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Vos textes de l’Invitation à écrire N°1

À partir de 6 extraits des livres de Pierre Ducrozet, invité d’honneur du festival Livres à vous 2024 en novembre prochain, les participants étaient invités à : 

→ Lire et piocher dans chaque extraits 5 mots ou groupe de mots qui vous plaisent.

→ Écrire un texte en incluant ce bagage de mots sur la thématique du renouveau, du recommencement.

→ Le texte devait commencer par : Et si tout est possible alors….

→ Le texte ne devra pas dépasser les 15 lignes


Printemps, histoire d’un renouveau

Et si tout est possible alors, seule sur la falaise glacée, elle danse, ses chaussures abandonnées.
Ce soir, ses yeux devinent l’horizon, là où le vent sauvage, avale des générations de silhouettes sur la pellicule du temps.
Une épingle tombe, elle danse.
Sa main, sa bouche, ne se touchent plus. Seul son regard connaît leur texture.
Hier est devenu stérile.
Dans les angles des nuits, écarter les dernières ombres. Ne plus être à côté.
Au seuil des couleurs de l’aube, toutes les portes sont ouvertes, verrous perdus en chemin. Remonter en soi, au passage, laisser les cailloux se dissoudre dans le souffle marin.
Devant ? Un ciel neuf et le silence musicien.
Au centre du jardin, les statues sourient sans fin.
Tout commence.

Nicole Larderet

Jaune printemps

Après une longue absence dans mon village, le jaune vient titiller le regard en ce mois de mars D’une année à l’autre , cette joie immense de voir la nature dansée , toute d’or vêtue , me ravit.
Toutes ces années sans printemps, à vivre sous les tropiques, j’avais oublié que le jaune donnait un élan de fraîcheur à nos pensées , désencombrait nos cœurs de la grisaille en se reflétant tel le bouton d’or de l’enfance : celui du : tu aimes
le beurre ?
 Celui des heures au jardin , à jouer enfin dehors dans les pelouses .
J’ai toujours aimé porter du jaune citron ou curcuma , safran ou doré , vitamines colorées ,booster naturel de mon énergie vitale . A consommer sans aucune modération , qu’il soit local en forsythias ou exotique en mimosas , traditionnel en curcuma, acidulé et citronné, le jaune rajeunit l’esprit .
Le jaune , c est la vie , la naissance et la joie comme le pyjama de ma petite fille née ce printemps.
Vive la vie en jaune infini !

Valérie Berger

Et si tout est possible, le vent peut venir tout chahuter.
Balayer les rêves et les couleurs, enlever la main de cette bouche mutique, transformer les cailloux dans ses chaussures en chemins pour remonter dans son histoire disloquée.
Et si tout est possible, il peut transcender le ‘‘je n’ai jamais su faire’’ pour laisser sa main tanguer et dans ce lent voyage de lui vers les autres découvrir les paysages d’une autre réalité.
Il a quatorze ans, la couleur de sa peau disent ses origines du côté de l’Afrique, il regarde le monde, il connaît l’odeur de la peur, il sait la saveur d’un premier baiser, il sait déjà que les possibles ne se décrètent pas, mais s’inventent patiemment
d’un jour à l’autre.

Marie Lorenzin

Si tout est possible , alors le vent salé glisse sur ton corps et vient, enfin , ouvrir la danse dans un froissement de vagues perdues.
Il était temps : je sentais de multiples épingles me faire mal, face à ta morosité.
Mais le printemps est là et tout va changer.
Ton masque reste grave : va le jeter au loin .
Secoue tes derniers édifices : ils vont lentement tomber.
La nature s’éveille, ton énergie aussi.
Maintenant, veille à t’écarter des derniers froids .
Tu tangues encore un peu mais ton espace s’allège.
Tu retrouves ton centre:te voilà bien ancrée à présent.
Tu n’es plus que dilatation.
Cette pâle texture qui m’inquiétait parfois, ces angles secs, ces nerfs un peu à vif , les voilà disparus.
Et nos nuits, je humerai désormais à plein poumons , les volutes de tes festins délicieux.

Denise Roux

Et si tout est possible alors ... La vie est simple après Mexico et les montecristos. La route passe par visiter Venise selon Casanova puis traverser Cinecitta derrière Sofia modelant sa silhouette pour moi, la pellicule émerge naturellement, le garçon de service derrière moi brutalise son corps, son crâne a des traits de fou.
Arrivé aux vagues freinées par les cailloux, je tangue à côté d’elle, si belle, la saisis par le coude et nous repartons en sens inverse vers le château, dans le vent. Tu ne t’appelleras plus Scicolone mais Loren, dans la nuit sous l’espace de la Voie Lactée, son visage dit oui.
Dans le salon plein de couleurs Renaissance, c’est le requiem du temps d’avant notre rencontre, allongé sur le divan je la regarde. Elle pose son verre, elle danse et chantonne, elle jouit de la satisfaction d’avoir signé un contrat avec le meilleur producteur de films, le Montalcino est délicieux, les films seront des succès, Sophia m’embrasse .
Poussé ? non, juste naturels. ?
Carlo

Richard Prothet

Et si tout est possible,
Alors, pourquoi ne pas se laisser glisser,
Lentement, avec aisance, vers ce festin ?
S’écarter de la route, pour projeter,
Petite brune, sur cette silhouette,
Édifice, aux traits délicieux,
Découverte sur la pellicule,
Tes désirs les plus fous ?
Ce crane parfait, cette bouche texturée,
Secouent ton temps et de loin,
Caressent tes nerfs, les montent en épingles.
Tes nuits sont une succession masquée,
De dedans et de dehors avec cet être doux,
Que tu rêves de toucher.
Tanguer avec lui sur Variations sur Marilou
Jusqu’au petit matin,
Comme des volutes.

Nathou Créquie

Et si tout était possible, alors je pourrais à nouveau remonter en moi. Remonter dans le temps.
Revivre l’époque, ce temps délicieux, où il n’y avait plus d’espace entre le dehors et le dedans. Ce temps où je flottais recourbée sur moi-même dans ce paradis fœtal.
Dans ce paradis aquatique, les voix étaient juste des sons aigus, lents, graves, rapides, forts, doux.
Des mélodies sans signification précise qui se mélangeaient aux bruits organiques. Des ondes sonores qui venaient faire vibrer mon corps tout entier.
Un jour, une envie soudaine est venue rompre le doux ronron de ma vie d’alors.
J’ai ressenti ce besoin de me déplier, de me dilater. L’espace était devenu trop exigu. Il fallait réussir à traverser ce passage, coûte que coûte. Et j’ai vu le tunnel. La lumière m’a ébloui et j’ai senti les couleurs.
Couchée sur cette plage, je pense à ce qui s’est passé, ce moment étrange, où ma vie a commencé.
Sont-ils des souvenirs ? Mon imagination me joue-t-elle des tours ?
Je marche vers les roches que je caresse. Le soleil chauffe ma peau et les oiseaux dessinent des volutes dans le ciel. Et si c’était possible, alors je recommencerais depuis le début.

Rosemarie Debray

« Et si tout est possible alors... rien n’a plus de sens ». A la terrasse du café, le lecteur dubitatif referme lentement son ouvrage sur cette phrase et paye l’addition. Du sens, Paul n’en possède plus. Sur les quais du port de Barcelone, le veuf tangue comme un fou devant les débris de vies échouées qui s’entrechoquent contre les flots agités. Il fut une époque où tout paraissait possible tant qu’il ne savait pas que c’était impossible. Mais là. Sans sa jolie Elsa, décédée sans raison dix semaines auparavant, les choses se teintent d’une mélancolie funèbre. Soudain, une voix familière, portée par le vent qui
effeuille ses cheveux, retentit derrière ses épaules affaissées. Le crâne mouillé par les volutes écumeuses de la mer, il se retourne. Ses mains se pressent contre sa bouche pour apaiser la danse palpitante dans son cœur. Mais, il n’aperçoit qu’un plafond bas et secoue la tête dans un froissement sans fin pour écarter ses démons.
Les nerfs en épingle, il poursuit son chemin quand un éclat métallique attire ses prunelles. Une bague.
D’une ressemblance frappante avec celle d’Elsa. Dans le salé de ses larmes, le temps se pave de cailloux noirs. D’un coup, l’homme se fige. Il extirpe le roman de son sac et ses yeux glissent sur le paragraphe incongru qu’il a relu sans cesse, à l’endroit de la page cornée : « Chaque objet perdu représente une opportunité retrouvée ». Son visage s’embrase. Après tout, dans un monde où tout se pare d’hypothétique, même l’absurde peut se draper du plus noble pansement de l’âme.

Anne Fabregoul

Et si tout est possible alors elle a raison de se battre.
Les dernières semaines n’ont été qu’une succession de cailloux dans ses chaussures. Depuis qu’elle a appris la mauvaise nouvelle, Barbara tangue sur le chemin de la vie. Le vent marin, sans cesse en opposition, tente de la déstabiliser. Et même si les décharges multiples lui donnent mal à la tête, même si de sa propre main elle dénude son crâne, même si le traitement lui met les nerfs en épingle et les nuits au plafond, elle tient bon.
Aujourd’hui, elle décide d’écrire son combat sur la jolie pellicule de la vie.
Barbara veut renaître. Elle caresse les roches noires, savoure cette texture lisse et chaude du bout des doigts pour tenter d’en extraire toute la puissance.
L’instant d’après, son corps entier danse sur le sable au rythme du ressac, elle exprime son agilité et sa force. Soudain, son visage se fixe vers demain en contemplant les volutes blanches dans le ciel. Elle salue alors les vagues, écarte l’écume d’un mouvement de bras puis se jette dans l’eau glacée en souvenir du temps délicieux où ce mal n’avait pas encore frappé sa poitrine.
Et alors tout commence.

Virginie Escoffier

Et si tout est possible alors,
je monte au sommet de la montagne
je rencontre Erri de Luca
je fais le tour du monde en train
je rencontre Blaise Cendrars
je voyage jusqu’à Rome
je rencontre Pasolini
je nage jusqu’à Alger
Je rencontre Camus
je marche jusqu’à Sète
je rencontre Brassens
je me promène dans Paris
je rencontre Modiano
je traverse la Provence
je rencontre Giono
tout est possible, même l’impossible

Noëlle Roth

Et si tout est possible
Alors du noir surgira la lumière
le soleil a entamé son déclin
Carlotta ne lutte plus
Souffle coupé
Les vagues brutalisent son corps
Les vents puissants rugissent
Tache brune au milieu des flots
Carlotta ne respire plus
Déchirure ( s )
La blancheur du brouillard se dissipe
Les cheveux de Carlotta
Algues entortillées
Caressent le haut caillou de Gracia
Volupté
Fièrement dressée vers le ciel
La silhouette effilée de Carlotta
Guidera à jamais le chemin des marins perdus
les nuits de tempête.

Armelle Leroy

Si tout est possible alors
alors …
La tête enfoncée dans l’oreiller
ses yeux plongent dans un ciel d’un bleu miraculeux
un bleu de première fois
Plus un brin de nuage
Les hirondelles volent et virevoltent en de vagues volutes
s’affolent, s’affairent
Tourner la page
Passer à autre chose
Tout commence lui a dit Capucine
Tout redevient possible
puisque ce n’est plus lui qui décline mais la maladie
qui abdique, s’incline
la vie lui sourit à nouveau
alors...
Alors lui aussi
sourit
Les odeurs du repas flottent dans le couloir
Derrière cette porte qu’il va bientôt pouvoir ouvrir
une autre porte
et une autre
combien de portes avant dehors
avant de retrouver la caresse de l’air
le vent dans tous les sens ?
Sortir, quitter ce lieu , debout
les deux pieds bien ancrés dans le sol
le bruit de ses pas sur le linoleum
Marcher
Reprendre la route
Voir loin
Encore !

Violaine Hollard

Et si tout est possible alors je n’ai jamais su faire.
La force de l’habitude a rouillé ma volonté, ankylosé mon désir, sevré ma
nature profonde.
J’ai longtemps obéi à l’exigence de la tradition familiale (« un bon fils »
s’extasiaient mes parents), de la norme sociétale (« il a fait de grandes
études » s’enorgueillissaient-ils), me pliant sans regimber à la réussite
professionnelle attendue (« il gagne bien sa vie » se vantaient-ils auprès de
leurs amis). Que savent-ils de ma vie ?
Aujourd’hui, je romps ce parcours sans embûches, je défie un avenir tout tracé
et je m’aventure sur le chemin cabossé de mes envies, je m’affranchis du
regard des autres. Je suis en vie.
Ne plus être à côté de mes aspirations, ne plus rater le hors-champ inopiné,
fixer sur la jolie pellicule du temps qui m’appartient enfin les moments que
j’aurai choisis, assumés, provoqués.
Je veux, je désire, je choisis. Je n’avais jamais su conjuguer ces verbes à la
première personne, à ma personne. Le conditionnel, ce mode consensuel, avait
longtemps guidé mes pas. Le présent forgera mon avenir, les mots que ma voix
retrouvée expulsera auront le goût d’une texture onctueuse, délicieuse, suave.
Je veux, je désire, j’avance.
Et si tout est possible alors je serai moi, dans un corps élancé, vigoureux,
affirmé.
Et je serai heureux d’avoir su faire.

Catherine Spinard

Et si tout est possible,
alors elle danse comme les vagues qui viennent caresser les roches,
malgré son corps effilé, son visage androgyne et ses taches brunes aux
pommettes.
Les traits vifs, Sarah secoue la tête et pose sa main devant sa bouche
face à son propre étonnement devant sa renaissance.
Des siècles de force exercée contre les femmes, des générations de coercition,
les décharges multiples des violences endurées ont donné à son corps des
angles secs, mais ne lui ont pas volé ni sa beauté et ni sa grâce.
Il flotte dans l’air salé les couleurs à venir, une succession de nuits, de jours, de
semaines, l’édifice du temps qui lentement se construit.
L’espace du dehors et de dedans sans cesse en opposition font remonter en
elle l’espoir de voir la jolie pellicule du temps faire son œuvre.
Elle réapprend la caresse du soleil sur sa peau, sa chaleur rassurante,
les odeurs empruntes de souvenirs, toucher les choses, sentir leur texture,
toutes ces sensations qui lui redonnent goût, envie et énergie d’aller plus loin.
En s’engageant à nouveau sur la bretelle de la vie, une route sans fin s’ouvre
devant elle.

Delphine RAMOS

Et si tout est possible alors ils se relèveront.
Longtemps les nuits au plafond ont peuplé leur enfance, les ombres au ciel
obstrué leur lumière. Les tempêtes ont écorché leurs genoux et leurs cœurs.
Les éclairs ont foudroyé leurs poings bagarreurs. Le froid a fragmenté leurs
fratries. Les absences ont éprouvé leurs familles. Pourtant la coercition n’a
d’égale que leur résilience. Au milieu du fracas de l’adversité, les siècles de
force les accompagnent. Flotte encore entre les rêves leur intense envie de
bâtir et de créer. Pointe toujours dans leurs pensées l’espoir de rebondir. Mieux,
ils veulent transformer l’essai, exposer leurs réalisations, se confronter au
regard des autres, trouver la reconnaissance. Ils aiguisent au fil du temps leurs
talents et leur savoir-faire. De leurs mains jaillissent les murs protecteurs et
solides. De leurs mots naît leur noblesse de cœur. Masques aux yeux tirés et
aux larges joues, leurs visages s’éclairent. Simultanément ils construisent et se
construisent. Ils s’inscrivent dans la jolie pellicule du temps, épousent ses
couleurs, ses traits vifs, ses reliefs. Comme on gravit les montagnes, vainc
leurs sommets et domine l’immensité flamboyante, ils escaladent les échelons,
s’appuient sur leur vécu et trouvent leur place. Ils affrontent les intempéries,
s’adaptent, courbent l’échine, se blessent, puisent dans leurs racines et
renaissent. Ils le savent, “ Tout recommence “ (Efrasis 2024)

Myriam Finot

Chaussure sans cailloux ?
Et si tout est possible alors,
par-delà la jolie pellicule du temps, des ailes me porteront vers l’infini. Le vent
marin se glisse entre mes pieds nus. Mary est là, à côté de moi.
Nous dansons et dansons sur le sable... mes deux pieds jouent avec le clapotis
des vagues... utopie.
1932. Je nais à la vie. Quel combat ! Dans une Irlande de faim et de froid, moi
je suis là, avec une très grave déficience cérébrale. J’existe. Je porte un nom.
Loin de l’orphelinat.
Au cœur d’une tribu aimante et complice. Je ne suis pas réduit à un corps
meurtri d’attardé mental. Pourtant les gens dans la rue se retournent, ce
garçon, ce garçon est fou ! Je suis capable juste de l’incroyable. Exprimer mes
émotions, mes désirs, dans les grognements d’un visage aux mimiques
grotesques. Entrevoir la lumière dans la mobilité partielle d’un seul pied, le
gauche. Quel trésor, une fenêtre sur mon printemps !
Une craie entre deux orteils et je trace des lettres, des mots, je calcule... Le
monde découvre mon intelligence, moi je découvre le monde. Je me mets à
peindre avec agilité des portraits étonnants, j’écris des livres et des poèmes.
Artiste reconnu, la vie me sourit.
1972. Mary choisit de partager ma vie. Elle danse comme personne.
Toutes les portes sont ouvertes.
Moi, Christy Brown, je vole entre rêves et couleurs.

Geneviève PROTIN

Trompe-l’œil
Et si tout est possible alors...
tout commence cet après-midi. À 16 heures.
Elle a rendez-vous.
Sa nuit fut une route sans fin, un entre-deux : soleil nuages, joie dépit, peur
curiosité.
Ne pas se précipiter, rester calme, elle arrivera bien assez tôt.
Elle se bat toujours avec le Temps. Le temps qu’il fera, celui qui reste, le temps
des cerises, le temps de rien.
Aujourd’hui, pour elle c’est un printemps, c’est certain, peut-être. C’est venu
d’un coup cette nuit, si noire. Une illumination. Elle voit des couleurs, des
volutes mouvantes dans l’onirique immobilité du ciel.
Elle a vu son regard. Ce garçon est fou, dit-on, mais elle a vu, elle sait.
Elle sonne, une sautillante mélodie, un chant, comme des oiseaux de bonheur.
On lui demande de s’installer sur le fauteuil. À travers le masque anti-ride-liftraffermissant-parfum jouvence, elle déchire en petits morceaux de vie la jolie
pellicule du Temps et entrevoit dans le miroir son édifice qui lentement se
défait, se refonde, éclat du renouveau promis.
Ce garçon sera fou. De moi. Succombera-t-il au mirage aveuglant de mon piège
 ?
Elle a vu, elle sait.

Eric PROTIN

Et si tout est possible, alors.
Ouf !Je sors épuisée sur le parvis de l’église de Notre Dame-de-la
mer ! Dernière visite de notre périple . Peut-être aussi dernier périple avec
mon compagnon me dis-je en apercevant ce dernier, assis sur une marche,
apparemment aussi fatigué que moi : silhouette voûtée, regard vague comme
s’il n’était qu’à moitié là, crâne pelé...Tout au long du chemin il s’est plaint ’de
drôles de sensations dans les pieds comme s’ils avait des cailloux dans ses
chaussures. Nous avions voulu voyager une dernière fois , aller saluer les
vagues, respirer la mer mais.
Tout à coup une gitane : longue jupe virevoltante , cliquetis de
bracelets et yeux charbonneux, se précipite sur moi, saisit ma main sans que
j’oppose la moindre résistance.Elle observe attentivement les lignes de cette
main couverte de tâches brunes et, me regardant droit dans les yeux affirme d’
un ton péremptoire : « Tout est possible ! ».
Et c’est alors qu’une sensation de légèreté et de joie m’envahit.
Ce mot « possible » enlève d’un coup la pellicule du temps sur tout mon
environnement.Le soleil brille d’un nouvel éclat, au tintement des cloches se
mêle le chant d’une ronde d’enfants rieurs.Ma fatigue s’est envolée .
Et alors, je vois ,enchantée,mon ami se redresser et s’avancer vers moi avec
un tendre sourire en me tendant les bras. A l’angle de la place une Esméralda
de carte postale s’est mise à danser.

Christiane Willigens

Et si tout est possible alors.
Enfin elle se dresse sur la pointe de ses pieds nus.
Ses orteils s’enfoncent dans la douce chaleur du sable.
Elle tangue sous la caresse du vent marin.
Silhouette souple et légère
Pareille à la plume du goéland
Celui qui veille sur elle du haut de son rocher
Aux couleurs de son plumage.
Unique spectateur de sa métamorphose.
Enfin elle danse.
Et son corps martyrisé retrouve son agilité, sa puissance.
Ton son être s’agite et s’élance
Tout près de la mer immense
Pour un voluptueux salut aux vagues !

Évelyne Creux

Et si tout est possible alors pourquoi s’encombrer de cailloux dans les
chaussures se demande Yann après avoir passé plusieurs années à exercer
son métier d’avocat pour suivre la lignée toute tracée de sa famille. Tout petit,
il rêvait de faire le tour du monde pour voir d’autres continents. A 20 ans il
habitait à La Rochelle. Son ami d’enfance était skipper sur un trimaran. Il lui
avait proposé de partir avec lui mais pour ne pas affronter et déplaire à son
père, il avait entamé des études de droit pour devenir un pénaliste de grande
renommée.
Aujourd’hui à 40 ans à la tête d’un important portefeuille, il s’interroge sur sa
vie personnelle sans attrait. Il ne se sent plus capable de défendre les
assassins ou autres. Assis sur son sofa, il regarde sa main qui tangue en
tenant un verre de whisky, son refuge pour oublier.
Il a envie de tout envoyer paître, tout quitter quand son téléphone sonne. Il
ignore que le cours de sa vie va changer. Au bout un riche industriel qu’il a
défendu avec succès. Pour le récompenser, il lui propose de partir sur son
voilier pour un tour du monde en sa compagnie. Tout d’abord perplexe, il
décide de ne pas rater la bretelle de sortie une deuxième fois.
Il accepte. Tout excité, il appelle son associé pour lui annoncer la nouvelle.
Celui-ci est stupéfait et lui demande de réfléchir mais c’est décidé il part. Il a
une semaine pour tout préparer et faire place nette à son bureau en
dispatchant ses dossiers à différents confrères. Il a l’impression de redevenir
un jeune homme plein de vie et d’enthousiasme. Il est heureux à l’idée de
quitter son costume cravate pour des tenues plus légères.
Voici arrivé le jour du grand départ vers de nouveaux horizons. Son sac sur le
dos, il grimpe allègrement sur le voilier. Il enfile tee shirt et short. Il sent
l’appel du large. Les amarres sont levées. Le soleil brille et semble lui dire « 
tu as choisi le bon moment ». A la sortie du port, Yann les mains sur la tête
regarde l’horizon, le vent marin et les embruns caressent son visage. Il
inspire goulûment l’air salé. L’océan l’accueille et quelques vagues viennent
le saluer. Il est serein et plein de gratitude envers la vie pour ce changement
qui arrive à point nommé pour éviter qu’il ne sombre dans le désespoir.
Maintenant il sait qu’il est à la bonne place et qu’il va enfin vivre selon ses
désirs les plus profonds sans se laisser influencer par qui que ce soit. C’est
une renaissance.

Sylvaine Beaumelle

Et si tout est possible alors…
Si la rencontre de deux êtres dans l’aimante force agissante, par la
reconnaissance des âmes, construit une œuvre à l’abri des vents et des aléas
du temps.
Si dans l’épreuve surmonté, l’attente confronté, l’espoir conjugué, les
sentiments complices persistent et s’unissent en socle, piédestal de colonne
inaltérable.
Si aucune porte infranchissable, nul passage, inaccessible chaussée sur
chemins caillouteux, routes en épingle, n’entrave la marche vers le libre
bonheur partagé : un espace vierge.
Elle voit le ciel, il a peint le soleil ; de froissements, que ceux des feuilles sous
la brise, les nuits sont de lune, les heures d’opaline ; la nature prête ses
tentures de beauté aux évolutions de l’osmose.
Jolies silhouettes aux pieds nus, dansent sous les ternaires notes, leurs yeux,
ouverts en dedans, leurs têtes accompagnent ces corps encore souples dans
l’embrassement des chairs, leurs bouches aux lèvres colorées de désirs, se
cherchent, s’épousent, quand leurs mains du bout des doigts modèlent,
caressent.
Tel le temps, leurs sentiments s’épanchent, leurs êtres débordent dans le
confiant abandon, hors du bruit et du chaos environnant.
Ils sont extérieurs au dehors, le manège du monde, la rotation de la terre
peuvent cesser de mouvoir ; leur valse subsistera.

Pascale Giraud

Et si tout était possible alors ! Elle fait quelques pas dans le
jardin, admire les couleurs que la nature lui offre.
Elle se laisse bercer par ce temps délicieux dans ses rêves.
Et là tout commence.
 Un ailleurs où les gens de la rue affichent sur leur visage un sourire
radieux.
Au bout de cette route sans fin deux silhouettes se dessinent sous
le ciel bleu.
Leur corps effilés et ondulant dansent avec aisance et agilité.
Sarah est amoureuse, on dit que ce garçon est un peu fou.
Elle pose sa main puis sa bouche sur ses lèvres, les traits vifs, un peu
rougis par son audace.
Pour elle qu’importe ! Toutes ces nuits des dernières semaines, les nerfs en
épingles semblables aux cailloux dans les chaussures.
Elle sait qu’elle a raison et fige cette jolie pellicule du temps dans sa
mémoire.
Toutes ces choses lui donne l’espoir d’un renouveau si doux.
Sarah et elle ne font qu’une et s’élancent vers son futur.

Sanchez -Moreno Marie Claire.

Si tout est possible alors, ferme les yeux et vois ! Tout commence !
Glisse sur le chemin de ton passé, tu trouveras la puissance, celle qui te
ramèneras dans ta vraie demeure. Tu ne jetteras plus les gens que tu croiseras
dans la rue, ceux sur ton passage qui ne demandent qu’à t’aider. Tu ôteras ce
masque porté depuis des siècles ! Tu renonceras à tes oppositions rebelles ! Tu
renoueras enfin avec le ciel.
Mais avant, souviens-toi de Jay et Sarah, silhouettes lointaines. Du temps où tu
les as écartés de ta vie, du mal que tu leur as fait. Ce n’était pas ta faute, tu
perdais la raison. Repense à cette succession d’histoires, à tous ces cailloux sur
ta route, à ces mains tendues que tu refusais, à toutes ces fois où tu te jetais à
corps perdu dans une nuit incertaine, aux matins où tes nerfs étaient à vif.
Affronte et oublie !
Et demain, demain.
Lentement, doucement, tu prendras une route sans fin, tu te sentiras pousser
des ailes !
Renoue avec ton Histoire pour vivre enfin ton présent ! Toutes les portes sont
ouvertes !

Marie France Macquet

Et si tout est possible alors
Je serais cette femme qui danse comme personne
Jusqu’au vertige
Portes grandes ouvertes
Je flotterais dans mes rêves
Où tout recommence
Étonnant passage
Volutes sans fin
Jusqu’aux pieds nus
Où le corps en expansion
Retrouve l’aisance perdue
Sur une route où bouche, mains, tête
Retrouvent la pellicule du temps
Touchent l’envers et le centre des choses
Pour remonter jusqu’à toi.

Christiane Manin

Et si tout est possible alors elle se retourne lentement.
Ce soir, la chaleur est étouffante et toutes les portes sont ouvertes.
La lumière au plafond est éteinte.
Elle pose ses chaussures, secoue la tête pour faire tomber l’épingle qui retient
sa longue chevelure en un chignon trop sage.
Elle déplace son corps dans l’espace sans jamais toucher les choses, surtout ne
pas faire de bruit !
Sa main tangue.
Enfin, elle sort, dans le silence de cette nuit sans lune, vêtue de son pantalon
noir. Ses pieds nus la conduisent dans le jardin.
Et là, elle danse comme personne. Elle retrouve la grâce, l’aisance et l’agilité
qu’elle avait cru à jamais perdues !
Elle voit les couleurs de la nuit qui enveloppe son corps.
Elle a raison, ce temps est délicieux. Elle savoure la caresse de la brise
nocturne sur ses joues.
Pour qui la verrait, elle a cet étonnant visage empreint de béatitude, calme et
serein.
Mais elle est seule dans ce jardin.
Mais elle est libre !
Il est temps pour elle de partir en sens inverse, sur un autre chemin, une route
sans fin vers la vie qu’elle voulait.
Danser et vivre

Françoise Boyat

Et si tout est possible alors elle peut refaire tout le chemin en sens
inverse, remonter en soi, et alors tout commence.
La jolie pellicule du temps s’imprime dans sa mémoire. Elle caresse
les roches, pose sa main sur les angles secs, oublie les cailloux
dans ses chaussures et elle danse.
Son corps effilé retrouve son aisance perdue. Sa silhouette
dessine des volutes dans le ciel. Elle flotte entre les rêves, revoit le
château au bord de mer, ce garçon à Barcelone.
Elle a vingt ans. Ce temps est délicieux.
Elle secoue la tête, voit les couleurs. Le roses des magnolias, le
blanc des cerisiers.
Lentement l’édifice onirique se défait. Elle se sent joyeuse. Elle a
envie de rire. La route est sans fin. Le printemps est là et elle a
toujours vingt ans.

Claire Deroeck

Un monde à part
Et si tout est possible alors, je vais régler le problème de mon camion échoué
dans cet horrible bled bolivien !
La conversation détestable avec ce garagiste aux cheveux gras, et aux mains
calleuses a eu le même effet que le ciel rouge sur mes pommettes.
Désemparé sur ce chemin de cailloux, j’ai aperçu dans la nuit, une silhouette.
Quelque chose de flou, une force interdite, est apparue dans ce vent et cette
nuit Bolivienne.
Une chevelure dense et noire, une bouche dessinée, et des mains fuselés.
Ce genre de situation arrivait souvent aux gens qui se déplaçaient dans ces
régions, ils appellent cela « la pellicule du temps », un moment suspendu.
J’ai allumé le plafonnier du camion, j’ai branché la radio, et je me suis calé sur
le siège.
Dehors, l’image de cette femme se fit plus nette et plus proche, comme une
créature nocturne.
Elle posa une main sur mon épaule et me fit tourner légèrement vers la gauche
pour me dire.

 On voit que tu n’es pas d’ici, dit-elle en souriant, et sans me donner le temps
de répondre, elle soupira indiquant la direction colorés des enseignes au néon
de la station-service.

Richard Velasquez

Si tout est possible,
alors, pourquoi ne pas tout recommencer ?
Comme dans un rêve
s’allonger sur le sable, un soir, au crépuscule.
Écouter les vagues murmurer mon nom
et laisser la pellicule du temps s’évanouir.
Replonger dans la jeunesse et flotter entre les rêves, danser, chanter.
Tout est possible, tout s’offre à moi.
Le murmure des vagues m’entraîne.
Je voyage, je sors de mon corps, cet édifice qui lentement se défait.
Je suis dans le ciel parmi les étoiles.
Je pars vers d’autres horizons, loin de la monotonie, loin de l’âge qui vient.
L’espace du dehors est infini ; je voyage, je voyage dans les volutes du ciel .
Tout est possible : aucune limite.
Je redeviens l’enfant qui s’émerveille, voit les couleurs de la vie et lui sourit.

Annie Faure

Tu l’entends le cœur ?
Et si tout est possible alors c’est que l’homme face au grand vertige a pris
conscience qu’il fallait arrêter immédiatement de jouer avec la planète.
Les résultats de l’encéphalogramme du cœur de la terre avaient affolé toute la
population, les enregistrements étaient alarmants, l’imminence de l’ explosion
se calculait dorénavant en mois.
Tu l’entends le cœur de la Terre ? Tu l’entends ce cœur qui a peur ?
Or à un moment précis, le tocsin de la raison avait carillonné dans tous les
esprits et les cœurs. Ainsi, tous les hommes, toutes les femmes et les enfants
se sont mis en marche, ensemble pour sauver la Terre et leurs vies. La
flammèche avait ravivé le brasier des consciences, brûlé les mauvaises
habitudes pour faire place à un renouveau plus proche de la Nature.
Ils étaient tous en cavale vers le futur à la recherche d’un autre monde, c’est
certain il y avait matière à rêver et à espérer un monde doux et bienveillant. Se
répéter comme un mantra que ça vaut la peine pour chacun d’entre nous
d’œuvrer à la préservation de lieu qui nous a vu naître et de veiller sur le
berceau de l’humanité.
C’est seulement parce que la limite rouge n’avait pas été encore franchie que
la Terre allait être sauvée mais aussi parce que les hommes avaient retenu les
leçons de la Grande Histoire celle qui était écrite dans les manuels de leurs
ancêtres.
Tu l’entends le cœur de la Terre ? Tu l’entends ce cœur qui te remercie ?

Géraldine Jimenez

Elle danse comme personne, mi-furie mi-nue, un sein s’est échappé pour
danser lui aussi. "J’ai dû rater la bretelle" dit-elle, riant en apercevant le bonnet
béant tel une paume généreuse.
Elle voit les couleurs maintenant.
Depuis qu’elle a raccroché, elle s’offre le temps. Le temps de toucher les
choses, connaître leur texture, enfin.
Mordue de travail, elle s’est attablée au grand banquet et s’en est repu, a mis
les bouchées doubles, jusqu’au plat. Jusqu’à mettre le feu à la nappe, sentir
l’aimé partir en fut mets. Un festin qui s’achève en volutes.
Dans l’improbable fin née le début : Et si tout est possible alors, le chemin
existe au-delà des cendres.
Se laver les pieds dans l’eau tant de fois. Sentir les vagues qui viennent
caresser les roches. Et un jour entendre la voix du large susurrer : "sur la mer,
toutes les portes sont ouvertes".
Entendre et recommencer à danser, parfois.

Mathieu Reynaud

Et si tout est possible alors, il existe sans doute des espaces concentrés et
serrés , des intervalles aérés et dilatés. Chaque jour, elle a dû se battre et se
débattre. Les cailloux infiltrés dans sa chair, les décharges multiples, les nuits
au plafond ont brutalisé son corps. Sa bouche devenue trop grande, ses ongles
secs et cassants , le crâne pelé , les nerfs en épingle , son image figée sur la
pellicule lui ont fait percevoir une route sans fin, bref , elle avait dû rater la
bretelle.
Après des mois de lutte acharnée et, en conséquence l’aisance perdue, l’édifice
se reconstitue.
L’agilité, la puissance sont désormais redevenues ses compagnes de route. Elle
a souhaité ne plus être à côté mais à l’intérieur de ce corps devenu effilé.
Il fait un temps délicieux, la chaleur caresse doucement son visage devenu
androgyne. Étendue dans l’herbe fraîche du jardin, ses pensées s’agitent,
tourbillonnent , dansent comme personne et s’élèvent telles des volutes dans
le ciel. Sa main tangue au rythme d’une musique lointaine, dessine des vagues
dans l’épaisseur du matin bleuté. Dans ses rêves les plus fous, sa corporéité
n’est plus un mythe, ni même une norme mais une réalité qui lui appartient
désormais, à elle seule. Peu importe le regard. Peu importe l’absence de désir.
Peu importent les nuits solitaires. Qu’est ce que cela veut dire, après tout ?
Elle se relève, secoue la tête.
Elle est de nouveau sur l’autoroute de la vie.

Giovanna Frau

La pellicule du temps
Et si tout est possible alors je vais partir ailleurs, un peu plus loin. Faire une
pause dans
l’inquiétude.
Je marche le long de l’estran, un vent parfumé d’algues brunes me caresse le
visage. Je flotte et danse dans l’air frais. Comme des vagues folles, comme un
ressac impétueux. Au loin, des volutes couleur de matin clair s’échappent des
cimes des roches pelées. Un froissement. La pellicule du temps me fait toucher
le ciel. A l’aune de ce que je vois, c’est un chemin sans fin,un château au milieu
d’un jardin où foisonnent les fleurs du renouveau. Je tangue comme un
bateau ivre. Je suis cet homme neuf qui prépare un festin pour un corps défait
qui se refait. Je suis loin déjà. Je m’élance sur un sentier sans cailloux. Je longe
une rivière paisible sans embâcles. De l’herbe verte de partout maintenant.
Douce, fraîche et luisante de la rosée du matin. Je marche pieds nus,
chaussures à la main. Mon corps brutalisé par tant de nuits sombres s’éveille
doucement. Je vois un feu d’artifice de couleurs fraîches, j’entends des sons
lumineux comme des musiques savantes, je sens des parfums riches que je ne
connais pas encore.
J’inspire l’air. Des senteurs de lilas, douces et délicieuses. Je suis un homme
nouveau qui n’est plus à côté de sa vie. La lutte ne fait que commencer. Tout
bouge. Puissance étonnante. Je me presse car le bonheur n’est jamais
immobile.

Violette Chabi

Et si tout est possible alors, faisons fi du passé et laissons la nuit
noire guider lentement nos corps nus. Nous avons suivi des routes, pris
des bretelles, roulé en sens inverse et finalement, nous voici au bord de la mer,
à caresser les vagues et à rêver d’avenir.
Ce que j’appelais un caillou, tu l’appelais un galet et cela suffisait à entrer
en opposition ; combien de semaines les nerfs à vif, de nuits passées
la tête dans les mains, fou de rage ou de désespoir sans savoir comment ? A-ton suivi le cœur, la raison, ou encore tout autre chose ?
Bas les masques désormais, refaisons l’histoire et à nouveau, entrons dans
la danse. Le temps perdu ne reviendra jamais, c’est mieux ainsi.
Boucles brunes et bouche en cœur, laissons nos sens s’exalter, de la vue
au toucher, car il n’y a rien de plus beau qu’un jardin au mois de mai.

Sylvain Boyer

Le monde d’après.
Et si tout est possible alors, pourquoi suivre le long ruban gris de l’autoroute
qui nous guide dans l’ennui vers un lieu attendu. Pourquoi ne pas lever le
masque, emprunter les chemins de traverse, prolonger l’escapade, s’arrêter le
soir où bon nous semble, s’allonger dans l’herbe haute, écouter les yeux clos
le vent qui chante le temps délicieux où l’espace du dehors et celui du
dedans cesse d’être en opposition. On arrivera bien assez tôt.
Et repartir au petit matin quand les volutes du levant dansent à l’horizon.
Observer au lointain les taches brunes des grandes villes, fuir les silhouettes
attroupées çà et là, les visages au traits tirés de ceux qui, brutalisés par
l’Histoire et la société, ont perdu la puissance originelle et parfois la raison,
ceux dont le fragile édifice lentement se défait dans une succession de nuits
sans sommeil.
Il est temps de voir à nouveau les couleurs du monde, de toucher les choses
pour découvrir leur texture, retrouver l’aisance d’être là, tout simplement, sans
subir les décharges multiples des nerfs en épingles qui secouent la tête et font
oublier les saveurs de l’existence.
Avant de devenir fou.

Christine Gillet

PAPILLONS
Et si tout est possible alors il pourra s’allonger dans l’herbe haute et regarder
les papillons passer au dessus de lui et peut-être qu’il pourra essayer de les
attraper.
Ce sera difficile car il a perdu l’agilité, la puissance et l’aisance qu’il avait, mais
peut-être que tout reviendra avec la chaleur du soleil.
Il met sa main devant sa bouche pour souffler, les papillons volent plus haut
pour rattraper les nuages qui dansent encore plus haut.
Il voudrait rester là au milieu de l’herbe et des fleurs, il ne veut plus être à côté
de ces gens dans la rue qui courent.
Il ferme les yeux comme quand il passe les nuits à regarder le plafond, tout
redevient clair et beau mais ce n’est qu’un rayon de soleil passager.

Stella Combe

Et si tout est possible
alors, je jette mes chaussures, je me sers un grand verre de rouge, le bois
d’une traite et je sors dans le jardin pieds nus avant de m’allonger dans l’herbe.
Et si tout est possible
je danse sur une route sans fin jusqu’au bout de la nuit, techno, mazurka, mon
corps plié, dilaté.
Et si tout est possible
je rêve de cheveux en couleurs, d’un visage aux angles secs, aux traits vifs,
d’une tête de caillou.
Et si tout est possible
je refais le chemin en sens inverse car il est temps maintenant de perdre la
raison, d’être lentement fou et d’écarter le mal qui dort à l’intérieur.

Christian Levéziel

Et si tout est possible alors je choisis « l’option bonheur ». Tu viens de passer
de longs mois dans le brouillard de l’incertitude, tes nuits te submergeaient
d’angoisses que tes journées ne suffisaient plus à chasser jusqu’au jour où ces
maux sans étiquettes ont reçu un nom, une identité. L’intrus, devenu ennemi,
était démasqué et pouvait donc être combattu puis vaincu. Alors, redevenue
toi-même, l’envie, l’énergie, la volonté ont progressivement réapparu. On a vu
tous les volets s’ouvrir à la lumière, s’effacer devant ta silhouette, puis les
fenêtres entrebâillées ont invité l’air, les odeurs, les bruits…la vie. Maintenant
tu es décidée à gommer cette période hivernale pour la repeindre aux couleurs
de la saison naissante mais lorsque le recommencement se présente comme
une chance, il faut recomposer la toile. Recommencer permet de faire un bilan,
de retirer enfin les cailloux de sa chaussure, de garder l’essentiel alors que l’on
se connaît mieux et que l’on ose se l’avouer. Recommencer invite également à
de nouveaux départs dont la confiance restaurée bloque la censure, cela peut
même être l’occasion de se lancer quelques défis.Tout redevient possible et je
suis vraiment très heureux que l’on puisse prolonger ainsi notre histoire en
célébrant le sacre du printemps.

André Berger

La jolie pellicule
Et si tout est possible alors je rebrousserai chemin avec la clarté du fou qui
connaît déjà l’histoire. Rien ne serait plus extraordinaire que de recommencer
en laissant derrière soi les petits cailloux dans ses chaussures. La même
histoire sans les volutes de fumée venant obscurcir la route. Serait-elle si
identique ? Plus de hauts, de bas, d’aller et retour ballotté par les vagues. La
simple sérénité d’avancer confiant car se sachant, sur une mer d’huile. Mais le
doute s’installe et si en évitant les embûches, je passai à coté des fleurs
sauvages sur le bas-côté ? Se contenter de continuer et se donner la chance du
hasard, pour dérouler la plus jolie pellicule, celle de notre vie .

Amandine S

"Si tout est possible… alors je fais l’oiseau, je pars voler sur les contreforts des
falaises de craie. Fière, je prends mon envol du haut de la paroi ne craignant
nullement la chute. Je vois l’océan en vue de dessus et je valse avec aisance et
douceur au gré des courants aériens. Je retrouve la légèreté tel un poids plume
sans entrave, sans gravité. Je suis loin, très loin de cette pièce aseptisée ;
avant que la radiologue ne place ses mains sur mon sein, avant que la tâche ne
vienne gâcher le cliché. Je ne veux pas atterrir. A demi-consciente, je me glisse
dans ma robe dont j’ai dû rater la bretelle et par un acte manqué, je viens
arborer ce sein qui déclare son mal de vivre en pays conquis".

Delphine Blanchin

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