves on apprend à être heureux en gardant toujours l’espoir et le sourire au fond de son cœur !

Bonjour, je m’appelle Rose et je suis née sous X en mai 1966.

A l’âge de trois mois, j’ai été confiée à une famille très aimante, papa Jo et maman Denise.

J’ai toujours pensé que ce prénom, Rose, un peu désuet, m’avait été donné par ma maman adoptive qui aimait beaucoup la chanson de Françoise Hardy : « Mon amie la rose ».

J’aime imaginer que je suis née à l’aurore, baptisée de rosée.

Toute mon enfance et mon adolescence se sont construites autour de cette idée. Je me suis épanouie, heureuse et amoureuse.

J’aime le soleil, le jardin et le parfum des fleurs.

Je suis une fille de la nature, légère comme un papillon…

Petite, j’accroche des cerises à mes oreilles. Le chant des oiseaux n’a aucun secret pour moi.

Je grandis comme pousse une fleur.

Je fonde une famille et donne le jour à trois merveilleuses filles, trois fleurs dans mon jardin !

La vie est douce et s’écoule tranquillement.

Cependant, un jour de mai 2022, dans ma boîte aux lettres, je reçois un courrier de la DDASS 94.

J’ouvre fébrilement cette lettre mystérieuse et je découvre, hormis un document administratif, un mot manuscrit.

Une dame espagnole s’adresse à Rosa et lui demande de prendre soin de sa santé et de faire rapidement une mammographie.

Cette femme m’explique qu’elle est ma mère biologique et qu’elle est atteinte d’un cancer du sein dont le terrain héréditaire ne fait aucun doute.

Je réalise que dans sa maladie, elle pense à la petite fille qu’elle a abandonnée un matin de mai 1966 et qu’elle va sauver en 2022.

En effet, le 22 mai, je réalise un dépistage et on me découvre une tumeur au sein droit.

« On est bien peu de choses et mon amie la rose me l’a dit ce matin… »

Protocole de soins, traitements, chirurgie, fatigue, rémission et enfin guérison…

Quatre ans se sont écoulés…

Aujourd’hui Rose/Rosa est guérie et aime encore plus la vie et le parfum des roses !

Merci à cette femme merveilleuse qui n’a jamais oublié son bébé Rosa et merci à maman Denise qui m’a accompagnée et a permis à Rose de s’épanouir librement !

La Grave de Peille,

Bonjour, je m’appelle Rose et si j’ai répondu à votre annonce c’est parce que j’ai confiance en vous et en la portée de vos mots.

Nous partageons le même amour pour l’arrière-pays niçois et aujourd’hui j’ai besoin de vous, de votre engagement pour sauver cette nature sauvage.

Enfant, je grimpais dans les collines vers La Grave de Peille, là où les oliviers tiennent bon contre le vent et sonnent l’arrivée du printemps.

Ma marraine m’emmenait par les sentiers dans ce lieu où les amandiers fleurissaient avant tout le monde, les mimosas eux finissaient de tomber laissant la place au thym sauvage. Ma marraine passait les mains dans ce thym et me disait en agitant ses doigts devant mon nez : « Regarde Rose le printemps ne fait pas de bruit, il s’installe et tout change, il faut le respirer à pleins poumons. »

J’ai maintenant 27 ans et j’aime toujours autant l’odeur de la terre mouillée et de la lavande sauvage, c’est le printemps d’une enfance éternelle.

Mais aujourd’hui le maire de la commune veut moderniser, il parle de développement, d’installer des familles à proximité de Nice, de construire des immeubles à la campagne, il ne faut pas le laisser faire car il va déconstruire le printemps à grands coups de béton.

Moi j’avais promis à ma marraine de faire découvrir La Grave de Peille à mes enfants comme elle l’a fait elle pour moi. Je devais leur faire connaître le Paradis sauvage, la terre des violettes et de la sarriette, les lézards sur les murailles, les couleurs dans les collines pareilles à une palette de peinture.

Alors il faut s’insurger contre ce projet et j’ai besoin d’aide car moi je ne sais pas parler en public, je ne suis pas de celles qui crient en réunion. Je ne sais pas manier les mots comme vous mais si votre roman porte mon nom, mon histoire, peut-être que le vallon portera le sien un peu plus longtemps.

Il faut sauver le printemps à La Grave de Peille car ce n’est pas un simple décor cette Nature c’est une mémoire.

Bonjour, je m’appelle Rose et j’ai vu votre annonce mardi dernier. Depuis, elle me trotte dans la tête, peut-être parce que moi aussi, parfois, j’aimerais écrire un roman. Ma vie est tellement sens dessus dessous qu’elle mériterait de figurer dans un roman.

Ma vie ne va pas avec mon prénom, voyez-vous. Certes, je porte le nom d’une fleur et je suis née au printemps… Mais ma vie ressemble plutôt à celle d’une Rosalie, qui rime avec folie. Il y a deux ans, j’ai reçu un appel téléphonique. J’ai appris à cette occasion que lors de ma naissance, je n’avais pas été confiée à mes parents biologiques. La clinique a commis une erreur. Une erreur ! Un bouleversement. Je ne sais toujours pas si c’est une bonne chose pour moi de l’avoir appris. Cela m’a plongée dans une grande confusion, d’autant que mes parents biologiques sont décédés, ainsi que ma « presque sœur » – c’est à l’occasion de leur décès, dans un accident de voiture, que cette erreur a été découverte.

Apparemment j’aurais dû m’appeler Marguerite. Rien à voir.

Est-ce la raison pour laquelle, alors que mes parents et mon frère adorent l’hiver, la neige et le ski, je me terre sous la couette et ne mets pas le nez dehors ? J’hiberne, j’attends le retour des bourgeons, des odeurs florales et sucrées, des cafés en terrasse et de la caresse du soleil et du vent frais sur ma peau. Nous ne sommes pas faits du même bois…

Quoi qu’il en soit, j’ai décidé de garder mes pétales ouverts et d’accueillir ce que la vie me réserve. Peut-être vais-je rencontrer mon jardinier…

Je serais heureuse de vous raconter mon histoire incongrue.

Sincèrement,

Rose

Bonjour, je m’appelle Rose et j’ai laissé mon printemps derrière moi il y a 55 ans.

J’ai rencontré Luis derrière une barricade rue Le Goff, dans un nuage de gaz lacrymogène. Il tenait une bouteille de vin par le goulot, qu’il a balancée sur la maréchaussée en gueulant « CRS SS ! ». La bouteille a ricoché sur le casque d’un poulet sans se briser. Il a marmonné un « Merde » et a croisé mon regard avant de me faire un sourire embarrassé. Luis détestait trois choses : la police, les nazis et l’andouillette. Il disait que les trois sentaient la merde. Il m’a emmenée boire de la Macieira à Nanterre et m’a raconté les plages d’Arrabida sur la côte portugaise. Luis était amoureux. Il me disait « tu sais Rose, quand on aime comme ça, les cœurs battent à l’unisson, et si l’un des deux s’arrête, l’autre prolonge l’écho ». Je l’avais traité de poète raté, donc il avait refusé de me passer une clope. Il parlait de cette personne avec une passion timide et des yeux plissés de bonheur. Il l’appelait Fossette et décrivait le creux dans ses joues comme l’une des Merveilles du monde. Moi, j’étais sa Rosita, sa camarade qui la ferme jamais et qui crèche sur son canapé rapiécé après nos virées nocturnes sur les toits de Paris. J’étais amoureuse de Luis. Un an après notre rencontre, jour pour jour, je le lui ai dit devant mes patates épluchées alors qu’il vissait une ampoule au plafonnier. Il a juste souri et répondu « Je sais. » Je n’ai jamais attendu qu’il m’aime en retour. Son cœur dormait déjà au côté d’un autre amour. Luis est parti rejoindre ses plages au printemps 71. Même dans une chambre blanche, il m’a dit Rosita, on s’est pas aimés comme les autres, hein ? Un homme est alors entré dans la pièce. Il a souri et ses fossettes se sont dessinées à la surface de ses joues comme de tendres vagues. Sans un mot, je lui ai pris la main et on a attendu que les murs sentent le sel et que l’océan reprenne ses droits. Quand Luis a quitté notre monde, j’ai posé la main sur mon cœur palpitant. Il battait comme cet après-midi-là de mai 68, ce jour où il s’est entremêlé avec le sien au milieu des jets de pavés, tout comme les suivants où il a fait partie de moi. J’ai enfin compris ce que Luis avait voulu dire. Et chaque année, au mois de mai, mon cœur bat pour deux.

Bonjour je m’appelle Rose, te souviens-tu de moi ?

C’était dans les années 80, nous travaillions ensembles en parfumerie.

Tout le monde m’appelait « Rosette ».

J’étais blonde bouclée aux yeux bleus et le teint rosé, comme les pétales d’une rose poudrée, d’où mon surnom qui collait bien à mon image.

J’aimais particulièrement le mois de mai.

Mon esprit romantique m’inspirait à écrire des poèmes dès les premiers boutons de rose en éclosion.

Cela annonçait que le printemps était bien là.

Mon jardin en était peuplé, d’où l’environnement du parfum délicat et subtil de chacune des variétés de roses me transportait dans un monde de douce rêverie.

J’ai pu puiser ma force dans la beauté et l’énergie de ces délicats bouquets de roses.

Autant à la rosée du matin qu’à la douce chaleur des rayons de soleil pour accepter de partir vers d’autres cieux. 

Et c’est accompagnée de roses blanches (inscrit dans mon dernier poème) que les miens m’ont laissé m’envoler dans la pureté éternelle.

Votre Rose (Rosette)

Bonjour, je m’appelle Rose et je vous écris en réponse à votre annonce.

Je suis d’origine italienne, mon prénom est un hommage à ma grand-mère sicilienne prénommée Rosa. Ma saison préférée est le printemps, surtout le mois de mai, c’est mon mois de naissance. C’est aussi une période de renouveau et de douceur pour la nature, tout renaît inlassablement et perpétuellement chaque année. J’ai l’impression de sortir d’une coquille nouvelle à chaque printemps, comme si j’avais passé l’hiver à me blottir sous cette carapace protectrice devenue trop encombrante le printemps venu.

La rose représente l’amour, mais ses épines empêchent quiconque de l’apprivoiser sans risque. J’ai l’impression d’avoir hérité de mon prénom cette volonté de ne pas me laisser amadouer par n’importe qui. Je cherche des explications là où il n’y en a certainement pas, je pense néanmoins que chaque être est influencé par la signification de son prénom, qu’il cherche à la déterminer ou non.

Je suis une femme, je m’appelle Rose, issue d’une famille très patriarcale, j’ai perçu et ressenti très tôt ne pas être l’égale du masculin. Mes réactions face à ce que je vivais comme des injustices, et mon rejet de cette réalité absurde, m’ont valu le qualificatif de jalouse.

Aujourd’hui j’ai compris que je n’étais pas l’élément défaillant, mais l’élément révélateur, celui qui refuse de perpétuer, et même perpétrer, un mode de fonctionnement et de pensée qui inhibe le féminin.

Aujourd’hui je constate à quel point tout ce que j’ai toujours craint se réalise, empire, et contraint la femme à toujours plus de prudence, dans ses mots, dans ses décisions de vie, dans ses choix de tenue vestimentaire. Ce que je vous livre ici est si commun. Dans mon état métaphorique je suis une rose qui essaie d’insuffler la nécessité de respecter toutes les fleurs, et de continuer de faire fleurir d’immenses champs aux couleurs diverses et variées.

Je m’appelle Rose, je ne suis pas une fleur qui se doit d’être agréable à regarder, à sentir, je ne suis pas un ornement, je ne suis pas un objet.

 

Rose, être vivant, être terrien féminin, Rose aux épines acérées, Rose révoltée.

Bonjour, je m’appelle Rose et suis la dernière-née d’une fratrie de 6 enfants.

Cinq frères et moi. Je n’ai jamais connu mon père, disparu peu avant ma naissance. Notre mère affronta le deuil et la précarité du mieux qu’elle put. Rose…m’a-t-elle prénommée ainsi pour la douceur, la délicatesse et la beauté que cette fleur suggère ? Si oui, les points bagarreurs et les caractères endurcis et chahuteurs de mes frères, puis leur éloignement, placés en foyer ou famille d’accueil, auront sans doute contribué à me construire avec plus d’épines que de pétales fragiles. À mon tour, j’ai traîné mon adolescence de villas d’accueil en villas d’accueil, encadrée et soutenue par les éducateurs, accompagnée par d’autres destins complexes. Je me suis éloignée du foyer familial et d’une mère blessée et submergée. Malgré cette vie tumultueuse et pavée d’embûches, comme un printemps, l’odeur du renouveau et de l’amour existait. Ce printemps, c’était l’accueil et le refuge de notre mémé, mes frères et moi rassemblés. C’est finalement là-bas que je me suis le plus approprié mon prénom. Je me souviens précisément du jardin où les roses parfumées flamboyaient de mai à juin, faisant la fierté de notre grand-mère. Elle me comparait à ses fleurs, m’assurant que j’étais aussi jolie, et qu’il me fallait bien des épines pour affronter les épreuves, puis relever la tête et laisser éclore ma personnalité et ma sensibilité. Rose…un prénom bien plus nuancé que l’élégance, la fragrance et la caresse qu’il peut évoquer. Peut-être que les prénoms ont un caractère, et qu’en les portant ils nous influencent et nous structurent. Le mien est à la fois combatif et résiliant. Lui et mon parcours vont de pair, sans équivoque à l’origine de mon choix de vie professionnelle : famille d’accueil.

Bonjour je m’appelle Rose 

De printemps, fleur éclose

En mai, métamorphoses 

Et mes senteurs explosent

 

De teint de couperose

Et matière cellulose 

Vertes mains virtuoses

En bouquets me composent

 

Dans vases l’on m’expose 

Encore paupières closes 

Tiges en eau, reposent

Et ma beauté implose 

 

En nature osmose 

Ou variétés symbiose 

Livrée aux vents moroses

Aux ondées qui arrosent

 

Je névrose, je psychose 

Joue de tours d’hypnose 

Je crains les ecchymoses

Des lames qui s’imposent

 

L’attention se fait prose

Ma couleur dit des choses 

À celles qui disposent

D’un sensible grandiose.

Je m’appelle Rose et je n’aime pas mon prénom. Est-ce que je préférerais Marguerite ou Lila ? je ne crois pas. Pourquoi pas Pâquerette ou Jonquille ? Même si j’aime bien sûr toutes les fleurs et surtout les roses, je me suis toujours demandé pourquoi mes parents m’avaient appelé ainsi. Ils ont pourtant pensé que c’était un prénom très flatteur alors que j’ai fini par créer une liste de discussion sur internet pour inviter toutes les filles qui ont comme prénom une fleur à partager leurs ressentis.

Violette, Iris, Capucine se sont inscrites pour parler de toutes ces fleurs qui s’épanouissent dès le printemps. On ne choisit pas son prénom, on ne choisit pas ses parents…

Toutes les filles ne portent pas leur prénom fleuri avec le même poids. Certaines l’adorent, d’autres comme moi préféreraient s’appeler Hélène, Emma, ou encore Éléonore…

J’ai découvert sur ma liste des prénoms plus étranges les uns que les autres : Dalhia, Camélia, Azalée, Anémone, Edelweiss. Ils m’ont tellement étonnée que j’ai fini par accepter le mien : Rose, c’est quand même mieux qu’Anna-Rose ou Rosemonde.

Ce qui reste magnifique, c’est quand pour ma fête, l’évidence fait aussi l’émerveillement quand je reçois des roses.

Bonjour, je m’appelle Rose et mon « apparition miraculeuse » ne dépend pas que de la loi et des machines. La vie, quand elle n’est pas issue d’un corps maternel comme naissent les êtres humains, n’est qu’un nuage éthéré balayé par le vent.

« Il y a des millions d’années que les moutons mangent quand même les fleurs. » Au lieu de chercher ce que vous avez perdu, éphémère pauvreté intellectuelle, prenez soin de ce qu’il vous reste. Il s’éternise « une graine apportée d’on ne sait où » qui germe à tous les printemps. Il y a des luttes, des espoirs et une imagination « puisque c’est elle que j’ai écoutée se plaindre, ou se vanter, ou même quelquefois se taire ». Cette vie est un rêve.

« On ne peut pas mourir pour vous » ni pour une idée.

Une rose est un autre mot qui se penche et s’envole. « C’est le temps que j’ai perdu pour ma rose » fit le petit prince, afin de se souvenir.

Bonjour, je m’appelle Rose et j’ose vous écrire car même si mon histoire ne vous captive pas, cela me fait du bien de vous la partager.
J’aime la vie, la légèreté, les gens et le printemps. Je préfère le mois de Mai car c’est le mois où fleurissent les roses, où les oiseaux chantent et où les parfums nous enivrent. Ce mois de Mai est particulier car, avec mon mari, nous fêtons justement nos noces de rose qui représentent dix-sept ans de mariage. Malheureusement, tout n’est pas rose…
Cela fait vingt ans que nous nous connaissons avec Peyo, vingt ans que je le porte, que je l’accompagne, que je l’écoute, que je lui laisse du temps pour grandir, changer et évoluer… Deux décennies que je m’occupe de lui et de nos enfants sans jamais faillir. Tout ce temps de sagesse et d’humilité pour atteindre un idéal : celui de ressembler à la famille modèle, saine et unie, dans un foyer parfaitement propre, organisé et arboré. Et pour y arriver, j’ai laissé passer des opportunités, j’ai priorisé cet environnement avant mes envies, j’ai su effacer ce qui ne convenait pas dans ce paysage idyllique… J’ai même accepté l’inacceptable. Ce travail de fleuriste forcenée à vouloir enlever les épines sur nos bouquets de roses pour atteindre ce que je croyais être le bonheur, m’a amenée à complètement m’oublier. Je ne fleuris jamais entièrement, je n’embaume plus aussi intensément, je ne pétille plus vraiment.
Alors cela fait des mois que je résiste et que je construis la route qui me mènera vers une nouvelle vie pour enfin exister libre. Je veux vivre sans Peyo. Je suis la tempête dans notre rosier, je froisse toute ma famille de mon souffle chaud, je pleure toutes mes larmes en pluie sur notre terreau et je ne sais pas encore si demain sera meilleur… Car pour le moment, je tente juste de m’en convaincre.
Peut-être pourriez-vous écrire la suite de mes aventures dans votre roman ? Bien que j’imagine que vous allez trouver une autre Rose plus sensationnelle et moins classique que moi pour poursuivre votre vie d’écrivaine…
Bien aimablement,

Rose ANONYME.

Bonjour, je m’appelle Rosette . Je suis née un jour de mai à Tunis où le printemps est l’explosion de la vie, des couleurs et de l’odeur entêtante du jasmin qui embaume tous les jardins.

Je suis la quatrième fille d’une famille italienne émigrée en Tunisie. Mon père était ébéniste et ma mère empaillait les chaises à la maison.

J’habitais dans un quartier italien où on entendait siffler le train qui nous amenait à la plage. J’ai passé mon enfance à courir à travers champs, à pédaler sur le vélo de mon père dans la rue. A l’époque il n’y avait pas de véhicules. Je me souviens qu’un jour en sautant des fils de barbelés une pointe s’est accrochée à mon pied. Je n’ai rien dit de crainte de me faire gronder car mon père était sévère. Avec le recul je me dis que j’ai été imprudente car je risquais une infection.

Le soir tout le monde était dehors assis sur des chaises. La discussion allait bon train tout cela dans une l’ambiance chaleureuse et amicale autour d’une citronnade.

J’attendais avec impatience le marchand ambulant perché sur son âne pour acheter une pomme et je m’en délectais. Il y avait aussi le marchand d’eau dont j’avais peur car il faisait du bruit avec ses timbales accrochées autour de sa taille.

Une fois par mois j’avais droit d’aller chez l’épicier au coin de la rue pour acheter un casse croûte tunisien, Il notait le prix sur son cahier et ma mère payait à la fin du mois.

Je passais mes étés au bord de la mer chez ma sœur aînée et toutes les fins de semaine la famille se réunissait pour le repas dominical.

J’avais 25 ans, j’étais mariée quand mon mari a été muté en France. Cela a été très difficile à vivre car les personnes n’étaient pas accueillantes et me faisaient comprendre que je ne faisais pas partie de leur monde. Il a fallu s’intégrer tout recommencer et trouver du travail en laissant tout derrière nous.

Ainsi va la vie et je l’ai construite petit à petit en créant ma propre famille. Maintenant à 92 ans tout cela fait partie de mes souvenirs lointains qui restent gravés dans mon esprit dans lesquels je me replonge très souvent.

Bonjour, je m’appelle Rose et… je ne sais quoi dire. Il y aurait à la fois tant et si peu.

Tant de choses trimballées dans mes valoches qu’elles ont fini par se loger sous mes yeux. Si peu quand mes poches ont le ventre plat.

Tant quand l’orage gronde à chaque tour d’horloge. Si peu quand ma main tendue reste vide et suspendue dans le temps.

Tant de pétales en pétard. Si peu de gouttes de rosée pour les abreuver.

Rose, si doux sur le buisson épineux. Rose resté aux joues de mes premiers émois.

Rose, même pas de la largeur de la paume. Rose du papier buvard qui absorbe les taches ou du moins qui essaie.

Rose du matin fripé, rose du soleil couché.

Voilà qu’on me désigne du bout de l’ongle et le pouce reste détaché de ses autres comparses. Esseulé.

Ici, qui penserait à m’offrir des fleurs ? D’ailleurs, pour les mettre où ?

Les roses auraient-elles leur place dans un vase ? Ne préféreraient-elles pas bavarder au jardin dont elles apprécient parfois la sauvagerie ?

Plus que les louanges dont elles se fatiguent, elles frémissent quand on les regarde lentement.

Et moi, j’humecte mes lèvres dans un verre de rosé ciselé tandis que je les contemple derrière la vitre perlée de pluie. À leur santé !

Bonjour, je m’appelle Rose et je suis Rose solaire et contemporaine des roses. Je suis à la fois tendre et décidée. Je suis comme une rose de mai auréolée d’une fragrance enivrante. Le symbole de l’amour, de la passion et de la tendresse aussi. J’ai un secret. Je suis une amoureuse impénitente. Je danse parfois. Des valses viennoises. Ma préférée est la rose du Sud. Strauss l’aimait beaucoup. Je peux être rose thé, douce, chaleureuse et profonde lorsque j’écris des poèmes près d’un magnolia solitaire. Vêtue d’une longue robe rose poudré, je côtoie Ronsard,

Rilke, Gautier ou Hugo. Mais je ne me laisse pas séduire. Je choisis. Talent, élégance et raffinement. Et je peins aussi quand je marche dans l’herbe verte et tendre après la pluie. Mon chevalet en bois massif, mes pinceaux en poils naturels, mes couleurs qui vibrent…. Je peins les fleurs, des roses parfois. Je ne me compare pas à ce génie belge qui peignait des roses. Mais j’ai quand même un joli talent. Quand je suis dans la nature, je trace de lumineux aplats roses sur le vert des prairies. J’aime marcher sur les pétales tombés des cerisiers ou cueillir des marguerites blanches que j’effeuille avec curiosité. J’aime aussi photographier les champs de colzas. Poussières d’or pour une photo réussie. Et j’ai un autre secret. Je suis la gardienne discrète et délicate de la merveilleuse roseraie d’un palais de la Belle Époque dans le sud de la France.