Edition 2022 du 17 au 20 nov.
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Vos textes de l’Invitation à écrire N°5

Pour cette cinquième et dernière invitation à écrire, les participants étaient invités à explorer les récits fantastiques de Mylène Mouton et à imaginer une légende autour des arbres.

Voila ce que ces consignes ont inspiré  :

La Légende dit que la vitalité du vénérable Cyprès du Parc de Seou-Tcheou (Sud de la Chine) a pour origine le placenta des filles du Clan Chang, ancienne illustre famille de Lettrés. 

A cette époque, les filles devant un jour appartenir à la famille de leur mari, la coutume exigeait qu’on enterre leur placenta hors de la maison (on déposait celui des garçons sous le sol de la maison). Dans la famille Chang, la sage-femme creusait un trou dans la cour du Cyprès , située juste derrière le hall des Ancêtres. 

Ainsi, l’arbre absorbait cette nourriture vivifiante par ses racines, l’invitait dans sa sève printanière, accomplissant de fait sa destinée : unir la Terre et le Ciel.

Quand d’immenses bouleversements traverserent le Pays ( révolte des Boxers, guerre de l’Opium, Longue Marche, Grand Bond en Avant, Place Tien An Men etc etc...) la maison Cheng fût détruite, mais, mystérieusement, le Cyprès toujours épargné. 

La Légende dit que les habitants de la ville étaient si attachés à leurs racines du Ciel que toute femme qui le pouvait enterrait le placenta de son enfant ( fille ou garçon, l’ égalité était devenue la règle) au pied de 

"L’Arbre".

Bien sûr, cette Légende est un secret, chuchoté, murmuré dans le Parc municipal de Seou-Tchen où règne en Gardien le majestueux Cyprès. (chacun sait que sans le secret, il aurait été abattu depuis longtemps).

Odile Germain 


Sorcellerie

La légende dit, que ce vieillard chênes, toujours vert malgré ses huit cents ans, apporte, inspiration et lumière.

Je fumais les jambes croisées, assis à ses pieds, en écoutant le frémissement des feuilles apporté par la brise du soir. J’admirais son large flanc ouvert, sa cime ravagée par l’orage, son tronc desséché par le temps et chargé d’inscriptions.

Mon premier album avait marché du tonnerre, des concerts, des interviews, des tournées au bout du monde, des groupies, des rééditions Deluxe de mon album...Mais là plus rien dans le bide et la tête, plus d’inspirations...

J’ai écrasé mon mégot sous mon talon, j’ai baillé et sa a fait craquer mes oreilles, et là...j’ai entendu une musique à vent, un son puissant et sonore, mais aussi doux et charmeur, clair, plein de rondeur et de chaleur. Je l’ai reconnu de suite le hautbois !

Alors, pour l’accompagner, j’ai sorti ma guitare de son étui, une Gibson Southern Jumbo de 1956, et j’ai fait vibré les cordes en vagues d’harmonies autour du vieux chêne, m’entraînant dans un grand tourbillon de danse sans fin, une musique folle, des airs me venaient, des variations....

J’ai posé ma guitare Gibson sur son tronc, je me suis frotté les deux joues, mal rasées, et j’ai raclé les cailloux gris du bout de ma bottes, devant le rideau de branches balayés par le vent de ce chêne, je parvenais à trouver des accords, une mélodie, inventé le titre, et je me suis dit : Qu’est ce donc que cette sorcellerie ?

Richard Velasquez


La légende dit que le châtaignier est immortel et renferme des dons extraordinaires dû à sa force tranquille et imposante.

La légende dit qu’une vieille femme usée par la vie, la maladie et les privations trouva refuge au creux de ce bel arbre.

Elle retrouva santé, jeunesse et beauté grâce à un savant mélange dont elle avait le secret.

L’arbre à lui seul déployait des vertus sous ses feuilles luisantes, auréolées de dentelle aux couleurs chaudes de l’automne.

Ses chatons flamboyants couvaient telle une louve à quiconque s’approcherait de ses fruits bien lovés au cœur d’un doux cocon épineux pour éloigner les indésirables, jusqu’à l’éclosion donnant naissance à un fruit rond, de marron brillant éclatant de douceur ! La châtaigne.

Sa belle écorce enveloppante et protectrice couleur brune orangée.

La légende dit que des milliers de gens affluaient pour bénéficier des guérisons miraculeuses.

Les bonnes âmes furent guéries, et les mauvaises englouties dans les piquants des bogues du châtaignier ! L’arbre savait !

Marie-Claire Sanchez-Morena


La légende dit qu’une nymphe veille chaque arbre et lui permet de déployer sa force de vie. Moi je n’ai pas choisi mon arbre par hasard. J’ai jeté mon dévolu sur un gland égarré par une écureuil distrait au sommet d’une colline couverte d’une vaste prairie.

Seul, sans abris, en proie aux vents et au solail, il a touché mpon cœur.

Voilà 300 ans que je prends soin de lui et il me le rend bien. Nos âmes ont grandit de concert.

Aujourd’hui, son allure majestueuse et notre complicité nous valent de participer à des agapes variées : pique niques, rendez vous galants ou amicaux, confidences… Même deux sœurs venues à la lueur de l’aube, épandre autour du tronc les cendres intimement mêlées de leurs parents décédés à quelques mois d’écart.

Dans un silence recueilli elles ont posé leurs mains sur l’écorce rugueuse. Elles voulaient offrir au chêne l’amour pour leurs parents et offrir à leurs parents la force et la sérénité du chêne pour l’éternité.

Le contact de la peau de ces inconnues bienveillantes sur la peau calleuse de mon aimé est doux et chaud comme une caresse d’amour.

Là, j’ai le pouvoir d’insinuer un surplus d’âme et de vie.

Que l’on y croit ou pas, que l’on m’appelle nymphe, elfe, lutins, je suis l’invisible hamadryade de mon aimé et aime partager mon amour.

Mais que personne n’ai l’idée de lui faire du mal cer je peux aussi me faire sorcière maléfique !!!!

Christine Muller


La légende dit que sur la terrasse attenant au château d’ Hauterives dans la Drôme , un cèdre du Liban fut planté il y a deux cent soixante ans environ.

Tel un géant, droit et fier, il présente un tronc imposant dont la base simule des pattes grisâtres de pachyderme, plus grand animal terrestre au cœur tendre.

Ses branches inférieures ont été élaguées et laissent place à deux profondes traces semblables à deux yeux énormes bienveillants.

Au-dessus, les charpentières s’élancent pour former une couronne au feuillage étagé aux nuances vert foncé à gris bleu.

Majestueux, il trône au bord de la rivière Galaure et veille sur le fantastique et unique Palais du facteur Cheval.

Ce chef d’œuvre d’architecture naïve représente un véritable hymne à la nature.

Il fut édifié par Ferdinand Cheval de 1878 à 1912.

On raconte que lors de ses tournées quotidiennes à pied en tant que facteur, il collectait les galets aux formes insolites.

Avant de rejoindre sa modeste demeure, il traversait le parc de château et s’asseyait au pied du fameux cèdre. Ce repos l’apaisait, adossé au tronc écaillé.

Il échafaudait la mise en œuvre de son rêve depuis la découverte de la première pierre nommée « pierre d’achoppement », Il construirait un temple en hommage de la nature qu’il chérissait.

Adepte des embrassades végétales, il captait la force, la noblesse et la grandeur de cette source ligneuse.

Les villageois considéraient son excentricité mais reconnaissaient la magie naissante entre l homme et la nature. Leurs destins seraient désormais liés et éternels.

« A la source de la vie, j’ai puisé mon génie » Ferdinand Cheval

Corine Girard


La légende dit que les âmes perdues s’échouent aux pieds du noble chêne, et puisent dans sa robustesse et sa longévité, la force de retrouver leur chemin. Elle raconte qu’autrefois, fort de sa hardiesse et sa beauté, un jeune berger attire l’attention d’une déesse. Eprise de cet être charnel et sensible, elle franchit la frontière interdite entre son monde et le sien. De leur rencontre naît un amour inconditionnel et infini qui engendre la colère des dieux. Leur sentence survient, punitive et irrévocable. Ils séparent la nymphe de son amant terrestre, et leur fureur se transforme en un violent déluge qui s’abat sur le candide mortel durant plusieurs jours. L’amoureux banni se réfugie sous un chêne imposant dont la stature et le feuillage dense lui octroient un abri protecteur. Lorsque le courroux divin s’éloigne, le jeune berger vénère son arbre providence et s’applique à l’observer et l’étudier. Il en retire connaissance et sagesse, tout en lui confiant son désespoir et ses prières pour reconquérir son amour défendu. Le cycle saisonnier s’enchaîne, emportant avec lui ses supplications et son espoir. Puis dans la lumière aveuglante et la chaleur écrasante d’un été, la chrysalide d’une cigale se découpe sur l’écorce épaisse de l’arbre. Sous le regard captivé du jeune homme, elle se dévêt de son armure et se métamorphose pour laisser paraître sa bien-aimée céleste. Elle abandonne son aura divine pour épouser son berger, et l’humanité. Leurs âmes sœurs se sont enracinées pérennement et chantent tous les étés leurs louanges aux dieux, dans les bras providentiels du chêne illustre.

Myriam


La légende dit que cet arbre a pleuré toute la sève de son corps après cette nuit tragique...

En ce temps-là, la vie s’écoulait tranquillement au château de Vourey. Le seigneur des lieux régnait sur tout le canton depuis le couvoir de Cerveloup jusqu’aux berges de l’Isère.

Le château était modeste mais le parc immense comptait une grande variété d’arbres.

Parmi eux, un saule distribuait généreusement son ombre près de l’étang où le jeune Grégoire amenait boire son troupeau.

Chaque jour, Agnès, la fille cadette du seigneur le rejoignait. Protégés par l’ombre bienveillante du saule, les jeunes gens se racontaient leur vie et commençaient à faire de doux projets.

Le saule n’en perdait pas une miette. Il voyait bien que les coeurs des jeunes gens battaient à l’unisson.

Sous ses yeux, une histoire d’amour se dessinait.

Mais un soir, le château fut en proie à une grande agitation. Le maître des lieux recevait avec faste le comte d’une province voisine qui avait jeté son dévolu sur la jeune Agnès.

Les tractations allaient bon train. Agnès écoutait avec effarement son père bien aimé qui organisait ses noces avec le comte Emile de 20 ans son aîné.

Alors, sans plus réfléchir, elle se précipita au dehors, franchit le seuil et s’enfuit à travers le parc. La nuit était noire. Elle courut à perdre haleine jusqu’à l’étang et, dans un geste désespéré, se jeta à l’eau.

Instantanément, elle coula à pic entraînée vers le fond par le poids de sa lourde robe. Le saule tenta de ployer ses branches jusqu’ à elle pour qu’elle s’y accroche, en vain...

Le chagrin l’entraînait lui aussi vers l’étang...

Depuis cette nuit tragique, le saule pleure, les larmes coulent de ses feuilles jusqu’au sol.

Les amoureux peuvent encore se cacher derrière le rideau de ses branches . Mais celles-ci ne regardent plus le soleil. Elles plongent vers l’étang dans l’espoir d’apercevoir le beau visage d’Agnès qui, d’après la légende, se reflète parfois à la surface de l’onde calme.

Françoise Boyat


Trois frères

La légende dit qu’ils étaient trois frères, hauts et fiers. Ils ne se quittaient jamais. Se déplaçaient toujours ensemble. On les disait inséparables.Toutefois il leur arrivait de songer à la mort qui forcément, un jour ou une nuit, couperait les liens qui les retenaient. Et ça les rendait tristes, tellement tristes que ça en devenait insupportable. Ils avaient fini par ne plus penser qu’à ça. Cette obsession les laminait. Leurs sommeils étaient perturbés, ils osaient à peine respirer, de peur de ne pas entendre l’un d’eux franchir la porte du trépas. Ils craignaient de voir leurs ombres se disloquer, aussi regardaient-ils toujours leurs pieds. De plus en plus ombrageux, ils évitaient la compagnie des autres qui aurait pu leur faire perdre leur chemin commun. Ils savaient bien que leur vigilance ne serait jamais absolue, qu’il y aurait forcément une faille. Et le temps passait. Et ils voyaient les signes de la vieillesse les démarquer.

Ce jour-là, le temps était lourd de menaces d’orages. Les grondements résonnaient dans les collines alentour. Les premiers éclairs lançaient leurs épées de lumière. Ce serait leur jour.

Ils ont marché, le village dans le dos, en direction de la rivière, là où tant de fois ils étaient allés. Le ciel devenait noir et le vent qui forcissait chahutait leurs bras maigres arrimés à leurs silhouettes dégingandées. Arrivés au petit pont, ils se sont arrêtés, se tenant par les mains. Et l’orage s’est approché, encore plus vite, toujours plus près. Ils ne se sont pas quittés des yeux. Quand le glaive de la foudre les a frappés, ils ont laissé échapper leur cri, unique, qui s’est élevé comme un Phénix. Le vent a dispersé leurs cendres. Mais à la place trois promesses, trois pousses de peupliers.

Véronique Pédréro


La légende dit que cet arbre qui s’élève au milieu de la forêt de brocéliande dénommé Abondance a été offert à un mendiant assis au bord d’un chemin par un vieillard aimable à la physionomie joviale, bienveillante muni d’une faucille et d’une jeune pousse d’arbre. C’était une simple et fine branche sans vigueur en apparence.

Cependant le pauvre homme ignorait qu’il s’agissait du dieu des champs dénommé Sylvain dont la protection s’étendait sur les champs cultivés, plantations et jardins.

Il décida de le planter au milieu d’un champ dénudé et aride. Il lui rendait visite, lui parlait, prenait soin de lui tous les jours et s’aperçut qu’il poussait vite et donnait beaucoup de fruits d’où son nom évoquant la chance et la prospérité. Petit à petit le champ devint fertile, différents arbres fruitiers sortirent de terre et le paysan cueillit toutes sortes de fruits. Sa situation s’améliora. Il devint un notable respecté de tous. Il n’oublia pas ses origines en aidant les plus miséreux.

Ce dieu des FORÊTS était célébré au moment des moissons par les agriculteurs afin que leurs récoltes soient protégées et florissantes.

Sylvaine Beaumelle


Pénélope

La légende dit que la fille d’Icarios était dotée d’une intelligence rusée. Assise sur son lit fait en bois d’olivier, un bois dur compact et lourd, elle contemple les immenses champs d’arbres au beau feuillage argenté. Elle attend depuis des années le retour de son voyageur de mari. Elle a posé sa quenouille. Et reste recluse dans sa chambre.

Dans la grande plaine d’Ithaque, le gris vert des feuilles des oliviers, leur bruissement sous les vents tièdes ravit les oreilles de la reine. Les cigales stridulent accrochées aux troncs noueux des arbres. Quand le zéphyr court entre leurs branches, il fait un bruit semblable à celui de la mer et des vagues. Pénélope imagine Ulysse naviguant sur des eaux tumultueuses. La célèbre héroïne s’en va reprendre le tissage du suaire pour le père d’Ulysse et oublie pour quelques heures les arbres éternels. Elle doit tromper ses prétendants. Car aucun homme jusqu’alors n’a partagé le lit de la fidèle Pénélope. Une véritable épreuve ! Elle sait les valeurs symboliques de ces beaux arbres : victoire, paix, sagesse et fidélité. Même Platon enseignait la philosophie à ses disciples à l’ombre d’un grand olivier. Et son fougueux époux quand il rentra enfin à Ithaque, raconta avoir terrassé le cyclope avec un pieu en bois d’olivier.

La légende dit qu’Ulysse et Pénélope vécurent enfin heureux après d’autres exploits plus ou moins avouables.

Qu’importe ! Légende ou réalité ? En ces temps chaotiques, il n’y a pas pléthore de belles histoires. Cet arbre mythique et vénéré reste un fabuleux présent pour l’humanité.

Violette Chabi.


Racines

La légende dit qu’Il a mis six jours pour créer le monde et l’Homme. Rien que ça !

Il se prend pour Dieu. Sûr qu’après tout ça, Il a eu besoin du septième jour pour se reposer.

Mais la légende, elle raconte n’importe quoi. J’étais là bien avant le début, j’ai tout vu.

Depuis deux cent quatre vingt cinq millions d’années, j’ai grandi, je me suis multiplié, j’ai résisté à tout.

J’ai attendu longtemps. Il y a sept millions d’années, j’ai vu apparaître des petits homoncules, prémices des premiers Homo et de leurs si lentes et nombreuses déclinaisons latines (habilis, erectus, sapiens...). J’ai tout noté.

Sapiens, parlons-en : depuis quarante mille ans, je vous regarde. À chacun de vos enfants, je rajoute une feuille à mes branches toujours plus longues, plus hautes, plus fortes. Votre cerveau est plus volumineux, mais vous ne savez pas l’utiliser, vous avez des petits rêves apeurés ; moi je plonge encore plus profond mes racines et je ne crains rien. Vous polluez. Moi, cela me fait vivre... vous, vous en crevez.

Ma dernière feuille, je l’ai nommée Thelastone Paulette, elles ont toutes un nom.

Je peux te raconter ton histoire, celle que tu ne connais pas. Moi, j’ai tout le temps. Ton histoire est singulière. Tout au bout de ma plus haute branche, tu le sais.

Tu scrutes les étoiles.

Je te raconterai l’histoire que tu ne connais pas, singulière et unique.

Ensemble, nous attendrons la grande lueur jaune, loin, là-bas.

Ariane... Les étoiles...

Nous savons qu’une ère nouvelle va naître.

Tu apprendras à me connaître, moi, ton arbre généalogique.

Eric PROTIN


Sous l’arbre… à palabres

La légende colporte des histoires bien terrifiantes à mon sujet. À une vitesse qui dépasse même la course des gazelles.

Il est dit que la nuit, si tu t’égares dans la savane et t’approches trop près de moi, tu entends venant de mon tronc le désespoir de jeunes filles en pleurs. Je suis vieux maintenant. Presque deux mille ans. Et je crois que moi aussi j’ai fini par percevoir leurs cris.

Et je pleure. À la saison des pluies je recueille beaucoup d’eau. Beaucoup. Beaucoup tu sais, des milliers de litres. Pour mes larmes.

Est-ce vrai petite Fatoumata ce que l’on raconte ? Qu’une nuit d’orage je les ai enfermées. Elles étaient quatre à avoir pris mon cœur et elles s’en sont moquées. Je n’ai pas aimé.

“L’arbre qui mange les jeunes filles” ils m’ont appelé. Cela je ne le supporte plus. Encore si j’avais belle allure. Mais j’ai été trop fier dans ma jeunesse, trop exigeant, toujours insatisfait. Dieu s’est fâché, m’a planté à l’envers me donnant cette forme si étrange, si ridicule avec des racines pour branches. Alors je suis profondément triste.

Mais moi, dit Fatoumata, pourtant je ne te crains pas. “Si grand que tu sois, une simple graine est ta mère”. Je te respecte. Tu as la force du lion. Depuis si longtemps tu partages ma vie. Sous tes branches, dansant pieds nus dans la poussière, j’affronte sans peur les esprits maléfiques. Et je danse et je danse. Et c’est vrai que parfois les pagnes si fins qui cachent ma puberté naissante s’envolent… et t’enlacent.

Et je puise alors ton eau source de vie jusqu’à m’y noyer.

Geneviève Protin


Au pied de mon hêtre

La légende dit : « Mais est-ce une légende ? » qu’au commencement, était Arbor la graine symbole de fécondité et d’enracinement dans la terre nourricière. Mais, dès lors que de cette puissance naquit un tronc, que dis-je un mât ! on ne tint compte que de la verticalité. Arbre éclipsa Arbor.

Mais, que vienne la foudre et jaillisse le feu, seules les graines des feuillages épargnés, éparpillées par le vent engendrent de nouveaux hêtres.

L’arbre généalogique naît-il des alliances ancestrales des graines et des lieux ?

Ainsi à la base de tout Arbre qui s’élève vers le ciel il y a Arbor : Anima-animus ou la complémentarité du féminin et du masculin.

La légende dit aussi que Adrien, affligé par une disgracieuse dermatose, n’osait déclarer son amour à celle qui faisait battre son coeur. Un guérisseur ému par le désarroi du délicat et cultivé jeune homme lui offrit de tenter un traitement issu du bois de hêtre reconnu pour ses multiples vertus.

Adrien accepta toutes les recommandations du guérisseur. Au pied du hêtre,

patient et confiant, il médita tous les jours et, au fur et à mesure la forte vitalité de l’arbre et le remède de son bienfaiteur firent merveille.

Par gratitude et aussi parce que Adrien avait une âme de poète, l’amoureux osa. D’une grosse branche blessée du hêtre, il en fit une tablette et écrivit, pour sa belle, un poème ; et bien d’autres à l’effigie de la souveraineté empreinte de raffinement, de joie et de féminité du hêtre qui est synonyme de littérature.

Edith Hénaff


Europe

La légende dit que sous le platane du plateau de Crète la princesse Europe eut du plaisir, fille de Phénix envolée de Phénicie sur le Taureau blanc que les aèdes Grecs d’Homère appelèrent Zeus dans leur plan de "pénétration" de l’Occident par symboles. Une fois Minos installé en Crète, Rhadamanthe établi juge des Enfers et Sarpédon préparé à aider Troie, Europe se mit à embrasser tout le continent de l’Oural aux Açores comme aucun humain ne put le faire jusqu’à notre XXIème siècle.

Elle partie, le plateau crétois se couvrit d’éoliennes bien avant qu’un ado picard prétentieux choisisse l’épouvantail comme représentation, et l’eau coula une plaine fertile Lassithi. Elle s’amusa à faire de la Méditerranée une mer très contraire à celle de la Tranquillité lunaire. Elle planta un second platane au centre de Kos pour ombrager le cabinet médical d’Hippocrate. Et elle fut maîtresse artificière des millénaires durant en lançant sa poudre aux yeux à tous les candidats tyrans qu’elle faisait surgir comme des asperges, de Thor à Tsar 2022, centaines de Polichinelles manipulés jusqu’au maschera Covid 19. Et mécène de tous les Arts, Académies, Commedia dell arte et Nouvelle Vague du Cap Nord à Gibraltar et Bizance, lançant les Vikings et Colomb vers l’ouest et Polo et Strogoff vers l’est .

Europe embrasant son continent, c’est l’incendiaire Alexandre ou les livres culturels de Fahrenheit 451 pour laisser place à la mass-littérature pour populace ou les arbres des forêts pour s’amuser des petits hommes en voitures rouges aux tuyaux d’eau poussifs. Elle a des pépins, des pignons, des noyaux plein ses poches pour relancer les cycles végétatifs, se riant d’hommes priant pour un pouvoir d’achat, Maîtresse pensant à jongler avec Amérique et Chine.

Europe, princesse phénicienne, quittant Tyr sur le Taureau blanc, l’enlèvement mythique,

Elle eut d’autres identités.

Richard Prothet


La légende dit que le platane est un arbre sacré associé à Gaïa la Terre , car sa feuille ressemble à une main. Il serait le symbole d’une présence divine. Les grecs le vénéraient et il aurait même servi à construire le cheval de Troie.

Sous les platanes d’un village, le plus petit d’entre eux se plaignant souvent d’être à peine regardé, respecté par des groupes d’humains bavards et bruyants, fumeurs et pollueurs, eût une idée.

Ce jour là, les platanes devaient se rebeller…Un jour trop chaud, un jour trop plein de ces incivilités, de ces indifférences devenues indécentes, les quatre platanes devaient abandonner leur mission . Leurs feuilles pourraient se refermer la nuit, ne pas s’ouvrir le matin pour protester.

Les oiseaux entendirent la conversation et s’inquiétèrent plus que d’habitude ce soir là. Il leur faudrait peut-être s’éloigner pour trouver refuge ailleurs.

Le troisième arbre fut celui qui permit aux quatre platanes de s’entendre. Il rappela que les hommes avaient abattu tellement d’arbres depuis l’antiquité que ceux ci succombaient à des maladies ou à des feux. Le platane le plus solide commença à douter. La régénération qui les symbolisait ne serait plus possible et cela les mettrait en péril. Les quatre arbres décidèrent de replier leurs feuilles et de les laisser fermées quelques temps.

Un simple coup d’œil le matin même permit à M, habitante du village de constater l’anomalie. Elle eût elle aussi une idée. Il fallait soigner les arbres avant que tout le monde ne soit privé de la quiétude de cet endroit. Elle se chargea de les arroser et de nettoyer la base de leurs troncs de toutes les marques d’agression qu’ils subissaient régulièrement. Malgré leur incrédulité, d’autres habitants commencèrent à observer. M rappela à la mémoire de ses voisins comme le fit alors en même temps le plus gros des arbres que le caducée d’Hippocrate avait été sculpté à partir d’une baguette de platane.

Paule Kuffler


« La légende dit » intervient Santiago, au moment où Magda s’extasie de l’ombrage du caroubier sous les 42 ° environnants. Sa famille est encore attablée dans le patio grâce à cet arbre, parasol naturel. On dirait le cousin germain de l’olivier avec son tronc comme les draps essorés par les femmes après leur lessive au lavoir. Sa frondaison est plus fournie, vert bouteille. Une caroube qui commence à mûrir tombe dans l’assiette de Magda. « On dirait une grosse larme » s’exclame la fillette. « Écoute donc la légende ». « Il y a bien longtemps de cela, notre île était inhabitée. L’intérieur, réplique du désert de Gobi, avec sa belle terre rouge brique à l’état sauvage, laissait libre cours à quelques herbes comme le sparte. Seul le bord de mer comptait sept familles qui parvenaient à vivre de la pêche, d’un lapin ou quelques poulettes, de légumes cultivés à l’eau saumâtre.

Une nuit de tempête une barque vint à échouer sur la plage et lorsque Bartomeu Ferrà alla préparer ses filets de pêche, il trouva le corps inanimé d’un homme, jeune, qui respirait encore. Le pêcheur fit tout son possible pour le sauver. Personne ne sut de quel lointain Orient venait le rescapé. Grâce aux soins de cette famille accueillante, il se remit assez vite et se prépara à reprendre la mer. Pour les remercier, il offrit une petite bourse à Mar, l’aînée des trois filles Ferrá. « Je te confie ce trésor mais attends l’automne pour l’ouvrir ». Vint l’automne, la demoiselle retira sept graines de couleur marron qui ressemblaient étrangement aux vulgaires crottes de la biquette Blanca. Elle en préleva une et l’enfouit dans le fumier devant la bergerie. L’hiver passa puis un jour de printemps, elle vit une tige feuillue à l’endroit précis où elle avait semé la graine. Mar grandit tout comme l’arbre qui était un caroubier. Il est dit encore que la jeune paysanne avait longtemps rêvé à ce marin providentiel et que les nuits de pleine lune elle versait quelques larmes sur le fruit planté en souvenir. Elle dissémina les graines restantes dans les coins les plus reculés de l’île.

« Je vais garder cette gousse et à l’automne, je planterai sa graine noire », dit Magda.

Elvire Bosch


Le murmure des saules

La légende dit qu’au-delà du rideau de végétation des saules pleureurs se murmure une rumeur. On l’entend dans le chuchotis des branchages qui se frôlent, dans le sifflement de la brise qui caresse le feuillage, dans le bruissement des herbes folles qui soupirent. Tout le jour, le saule susurre son secret, et, la nuit venue, il le dessine à la lueur des lucioles qui virevoltent près de lui. Il évoque sa solitude et ses savoirs, ses peines et ses mystères. Il ne parle pas la langue des hommes mais certains d’entre eux apprennent à discerner ses mots. Longuement adossés contre son tronc noueux, lovés au creux de ses racines tortueuses qui gonflent la terre, on les voit parfois, à travers les interstices du rideau végétal, écouter les yeux fermés. Au milieu de ses immenses pleurs émeraude, tandis que dans le lit de la rivière aux eaux verdoyantes on perçoit ses sanglots, il chuchote à l’oreille de ceux qui lui tiennent compagnie. Il partage au crépuscule un peu de sa sagesse, sous le regard tendre de la lune qui fait danser, sous les yeux des passants qui croient rêver, des lueurs fantomatiques. Mais, peut-être ne sont-elles pas que des illusions ? Ces nécromants des cours d’eau soufflent tout bas les rébus de l’outre-monde. Dans l’intimité et le silence de la nuit, leurs majestueuses frondaisons deviennent le théâtre des défunts, la scène des oubliés, le salon de ces êtres chers que l’on a perdus. La légende dit que ceux qui s’attardent sous les saules pleureurs et tendent l’oreille ressortent changés de ce luxuriant refuge de verdure. On les voit parfois fixer ces arbres avec nostalgie, tandis qu’ils confient parfois entendre résonner à leurs oreilles en faibles échos le chant des saules pleureurs. Et dans leurs yeux emplis de mélancolie dansent encore des fantômes.

Alice Civario


La légende dit que quiconque s’assoie au pied d’une aubépine, lorsque s’ouvre ses premières fleurs, verra son vœu exaucé par le petit peuple des fées qui réside entre ses branches. On dit aussi que ses fleurs roses et ses épines donnent force, résistance et le pouvoir de combattre les pouvoirs du mal.

Ce matin là à l’aube, la princesse Maïa était venue s’asseoir sous l’arbre fleuri aux senteurs délicates et suaves. Elle lui confiait son malheur. Depuis longtemps elle subissait chaque nuit les assauts d’un oiseau maléfique qui déployait sur son corps fragile ses larges ailes noires. Elle souhaitait trouver l’énergie de lui échapper mais aussi que sa jeune sœur n’ait jamais à subir ses attaques. Entre fuir et protéger le dilemme était insoutenable.

Alors que cette pensée l’envahissait et ne sachant qu’en faire, elle sentit un souffle d’air léger, des frôlements discrets presque imperceptibles. Des voix venues de loin chantaient une étrange mélopée. Une atmosphère magique accompagnée d’une lueur bleue l’entourait et lui procura soudain une véritable force de vie. Tout l’incitait à se recentrer, à revenir à elle, à combattre sa peur. Le regard dans le vide elle n’avait pas vu deux rameaux bercés par le vent. Elle les cassa et courut les déposer devant la porte de sa chambre et celle de sa sœur. Grâce à ses branches bienfaitrices, Maïa créa ainsi une frontière infranchissable pour cet être démoniaque et en fût délivrée à jamais.

Geneviève Nain


La légende dit que dans un petit village de pêcheurs un homme vivait seul et modestement avec sa fille adorée, depuis la mort de sa tendre épouse.

Un jour il n’eut plus la force de travailler son petit lopin de terre qui lui fournissait juste assez pour ne pas mourir de faim.

Ysalys se retrouva donc le jour de ses treize ans à travailler la terre, à entretenir le poulailler et à traire leur unique vache.

A l’aube ou à la nuit tombée elle se rendait sur la tombe de sa mère qui, en été, était protégée du soleil ardent par l’ombre d’un immense saule pleureur que son père avait lui même planté le jour de son mariage.

Elle aimait s’allonger sur le sol, les yeux fermés, paumes vers le ciel. Les branches lui caressaient le visage lorsqu’ une légère brise soufflait. En hiver elle s’adossait au tronc élancé et racontait sa journée à sa mère qu’elle sentait auprès d’elle.Elle lui confiait sa fatigue, ses petites joies avec son père, lui racontait la couleur des fleurs du jardin ou la grosseur des légumes du potager.

Un soir sans qu’elle s’en aperçoive des nuages noir ébène s’amoncelèrent dans le ciel.

Les premières gouttes tombèrent et une douce musique lui parvient. Elle se serra étroitement contre le tronc du saule, protégée de la pluie par l’immense feuillage .Elle reconnut la voix de sa mère qui lui chantait le courage, l’amour.

Elle sut à cet instant que sa mère serait toujours là dans l’énergie du saule pleureur planté avec amour, pour la soutenir les jours de tristesse ou de découragement.

La légende dit qu’Ysalys vécut à jamais heureuse sur sa terre en harmonie avec l’énergie de son saule pleureur sous lequel elle enterra son père.Les branches du saule se referment encore aujourd’hui sur lui et son épouse et à chaque anniversaire d’Ysalys un chant cristallin s’élève dans le ciel .

Armelle leroy

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