Edition 2022 du 17 au 20 nov.
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Vos textes de l’Invitation à écrire N°4

Pour cette troisième invitation à écrire, les participants étaient invités à construire une trame narrative à partir de 3 photos au choix issues du roman Un amour d’espion de Clément Bénech.

Voila ce que ces consignes ont inspirés :

 

Les pieds dans le plat

Ça pourrait être une histoire d’une fille, mais on ne voit pas la fille en question. Genre l’Arlésienne qui ne se montre pas. Du moins ici et maintenant. C’est la table qui nous fait dire ça. Une table bien apprêtée. C’est l’heure du déjeuner. Il fait beau. La femme ira sans doute se promener au parc d’à côté.

Soudain, le soleil fait irruption dans la pièce, comme si on le jetait par paquets. Le velux vient de s’ouvrir sous l’impulsion d’un coup. Deux pieds, enfin, deux bottines plus exactement. Deux chaussures qu’elle ne connaît pas. Grand format. Des panards de mec. Elle tremble, incapable de faire quoi que ce soit, ne serait-ce qu’émettre un son. Et l’échelle qui est là, tout près. Il va la saisir (l’échelle), dévaler jusqu’à elle (la fille) et qui sait ce qui va lui arriver…

Elle sent monter un haut le cœur. Panique à bord ! Sous la main, des munitions : bananes, mandarines, pomelos. Jetés direction l’intrus. Elle évite malgré tout de saisir un couteau ou son téléphone. Situation de défense, pas d’attaque. Et elle n’est pas une meurtrière.

« Mais ça va pas la tête ! » Cette voix… Hum... « Arrête ! » Ça lui dit quelque chose. « Mais bon sang de bonsoir…, t’as pas bientôt fini de te déchaîner ? Pouce, c’est moi. » Moi qui, d’abord ? Supplication. Elle reste sur ses gardes. Et si c’était un piège. Sur l’échelle, une main, puis une autre. Trouver un point d’équilibre : elle en bas, lui en haut.

« Bertrand, mais qu’est-ce que tu fais là ? »

Le temps de descendre, de se passer un gant sur le visage, il dit qu’il voulait lui faire une surprise pour son anniversaire. Il n’avait pas pensé que la séquence Gentleman cambrioleur allait provoquer un tel déferlement. Foutue, la chemise. Les fleurs, n’en parlons pas, elles sont franchement en piteux état.

« Allez mon gros loup, c’est vrai que t’es pas vraiment reluisant. T’as plus qu’à passer par la case douche pendant que j’arrange un peu le désordre. Et comme y’a plus rien à manger, on s’paie un p’tit restau ? On en profitera pour passer au pressing. »

Véronique Pédréro


ça pourrait être l’histoire de Charlie le militant.

C’était le 1e mai, fête internationale du travail, et comme tous les premiers mai ,Charlie ne dérogeait pas à la tradition : il avait sorti son drapeau rouge pour aller défiler.
Certes il n’y aurait pas grand’ monde , il le savait , de moins en moins d’ailleurs, mais lui ne se posait pas de question : Il devait défiler c’était une évidence.
Il n’avait pas encore pris son petit déjeuner ;il était sorti directement devant sa boutique : la ville avait entrepris des travaux de rénovation et il voulait voir où ils en étaient.
C’est à ce moment là, devant sa boutique ,qu’il entendit un bruit étrange :« Quelque chose » passa au dessus de sa tête si vite qu’il n’eut le temps de ne rien voir et ce « quelque chose » se dirigea vers la « tour » mais en laissant au passage « quelque chose » tomber dans les fourrés.
Charlie immédiatement fut en alerte.Un jour pareil ça pouvait être inquiétant d’autant plus que cette « tour » montée à la hâte depuis quelques jours, on ne savait pas trop à quoi elle servait.
Les autorités n’avaient pas encore donné d’explications.

N’ écoutant que son courage,Charlie s’avança vers les fourrés toujours son drapeau rouge à la main. Il avait des convictions et s’il devait mourir il faudrait que l’on les lui reconnaisse.
Il s’avança pénétra de plus en plus dans la végétation:Rien !Il chercha ,il chercha, se demandant s’il n’avait pas été victime d’une hallucination. RIEN !
Dépité ,il regagna son logis pour prendre son petit déjeuner, toujours avec son drapeau rouge.
C’est alors qu’il remarqua un porte- feuille semblable au sien sur la table mais ouvert ,une carte écrite à côté.

« Diable se dit Charlie, j’ai la berlue ou quoi ?
Je n’ai qu’un porte-feuille et celui là ne m’appartient pas »

Il allait s’en saisir quand une énorme déflagration ébranla toute la maison.
Personne ne sut ce qui s était passé ce jour là : fuite de gaz à cause des travaux déclarèrent les autorités.

Ce fut la fin de Charlie son drapeau rouge à la main !

Denise Roux


- Allô ?

Juché sur le toit de Cheap Charlies (cheap comme son salaire), les pieds pendant à travers la lucarne du débarras qui lui servait de chambre (mansardée aux dires de son oncle), Balram tentait vainement d’appeler sa mère, restée dans son Bihar natal, en essayant d’accrocher le réseau Tata Indicom de l’antenne qui se dressait face à lui (que seul un Bihar affolé pouvait confondre avec le château d’eau de Green Park). Pas de réseau martelait l’icône de son téléphone pré-payé qu’il avait acheté avec son premier salaire (enfin, ce qu’il en restait après en avoir envoyé la moitié à sa mère). Il avait pris soin de mettre les chaussures neuves que son cousin Basanta lui avaient données (parce que trop petites pour lui) au cas où sa mère aurait demanda à voir son nouveau « look » anglais mais qui lui faisaient un mal de chien. Penché sur les lacets qu’il essayait maladroitement de desserrer, il ne prit pas garde au drône de la police municipale qui survolait l’immeuble, signe de la fébrilité du maire à l’approche du Foodies Festival qui ferait converger vers Winchester une horde de touristes gourmands.

A peine était-il parvenu à se débarrasser de ces maudites chaussures qu’une armada de Bobbies débarqua chez oncle Amrit (au nom prédestiné, liqueur divine) à la recherche du clandestin que le drône espion avait débusqué. Oncle Amrit eut beau gesticuler, se confondre en courbettes, offrir des chapati fraîches et des ladoo, le tout dans un subtile mélange anglo-bihari, rien n’y fit. Le Sergent MacBride lui intima l’ordre de les conduire à la fenêtre de toit.

Apeuré à l’idée que l’on vienne inspecter son livre de comptes, Amrit hissa sa forte corpulence (engraissée par sa caisse noire) jusqu’à la chambre mansardée où il logeait son bon à rien de neveu. शैतान ! Pourquoi diable avait-il suspendu ses chaussures neuves au hayon de la lucarne ? Il fut interrompu sans ménagement par celui qui semblait être le chef et tentait en vain de se propulser sur le toit, empêché par sa silhouette empâtée que des années de bière avaient alourdie dangereusement. Seule une tête casquée émergea de la lucarne mais l’œil soupçonneux du Sergent MacBride ne détecta pas Balram fébrilement tapi derrière la cheminée et dont le cœur battait à tout rompre.

Soudain une sonnerie stridente retentit, celle-là même que Balram attendait nerveusement, déchirant le silence suspect d’une musique bollywoodienne. Dans sa hâte à museler les notes traîtresses, Balram laissa choir le précieux téléphone qui glissa jusqu’à la main gantée du Sergent MacBride qui s’en saisit avec circonspection. La capture de l’objet délictueux devrait suffire à calmer le maire que l’approche du festival rendait terriblement nerveux. Il ne pouvait tout de même pas avouer que, vaincu par sa corpulence, il n’avait pu arrêter le contrevenant. (Tout en redescendant du grenier, MacBride se fit la promesse qu’il allait lever le pied sur les pintes de bière.)

Alors, prudemment, Balram expulsa de sa poche révolver le téléphone qu’il avait subtilisé à Basanta à son insu. Sa mère ne devait pas s’inquiéter.

Catherine Spinard


Ca pourrait être l’histoire de Charlie, héros involontaire en cette année 2033 d’évènements étranges .

Natif de l’ancienne Ukraine, ce quadragénaire ancien militaire vivait chichement de sa pension d’invalidité. Sa campagne de 2022, pendant l’invasion russe, avait été exemplaire et sanglante ; sa jambe gauche avait reçu un éclat d’obus . Depuis, il survivait, sans projet ni espoir de retrouver son autonomie et son statut d’homme libre.

Un jour de printemps, il aperçut une lueur étrange dans le ciel au dessus de sa mansarde ; un faisceau lumineux et régulier balayait son plafond.

Tant bien que mal, Charlie se hissa sur son toit afin de voir plus loin l’origine de la lueur ; ; ;près de son immeuble, à l’orée de la forêt , le réservoir d’eau s’éclairait par intermittences ; sans présence humaine.

Le guet du jeune homme dura toute la nuit, sans apporter de réponse, le jet lumineux fonctionnait, pas de réponse à l’horizon de quelconques humains, pas de va et vient au pied de la tour, aucun indice …

Charlie était patient mais la fatigue eut raison de lui.

Le soleil tapait fort quand il se réveilla, engourdi par sa nuit sur le toit...Claudiquant, il se dressa et…..

à la place du garage familier à l’entrée du bourg se dressait un immeuble neuf couvert d’inscriptions commerciales… un drugstore américain à quelques centaines de mètres de chez lui ? Impossible !

« welcome, ukranien friends, we are happy to see you in your new store ! This year is the beginning of a free world . Come on and built with us your country ! » Le haut parleur répéta le message 3 fois !

Charlie n’avait pas rêvé : son pays était devenu le 53éme état américain.

Il ne sut pas s’il devait se réjouir ou pleurer ….

Françoise Morhain


Ca pourrait être l’histoire de Roger 

- Nous recevons ce jour dans notre émission, un jour un artiste, la star du moment : Roger Charlies. Roger votre parcours est exceptionnel, à cinquante-huit ans vous rencontrez la gloire grâce à votre œuvre « pamplemousse sur confiture d’orange ».

Nous rappelons votre histoire fabuleuse : 2019 votre épouse adorée décède brutalement, vous vous mettez à peindre pour noyer votre chagrin. Vous découvrez alors un talent caché. Sur les conseils de vos amis vous décidez d’exposer vos toiles. C’est un succès qui vous mène dans les plus grands musées du monde, actuellement vous exposez au MoMA. On parle de vous comme celui aui a réinvente l’art de la nature morte. comment exlpliquez vous cette success story ?

- Comme vous l’avez dit ça m’est tombé dessus par hasard. J’ai besoin d’être encore très proche de ma femme qui repose en paix. Bizarrement c’est elle qui m’inspire encore d’où elle se trouve...

- Nous n’avons pas précisé que vous êtes quincaillier depuis trente-cinq ans et que vous habitez au-dessus de la quincaillerie « Charlies », qui est dans votre famille depuis 1844...

Après trente minutes d’interview Roger se sentit soudain lasse. Il n’avait qu’une hâte quitter Paris et retrouver le calme de la banlieue de Limoges où l’attendait Guy son ami de toujours. Guy avait accepté de quitter son poste d’opérateur de production pour remplacer Roger à la quincaillerie. Confortablement installé en première classe du TGV, Roger pense à Évelyne. Presque deux ans se sont écoulé depuis l’accident. Seules deux petites années, qui pourtant lui semblent une éternité au regard des changements qui ont bouleversé sa vie. le train entre en gare « Limoges Benedictin terminus ». Avant de rentrer dans la quincaillerie, il prend un instant pour se recentrer. Il n’est pas toujours simple pour lui de naviguer entre ses deux vies. Quincaillier ou peintre, les deux Rogers ont parfois du mal à cohabiter. Sans doute le revers de la médaille. Il se souvient précisément du moment ou devrait-il dire des moments, qui ont inspiré cette œuvre. Évelyne avait l’habitude de manger chaque jour un demi-pamplemousse. Pendant plus de trente ans Roger se leva tous les matins à cinq heures pour préparer à sa femme son petit-déjeuner. Évelyne ne supportant pas la médiocrité, surtout venant de son mari, il devait disposer de façon méthodique la table. Une serviette bleue pliée en triangle dans laquelle il disposait une cuillère et un couteau, à la droite un ramequin orange accueillant le demi-pamplemousse fraîchement coupé, au-dessus duquel un verre de jus d’orange venait compléter l’apport de vitamine C, dont Évelyne n’avait pas besoin au vu de son énergie débordante. Il devait également disposer la confiture d’orange amer et des toasts de pain de mie remplacés le dimanche par du pain frais. Au centre de la table trônait également une corbeille de fruits qu’il avait pour mission de surveiller et de remplacer dès que l’un d’eux allait se gâter. Il ne profitait pas beaucoup de ce festin puisque la quincaillerie devait ouvrir à six heures trente tous les matins. Seul le dimanche lui permettait de traîner un peu avec Évelyne, mais elle le rappelait rapidement à l’ordre pour débarrasser et se préparer pour aller déjeuner chez sa mère. Cette dernière que Roger n’appréciât jamais autant que lorsqu’elle partait en voyage avec son club de Bridge, ce qui n’arrivait malheureusement qu’une fois dans l’année.

- Alors mon vieux comment s’est passé ton voyage ? J’ai écouté l’interview sur France Culture, je suis épaté, je n’en reviens toujours pas que tu aies un talent pareil !

C’est sur ces mots que Guy l’accueillit dans la boutique.

- Oui bon faut pas exagérer...

- Pas exagéré tu rigoles. Si cette vieille bique d’Évelyne t’en avait pas fait autant bavé tu aurais pu laisser éclater ton talent bien avant, je comprends même pas ce besoin d’aller fleurir sa tombe si souvent... Désolé mon pote ça m’a échappé... Paix à son âme ..

- T’inquiète je sais ce que je lui dois ; alors comment cela s’est passé en mon absence ?

- Tu vas vraiment finir riche entre tes peintures et le monde que ça attire à la quincaillerie, jamais vu autant de client. Tu vas peut-être pouvoir te consacrer exclusivement à ton art.

- Ouais on verra. Allez vient c’est l’heure de l’apéro.

Amandine Saadi


Ça pourrait être l’histoire d’un homme et d’une femme a qui la vie sourit, partageant un délicieux Week end a la campagne.

Au petit matin un copieux petit déjeuner pour deux en témoigne, dressé sur une table rustique taillée dans un vieux chêne.
Café, beurre, jus de fruits, confitures, pain, fruits...rien ne manque pour démarrer une si belle journée ensembles.

Pourtant un détail intrigue Juliette.
Pierre ne l’a pas attendu pendant qu’elle prenait sa douche ; cela ne lui ressemble pas.
Ses lunettes sont restées près de sa tasse de café manifestement bu à la hâte. Seuls les couverts ont servi.
Contrariée, elle part à sa recherche, elle appelle ! Bizarre quand même, personne à l’intérieur. 
Elle sort de la maison, en fait le tour sans bruit, comme un chat qui avance a pas feutré pour mieux surprendre sa proie.
Et décide de se diriger vers la cave ou sont rangés les outils du jardin ! on ne sait jamais !

 Juliette sent une boule s’installer dans sa gorge ce qui l’empêche de sortir le moindre son. Un étrange pressentiment lui noue l’estomac.
Elle entrouvre la porte. Mon dieu qu’il fait noir !
Le temps que sa vue s’adapte dans ce lugubre endroit. Elle lève la tête et soudain un halo de lumière lui laisse entrevoir les jambes et les pieds pendants d’un homme probablement assis au bord de la trappe.
Une échelle y été posée ainsi qu’une corde. Serait-il monté par la ? Que veut-il ?

Affolée un vent de panique la pousse a courir dans le jardin ; 
Cachée derrière un arbre ,reprenant ses esprits ; elle réalise qu’hier soir son portable est resté dans la bibliothèque.
Elle s’avance prudemment, son cœur cogne très fort dans sa poitrine.
Elle s’approche doucement et à travers la vitre, l’aperçoit en train de réfléchir au fond de la pièce, tournant le dos aux livres étalés ca et la sur les étagères.
L’expression de son visage est sombre, un air soucieux légèrement grimaçant qu’elle ne lui connait pas. Le regard fixe, deux doigts appuyés contre sa joue.
Non ! Ce n’est pas l’homme jovial et amoureux qu’elle connait !Que ce passe t-il ?

 Après tout, je vais le retrouver sans poser de question, je verrai bien se dit-elle, elle entre, lui sourit et l’embrasse.
Tu t’es levé tôt ce matin !
Son regard se porte amoureusement sur elle ; Oui j’étais en train de te regarder dormir.
Elle s’étire ; Pierre l’attire a lui dans un doux baiser et lui dit ! viens mon amour allons déjeuner, une très belle surprise nous attend.

 La nuit , les rêves peuvent nous faire agréablement voyager ou nous terrifier.
C’est si bon de se réveiller avec son amoureux et de se sentir protéger pour un séjour de rêve.
Mais qui sait que réserve cette mystérieuse surprise ?

Marie-claire Sanchez Moreno


Ça pourrait être l’histoire d’une péripétie extraordinaire survenue au cours d’un voyage sur la route 66 dans le Missouri.

Je venais d’arriver à l’aéroport de St Louis, seul avec la ferme intention de découvrir la mythique traversée des huit états d’est en ouest . Je pouvais enfin réaliser ce rêve d’enfant, tant attendu et m’immerger dans cette contrée lointaine propice au dépaysement total.

Les treize heures de vol n’avaient aucunement entaché mon enthousiasme.

Je louais donc une voiture sans trop de formalités dans une agence qui en plus du service de location proposait l’accès à un espace détente, rafraîchissement.

Après cette pause bénéfique, je glissais mon bagage dans le coffre et me lançais sur le long ruban de bitume.

La sensation de liberté fut de courte durée quand le véhicule stoppa net sur l’asphalte au milieu d’une nature arborée de chênes.

Il était 20 heures environ, le ciel d’un bleu azur offrait quelques nébulosités.

Je scrutais les alentours, vide d’habitation ou de quelconque bâtiment.

Je m’apprêtais à téléphoner pour obtenir un dépannage quand je réalisais que j’avais oublié ma sacoche à l ’agence de location.

Que faire ? Ne pas paniquer, il y a toujours une solution me disais je afin de me rassurer.

Le temps passant, je décidais d’explorer mon environnement.

Au détour d’un chemin forestier, tel un géant de fer, m’apparut un château d’eau de construction métallique qui paraissait en bon état, Je décidais d’escalader cette structure qui au moins une fois le sommet atteint m’isolerait du sol et de la prairie marécageuse.

Un court instant je m’identifiais à Kya, l’héroïne du roman de Delia Owens « Là où chantent les écrevisses » !

La plate-forme présentait une ouverture latérale dans la tôle grise.

Je me glissais par la trappe et à l’ aide d’une échelle de bois je pus accéder à l’intérieur.

Cette citerne ne constituait plus une réserve d’eau mais présentait un agencement judicieux,Une table de bois rectangulaire faisait office de desserte d’un copieux petit déjeuner composé de fruits exotiques, de beurre , confiture et boissons. Elle paraissait dressée pour deux personnes.

Mes constatations furent interrompues quand deux pieds se présentèrent par le seul orifice du gite..

Corine Girard


Ça pourrait être l’histoire de presque toute une vie la tête au dessus de la cime des arbres.

Enfant, déjà, il grimpait à l’échelle du grenier pour rester des heures entières sur le toit de leur maisonnette à scruter le ciel.De jour comme de nuit il en aimait le bleu azur ou le noir ébène, s’amusait des formes des nuages, été captivé les soirs d’orages par les zébrures jaunes des éclairs.
Il ne se lassait jamais.

Aujourd’hui, devenu adolescent ce qu’il aimait par dessus tout c’était se faufiler sans bruit hors de chez lui de jour comme de nuit pour gagner un lieu qu’il gardait secret découvert au hasard d’une balade. C’était une ancienne mine à charbon désaffectée, abandonnée de tous, envahie de ronces. En son cœur se dressait droite, fière d’avoir résisté au temps une tour de mine rouillée.
Il l’avait escaladée une première fois avec appréhension tellement elle était haute mais depuis il avait apprivoisé chacun de ses vis, chacune de ses poutrelles et se réjouissait une fois en haut d’être seul au dessus de la cime des arbres. Les nuits de pleine lune il savourait pleinement le noir de la nuit et les étoiles qui lui faisaient de l’ œil.

Tout bascula une après midi de juin.
Ce jour là avant même d’arriver à l’ancienne mine il remarqua au sol l’herbe foulée.Le sol tremblait , il crut reconnaître le puissant bruit de marteaux piqueurs. Oh stupeur ! Lorsque la tour se dessina devant lui elle était encerclée de palissades métalliques et six hommes coiffés de casques blancs de chantier s’affairaient en tous sens.

La Mairie avait décidé de tout raser pour construire un centre aquatique ultra moderne qui ferait venir de loin de nombreux adeptes des jeux d’eau .

Attristé, il s’affaissa dans l’herbe et se demanda s’il aura le courage de revenir un jour.

Armelle leroy


A vous de voir

Ça pourrait être l’histoire de ma vie, monsieur l’inspecteur… On s’est croisé il y a six mois sur internet. C’est pas qu’elle était canon, mais elle avait une poésie en elle, un mystère si vous préférez. Alors j’y ai cru. Puis elle est partie au Chili, elle disait qu’elle cherchait le père de sa fille. Elle m’a demandé de la rejoindre, elle avait besoin de moi, elle avait loué un petit appartement, avec deux chambres elle disait. Alors… me voilà. Le premier matin, elle avait préparé la table du petit déjeuner pour nous deux, mais elle n’était pas là. J’ai pris une photo, pour que vous imaginiez, pour que je me souvienne. Son vélo non plus n’était pas là. Depuis deux jours, j’attends. J’ai peur. Pour elle. Pour moi, aussi.

Son nom ? Je ne le connais pas, juste Paulette, son pseudo.

Moi ? C’est Brancusi. Le sculpteur ? J’ai une tête de sculpteur vous trouvez ? Mon pseudo c’est Dragan, je leur fais croire que je suis tchèque mais c’est pas vrai. Si je l’ai tuée ? Parce que j’ai aussi une tête de tueur ? Non, vous êtes pas obligé de me croire, c’est pas moi, c’est l’autre. Je suis écrivain, j’invente des histoires et j’essaie de les vivre en même temps, par exemple une fille qui a un petit vélo dans la tête, un flic qui a une gueule de tueur mais qui est tatoueur, c’est en lui tatouant un coeur percé d’une flèche qu’il l’a tuée, peut être que c’était pas elle, vous voyez monsieur l’inspecteur c’est pas si simple, vous pensez avoir tout compris et pfouit ! Erreur ! Vous me suivez ? Je peux vous amener où je veux, vous perdre en vous tatouant des poèmes d’amour, ou des voitures de rêve, je sais pas.
Vous écrivez tout ce que je raconte ? Alors vous êtes écrivain, aussi ?

Bon, j’y retourne, Paulette m’attend.

Eric PROTIN


Ca pourrait être l’histoire de ce groupe d’amis partis en vacances en Espagne pour fêter leur majorité. Ils sont heureux de pouvoir faire ce voyage qu’ils attendent depuis si longtemps. Ils montent dans la coccinelle de leur grand-père datant des années 1960, entassent les bagages et cela n’est une tâche simple car le coffre est petit. Les voilà partis, ils chantent à tue tête.

Après deux heures de route, ils ont faim. Ils décident de s’arrêter à la petite échoppe qui attire leurs regards en bordure de route. Il y a un capharnaüm incroyable dans cette boutique. Tout est mélangé nourriture, bricolage, jouets . Ils achètent des fruits, brioches, pains, charcuterie, eau et boivent un café. Ils repartent dans la joie et la bonne humeur. La route et les kilomètres défilent quand la voiture commence à hoqueter. Après vérification le réservoir est plein et la cause de la panne inconnue. En roulant à faible allure, ils arrivent au village voisin. Le véhicule n’avance plus. Le garage est ouvert mais la réparation doit attendre le lendemain.

La bande de copain n’a pas d’autres choix que de trouver un hôtel pour passer la nuit mais malheureusement aucun à l’horizon. En faisant le tour du hameau, ils découvrent une maison inhabitée et décident d’entrer. Une trappe sur le plancher attire leurs regards. Ils l’ouvrent, descendent par l’échelle et aperçoivent des matelas jetés à même le sol. C’est un signe du destin, pensent-ils. D’un commun accord ils décident d’y passer la nuit en mangeant les restes de leur repas. Fatigués par ces péripéties, ils s’endorment profondément. Au petit matin, ils sont réveillés par des bruits de voix très puissantes disant qu’il fallait se dépêcher de débarrasser la marchandise car ils avaient été dénoncés. Ils ne font aucun bruit. Ils ont peur d’être découverts car ces personnes n’ont pas l’air d’être des anges. Ils ont attendu que tout le monde parte pour sortir de cette cave en frôlant les murs pour ne pas se faire remarquer. Ils sont allés au bistrot du coin prendre un bon petit déjeuner et le cafetier leur a dit que les gendarmes avaient fait une descente dans la maison et avaient découvert de la drogue. Ils se sont regardés en disant qu’ils avaient échappé au pire.

Heureusement la panne n’était pas grave et le garagiste a pu faire le nécessaire. Ils ont récupéré leur voiture en s’éloignant au plus vite de cet endroit malsain. Leur insouciance reprenant le dessus, ils partent contents de rejoindre leur lieu de vacances en ayant conscience qu’ils auraient pu avoir de gros problèmes.

Sylvaine Beaumelle


Ça pourrait être l’histoire de mon grand-père. Les vacances de printemps débutaient et je déboulais dans son foyer, blotti au cœur d’une ferme ancienne, avec son lot de verdures et de pierres centenaires. Aux premières heures, le petit déjeuner s’étalait généreusement sur la table de la cuisine : fruits à foison, confitures, beurre, sucre, pain, tasse, verres, couverts nous attendaient, et la paire de lunettes indissociables de mon aïeul se glissait parmi les mets. Je me délectais de ces gourmandises et de ce moment privilégié. Je jetai mon dévolu sur une marmelade d’abricots avec l’appétit vorace d’un enfant de huit ans.

Ma maladresse espiègle provoqua soudain la chute et l’explosion du pot de confiture convoité, éclaboussant le sol d’un tapis de verre brisé et pégueux. Déconcerté et désolé, je bafouillais quelques mots d’excuses vite stoppés par le rire et la bienveillance de mon protecteur. Il me rassura en m’annonçant qu’il restait encore quelques délices du même acabit dans sa cave, et qu’il allait de ce pas en chercher. L’accès de la cave s’avérait délicat et périlleux, et requérait toute son attention et sa prudence. Il s’assit lentement au bord de la trappe d’ouverture, et engagea ses jambes dans la béance pour atteindre l’échelle de bois. Je le regardai, mi-soucieux, mi-admiratif, espérant que son parcours ne finirait pas en dégringolade, à l’instar du pot de confiture ! Malheureusement mon appréhension était fondée et je ne pus que laisser échapper un cri de peur en le voyant glisser brusquement et disparaitre. J’entendis le bruit sourd de sa chute. Affolé, je me précipitai au-dessus de la trémie et l’appelai, la voix tremblante. Soulagé, je l’entendis me répondre qu’il n’y avait « rien de grave ni de cassé ». Je fus rassuré quand dans la pénombre, je distinguai son corps se relever laborieusement mais apparemment sans encombre. Il reprit son souffle et revint au bas de l’échelle pour me rejoindre lentement et précautionneusement. Nous nous serrâmes l’un contre l’autre, nous rassérénant mutuellement, quand tout à coup une douleur dorsale le foudroya et l’obligea à se courber. De nouveau, la panique me gagna. Je l’aidai à atteindre un fauteuil et pris l’initiative de joindre mes parents pour appeler au secours.

En fin de compte, mon grand-père fût amené aux urgences et subit une pléiade d’examens pour cibler la cause exacte de sa souffrance. Il s’en sortit plutôt bien. Il en fût quitte pour plusieurs séances de kinésithérapeute et de massage, et la condamnation de sa cave.

Myriam


Ca pourrait être l’histoire d’un reporter - Kessel, Londres, Hemingway, Malraux, Monfreid, Strogoff, ces exploratrices de l’Asie, ..- partant en enquête au front de guerre ou dans ces espaces sans aucune police. Les trois photos sont quatre : la façade d’un shop de Kingston/Jamaïque, New York City, vieilles villes de Singapour, Hong Kong, une table de travail/repas, un bureau de réflexion et rédaction, la photo d’identité de l’auteur. Ou du passeport du cadre d’entreprise.

Le téléphone a sonné pour donner la nouvelle, il faut faire son paquetage et partir - partir n’est pas mourir un peu, pour lui et elle c’est la vie au quotidien, voir et témoigner, informer ou aller décrocher une affaire, un big deal. Le shop c’est du Dickens, la porte d’entrée sur l’aventure, le trafic, la façade de l’activité industrielle ... Dans ces missions, il faut dépiauter le dossier tout en marchant, être prêt à décider "quand on ne sait pas où aller, savoir d’où l’on vient". Vider son sac sur la table et le recharger de l’essentiel. Avoir en tête tout pour pouvoir répondre à chaque question, s’infiltrer pour tout connaître, cueillir les documents, photos, films, et témoigner ou conclure dans le calendrier fixé.

L’enivrement de la communication longue distance avant tous les concurrents, ou au retour le contrat signé ou le document nécessaire pour verrouiller la négociation. C’est cela la vie, l’éclair qui devance et va frapper la cible, convainc le partenaire en affaire. Civil, efficace, discret, bon vivant, protégé par son caractère.

Richard Prothet


« Les disparus du Maine »

Ça pourrait être l’histoire de n’importe qui….. Peu de monde à la bibliothèque aujourd’hui. Yvan, la trentaine, cheveux noirs légèrement ondulés, petite moustache fine, deux doigts de sa main droite soutenant sa joue, fixe depuis 10mn un jeune homme, tendu devant de vieux journaux. Son visage lui semble familier. Son métier de journaliste l’a rendu curieux, aussi quand le tel du jeune homme sonne et l’oblige à sortir, Ivan prend sa place. La photo en première page, montrant deux pieds prêts à se poser sur une échelle s’enfonçant dans un trou sombre, et le gros titre qui l’accompagne le font sursauter ! « Les enfants disparus, retrouvés au fond du puits de la famille Charlies ». C’est son article ! Une tragédie qui avait failli le détruire. Il n’a oublié aucun des visages de ces gosses. Même 10 ans après ! Il en est sûr, ce garçon a un lien de parenté avec l’un des disparus. Il retourne à sa place. Le jeune homme revient, range les journaux et se dirige vers la sortie. Son instinct de journaliste pousse Yvan à le suivre. Au bout d’une bonne demi-heure de filature, ils arrivent face à un magasin dont l’enseigne jaune, immense et rectangulaire affichant « AP Charlies », le nom de l’assassin des enfants, ne lui laisse rien présager de bon ! Le jeune homme entre dans le magasin, sa main dans sa poche droite. Yvan sent son estomac se nouer, son flair lui fait craindre le pire. Il se met à courir. Quand il entre dans le magasin, il le voit, braquant un jeune couple affairé derrière le comptoir. Il s’approche, inconscient du danger ou au contraire le bravant. Il interpelle le jeune homme, lui dit que la vengeance ne lui ramènera pas son frère. Le jeune homme le regarde d’un air ahuri, ne comprenant manifestement rien à ce qu’Yvan lui raconte et lui hurle brutalement de se barrer et vite, que ce ne sont pas ses oignons. Soudain, Yvan comprend qu’il s’est mépris. Son imagination l’a encore emporté loin de la réalité. Ce n’était qu’une coïncidence ! Le jeune homme n’a rien à voir avec « les disparus de Charlies », il est simplement là pour braquer la caisse……

Marie France


Ça pourrait être l’histoire de toi ou moi… Mais c’est l’histoire d’un couple de jeunes Ukrainiens.

Ce dimanche matin, comme tous les dimanches avant d’aller à la messe, Iryna et Oleg ont l’habitude de se préparer un copieux petit déjeuner. La table est prête, les pamplemousses, le sucre, le jus d’orange, le pain frais, le beurre, la confiture d’abricot… La bouilloire siffle. C’est le signe qu’ils vont passer à table. Oleg éteint la gazinière mais au même moment, une autre sirène retentit. Celle-ci les fige sur place. Ils savent ce qu’ils doivent faire. Attraper quelques provisions et aller chez leur voisine pour se réfugier dans sa cave blindée. Ils entendent les avions se rapprocher avec un vrombissement assourdissant. Les murs frissonnent. Oleg ouvre la lourde trappe. Pas le temps d’utiliser l’échelle. Il saute et rattrape Iryna. Le bruit des bombes frappant le sol en explosant approche… Juste le temps de verrouiller la planque et le sol se met à trembler. Voilà Iryna et Oleg enfermés dans une pièce sombre et humide, tout endimanchés et avec de quoi tenir quelques jours. Ils ne resteront cachés que trois jours cette fois-ci. Mais c’est une fois de trop. Oleg décide de s’enrôler dans l’armée et il confie Iryna aux « fixeurs ». Juste avant de partir au combat, il se rase la tête et se fait tatouer le trident ukrainien sur l’omoplate. Il est fier de sa patrie, il veut résister et il se battra jusqu’à la mort pour épargner la vie de sa femme bien-aimée et de son enfant à naître.

Virginie Escoffier


Benny de Brooklyn

Ça pourrait être l’histoire d’un gavroche de Brooklyn.

Aujourd’hui 14 mai 2022, devant le drugstore du 712 Manhattan Avenue, affublé de la panoplie XXL d’employé communal, Benny agite consciencieusement son drapeau rouge à l’approche des véhicules.

Pour de menus chapardages, il a écopé de quelques heures de travaux d’intérêt général.

Son regard s’attarde sur un panneau publicitaire : « You have everything to succeed but you don’t know it ». Hébété Benny a vraiment l’impression que ce message lui est destiné, comme si quelqu’un fouillait sa tête et y décelait une lumière. Comment l’autre peut savoir ce que lui-même ignore. Qui est Benny ?

Vient à passer la belle dame qui toujours lui adresse un sourire et lui glisse quelques penny’s dans sa main sale. Benny a honte, se cache mais, quand du dossier noir au Grand B bleu glisse un document, il la rattrape.

— Qu’est-ce que cet accoutrement ?

Benny hausse les épaules. Vous avez perdu ceci. J’ai déjà vu ce dessin. Enfin…ce n’était pas un dessin, c’était une statue avec les mêmes formes.

— Où l’as-tu vu ?

— Oh, il y a longtemps. Je ne sais plus.

— c’est très important pour moi Benny. Voici mon numéro de téléphone. Appelle-moi même pour un détail. Fouille ta mémoire.

Pour sa bonté et sa voix douce Benny doit se surpasser, aboutir.

« Tu as tout pour réussir mais tu ne le sais pas ».

Allongé sur sa paillasse, il puise dans ses souvenirs, jusqu’à ce que ne restent en sa mémoire que les faits marquants des derniers mois.

Ce soir d’orage où il se réfugia sous le porche d’un immeuble. La porte du sous-sol était ouverte. Il entendait des voix. Une trappe était levée. Un homme descendait l’escalier de bois. Longtemps il a écouté la conversation animée de deux personnes. Il était question de tatouage et de dette. Atelier clandestin ? C’est là, sur une étagère qu’il a vu la statuette du dessin.

Le 15 mai 2022, au commissariat de son quartier, Benny accompagné de la belle dame a son moment de gloire. Une enquête est ouverte.

Edith Hénaff


Ca pourrait être l’histoire d’une banale journée d’été.

Ce matin là, il avait préparé un petit déjeuner comme elle aimait. Des fruits, un jus de légumes, quelques lichettes de fromage et de la confiture maison. Alors qu’il l’attendait, Bouchon le chat de la demeure qui ne la quittait jamais lui apparu sur la chaise de paille. Un coup d’œil à la chambre…elle était partie ! Il couru chez Charlies : « non on ne l’a pas vue, elle n’est pas venue remplir son lotto aujourd’hui ».Son regard tomba sur le calendrier : 23 juin, et il comprit. Il reprit sa course jusqu’au château d’eau. Sa vue était trouble ( il avait oublié ses lunettes sur la table du petit déjeuner) et lui était troublé . Que de souvenirs dans ce château d’eau désaffecté, des pique niques improvisés de galopins la journée et des rendez vous galants en soirée de plusieurs générations ! Il grimpa l’échelle branlante. Sans surprise il la trouva là, repliée sur ses genoux cagneux, les joues humides et les yeux rouges. Il prit doucement la main de sa mère, descendit l’échelle et main dans la main ils allèrent déposer un bouquet de fleurs sauvages sur la tombe de son père.

Ce 23 juin, Dragan savait que si elle n’était pas seule, cela faisait 10 que Zélie avait pour principale compagne l’absence.

Christine Muller


Désirs vagabonds

Ça pourrait être l’histoire de Sylvain qui élève des chèvres dans un petit village des Alpes, qui est marié à Zoé qui écrit et qui essaie de transformer sa vie à travers l’art. Ils habitent une maison tout en pierres où il fait doux l’hiver et frais l’été. Du balcon en bois de mélèze, la vue est à couper le souffle. Les sommets des montagnes dressent fièrement leurs pics. Les couchers de soleil embrasent le village. Zoé y trouve l’inspiration, du moins c’est ce que Sylvain pense.

Ce matin-là, la table est prête pour le petit déjeuner. Des fruits, de la confiture de cerises du jardin… tout ce que Zoé aime.

Sylvain s’impatiente. Elle n’a pas vu l’heure. Il sait que Zoé est fantasque. Elle est peut-être partie pour une promenade matinale dans la rosée. Elle aime ce printemps qui fait s’épanouir toutes les fleurs de la montagne. Sylvain appelle Zoé, marche le long du sentier qu’elle suit habituellement. Il revient en continuant d’appeler sa femme. Elle est peut-être au sous-sol, dans une pièce qu’elle s’est aménagée pour être seule avec la page qui souvent reste blanche. Il descend jusque dans l’antre secrète. Il ne va que très rarement dans cette zone interdite. Sur la table taillée dans le tronc d’un arbre centenaire, il y a une feuille et ces mots écrits au feutre violet. Je pars en ville rejoindre Dragan car l’art engendre les idées.

Le beurre a fondu sur la table, le thé au jasmin est froid et Sylvain est pâle. C’est vrai qu’elle parlait souvent de ce Dragan mais quand même…Il se souvient qu’on lui a dit que les femmes qui écrivent vivent dangereusement. Sylvain va libérer les chèvres qui veulent aller gambader dans les prés. Il leur parle et leur raconte la fugue de Zoé. Elles le regardent puis broutent l’herbe tendre avec frénésie.

Les jours passent et aussi les semaines. Le chat a disparu pendant trois jours puis il est rentré en miaulant, la patte en lambeaux. Sylvain l’a soigné. Et c’est déjà l’été : chaud soleil, herbe rase et nuits agitées. Sylvain résiste. Je tiendrai bon même si c’est difficile. C’est un matin qu’elle est apparue, vêtue de sa longue robe fleurie. Elle a dit que Dragan n’avait pas voulu l’héberger, trop occupé avec sa nouvelle conquête, qu’elle avait passé ces semaines chez son amie Garance, que la ville était invivable, qu’il avait beaucoup maigri, que la maison était toujours aussi belle et qu’elle voulait aller voir les chèvres.

Violette Chabi.


Ça pourrait être l’histoire d’une toute petite ville du Texas un jour qui ressemble désespérément à tant d’autres. Mais allez donc savoir. C’est ce que pense Georgia derrière la caisse du drugstore « Cheap Charlies » qui rêvasse en attendant le prochain client. Le magasin a beau proposer une multitude d’articles de première nécessité, cigarettes, préservatifs, chewing-gums, ce sont toujours les mêmes habitués qui défilent.

Et puis dans la torpeur de l’après-midi, un inconnu franchit le seuil de la porte. Il fait le tour des rayons comme s’il cherchait quelque chose de précis. « Je peux vous aider ? » lui demande-t-elle. Pas de réponse. Bien curieux cet homme avec son panama et sa valisette métallique. Elle le voit farfouiller dans les affaires de mercerie. Drôle de couturier. « Vous cherchez ? » réitère-t-elle.

- Des aiguilles de tatouage stériles ou pas.

- Ici nous ne vendons pas ce genre d’article mais je peux vous les commander.

- Soit, si vous les recevez assez vite car je suis de passage.

- Repassez tout à l’heure, je vous tiens au courant ».

Trois jours plus tard, l’homme se présente à nouveau pour récupérer sa commande.

« Vous exercez où ? » lui demande-t-elle.

- Je suis tatoueur itinérant, j’ai loué le studio du premier étage. Je devine en vous l’envie de décorer votre corps. Suivez-moi, vous choisirez votre tatouage. » Georgia tentée par l’expérience s’apprête à le suivre. Toutefois si Mr Brown le gérant venait à passer… Dehors elle aperçoit Tim le préposé aux travaux qui régule la circulation, passe un accord avec lui : si le patron se pointe, siffle trois fois et agite ton drapeau rouge.

Dans la pénombre de la pièce louée, un bureau sur lequel apparaissent des instruments et des flacons. « Le tatouage c’est la médecine de l’âme ». Georgia regarde à peine l’image qu’il lui tend, découvre surtout ses mains tremblantes qui font chauffer une aiguille même pas stérilisée. Prend peur. « Un instant, dit-il, je vais chercher mes lunettes oubliées sur la table de la cuisine. » Georgia profite de sa sortie pour dévaler les quelques marches, entend les coups de sifflet de Tim. Par chance elle a rejoint sa caisse tout juste avant l’arrivée du boss.

Le tatouage attendra les mains d’un homme plus fiable !

Elvire Bosch


La fille à l’essaim.

Ça pourrais être l’histoire d’un joli matin de juin, ou je faisais du stop sur le bord d’une route mouillée dans les Alpes suisse.

Un fourgon qui sentait le miel, la cire, la fumée de lavande, c’est arrêté.

Le tableau de bord était bourré d’objets, il y avait un chapeau et son voile sur le siège qui nous séparait, un enfumoir coincé sur le haut de sa fenêtre entrouverte, des gants dans le vide poches.

J’avais du mal à poser mes pieds par terre,dessous le siège, ça bringuebalait, il y avait des bottes en caoutchouc, des bouteilles d’eau, un cric, et derrière les siège une ruche vide.

 - Comment vous vous appelez ?

- Théo.

- Cécile.

Elle m’a tendu la main, je l’ai serrée, tendre, et je me suis permis d’un peu de rab d’une fraction d’éternité.

- Ça vous fait rien si on passe chez moi prendre le petit déjeuner et après si vous pouviez m’aider à allait chercher du matos dans la cave ?

- D’accord.

D’un coup, elle a freinée sèchement, en regardant sur sa droite.

 - Hey ! Je viens de voir un essaim sur un des pieds métallique du château d’eau.

- On s’arrête là et on prend dans le coffre la ruche et les combinaisons.

- D’accord.

On a traversé un bout de la forêt, ses pas étaient légers comme ceux des Indiens, moi j’étais dans ses pas, plus lourd, je cherchais là ou elle cherchait et j’humais les volutes de fumée, de jasmin, de transpiration.

On est tombé sur l’essaim.

- Bon, elle a dit, ça va être un peu technique, mais ça va bien se passer.
Je vais secouer le pied d’un coup sec pour faire tomber dans la ruche que toi tu vas porter. Tu vas te mettre juste en dessous de la grappe, et PAF ! le tour est joué ! Surtout reste cool, même si des abeilles te tombent dessus.

- D’accord.

Elle s’est gratté la tête, puis elle m’a donnée la combinaison et le chapeau de colonialiste avec le voile. Elle s’est rapprochée de moi pour bien joindre l’élastique du bas du voile au boudin de coton, elle n’était qu’à quelques ridicules centimètres, je n’avais qu’à lever les avant bras pour la prendre par la taille.

J’ai mis mes gants, un peu perturbé, j’étais paré et je n’avais pas peur.

- Ça va ?

- Ouais super.

- Alors, je vais secouer d’un coup, et normalement, elles vont tomber dans la ruche, attention ça va faire lourd, tu ne risque rien OK ?

Elle a secoué le pied d’un coup sec, j’ai enfilé tout doucement l’essaim dans la ruche sans toucher les bords, et je l’ai posé par terre.

- Nickel, éloigne-toi un peu, on va les laisser faire, elles vont chercher la reine et je reviendrai à la tombée de la nuit pour les emmener ailleurs.

- D’accord.

Ggrrrr, j’en ai marre de dire toujours « d’accord » soit un peu plus inventif mon garçon !

Elle a quitté des yeux l’essaim pour les poser sur moi, avec un sourire lumineux, j’ai frissonné.

- Bon, on va se le faire ce petit déjeuner ?

- D’ac......oui avec plaisir, de partager ce moment avec toi.

Richard Velasquez

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