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Vos textes de l’Invitation à écrire N°3

Pour cette troisième invitation à écrire, les participants étaient invités à composer, à la manière de Julia Kerninon dans son roman Une activité respectable, une boîte pour représenter un être cher à leur yeux. Cette boîte s’inspirait du travail de l’artiste Joseph Cornell.

Voila ce que ces consignes ont inspirés :

 

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte Joseph Cornell pour te représenter ; sans t’avoir perdue j’aurais emprisonné dans ces boîtes en poupées russes mes images de toi au long de mes premières 74 années.

Bébé-tigresse à côté de ton frère jumeau parti très tôt puis, enfant, tu as cassé mon jouet plutôt que de me le rendre, j’ai oublié celui-ci mais pas la cassure-gaspillage qui m’a éduqué. Adolescent à l’internat j’y ai pleuré en pensant qu’il était bon que tu ne subisses pas un même sort puis j’y ai prospéré en formant ma cuirasse. Dès 20 ans j’ai tourné régulièrement autour du monde quand tu t’installais dans la carrière de maman dans le quartier de nos parents, tes mains livrant du travail bien fait.

Nos analyses sont assez proches, à aucun moment mon geste n’aurait été le tien, la plus grande boîte porte "coexistence fraternelle".

Richard Prothet


Elle,

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter...

dans le fond, bien à plat, d’une taille parfaitement adaptée à ma boite, un livre offert pour mon anniversaire « les trente-six chats de Marie Tatin »,

une odeur : sa tarte tatin,

ses tons : rouge des boucles d’oreilles, orange des oranges et vert pour l’oiseau !

un goût : sa sauce poulette,

un prénom : Paulette,

ses petits mots : boudinou et kif kif bourricot,

son intonation : « ...et la nature du soin que vous souhaitez... »

un rébus : une histoire d’Eve,

une envie : son plaisir de faire plaisir ;

dans un tout petit coin de cette cage, je laisserais planer un 4 et deux 3

un bruit : le micro-onde signalant son café au lait chaud,

un oubli : son café au lait froid dans le micro-onde,

ses gourmandises : harissa, madeleines et cornes de gazelle,

un petit carré noir et un petit carré blanc : ceux du Télérama,

une moustache ou deux ou trois,

et je fermerais ma boîte avec un petit peu de moi parce que moi c’est un peu elle.

Nymphéa PROTIN


Très tôt j’aurais pu composer une boite à la façon de Joseph Cornell pour la représenter.

Des rondeurs corporelles qui débordent, des bajoues,des yeux rieurs qui plissent un peu plus son visage ridé et rougeaud.

Elle sent le savon de Marseille et la compote de pomme, la tartine de beurre et le chocolat chaud. 

Ce sont ses ronflements sonores la nuit qui nous font glousser ma sœur et moi au fin fond de nos lits ; c’est l’éternelle robe à boutons, où elle pose ses mains rugueuses de paysanne, larges comme des battoirs, déformées par les rhumatismes, quand elle raconte ses escapades en train , elle l’ancienne garde- barrière d’une petite gare : un goût de liberté !

Ce sont ses jambes un peu arquées puissantes, à plat sur les pédales, qui m’entraînent parfois sur des chemins pentus.

Sa poitrine opulente presse avec amour sa nièce et ses bras protecteurs m’entourent d’une infinie tendresse.

Mais il y a maintenant avec le temps, des sanglots échappés : sa nièce de passage ne peut plus remplacer la petite-fille dont elle est tant privée.

C’était là ma tante Marie.

Denise Roux


Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour le représenter, pourtant, nos personnalités semblables par les multiples méandres de nos esprits associés à une image sociale à laquelle l’un comme l’autre nous nous accrochions, risquaient de transformer chaque proposition en une autre direction, parfois même en son contraire.

ainsi, je n’adhérais absolument pas , enfant, à l’animal totem trouvé pour lui chez les scouts : le mouton, totalement contradictoire avec l’homme si responsable que je connaissais.

Idem quand mon mari décréta que la couleur de son beau-père était incontestablement le marron clair, alors que seul le bleu intense de ses yeux me le restituait.

Certes, je ne lui prêterai jamais les élans d’un fauve, ni le rouge d’un élan vital débordant.

Sa douceur (à l’image de ses vêtements de vacances, éternels velours côtelés), son attirance pour les tout-petits reflétaient elles l’énergie de celui qui hésite à se jeter dans la vie ?

Il enviait chez l’enfant la joie de vivre l’instant (l’oiseau chantant sur sa branche sans se soucier du lendemain), inconscient, conscient ? d’être objet d’admiration (différentes sphères de ses fréquentations).

Encore maintenant, je le visualise en montagne, partageant son amour des randonnées (souvenirs heureux de jeunesse, goût de l’effort, fraternité, plaisir du corps en mouvement).

La boîte toutefois garde sa part de mystère, et ça me plaît.

J’aime la part de mystère de l’Autre, fût-ce mon père.

Odile Germain


Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour le représenter.

Dans un premier temps, j’ai imaginé une boîte à explosion qui s’offre tel un cadeau surprise.

Après sage réflexion, la boîte à couture me semble plus appropriée. Un grand coffret de bois clair, avec un intérieur doublé couleur bleu jean ( son pantalon de prédilection) dont le couvercle vitré laisse entrevoir des compartiments de tailles diverses.

L’agencement s’avère idéal pour loger des objets de taille réduite mais néanmoins significatifs

Le premier logement nuancé de violet abrite des brins de lavande évoquant la note de tête de son parfum. Une case indigo accueille une note de musique aux sonorités de blues de l’harmonica. Un casier vert de plus grande taille collecte un assortiment de mouches lumineuses pour la pêche, des billes de plomb et des tubes de poudre pour le tir sportif qui exigent de la précision, de la concentration et de la patience. L’alvéole suivante jaune évoque la lumière qu’il capte à travers la photo argentique ou numérique. La prochaine de teinte orange inspire la gaieté, associée à la communication, elle est le réceptacle de composants électroniques synonymes d’une passion pour

l’informatique et le radio-amateurisme. L ’ultime abri tapissé de pétales de roses rouges souligne sa joie de vivre ponctuée d’ éclats d’humour.

Ce coffret aux sept couleurs de l’arc en ciel mêle l’action à la concrétisation de ses rêves.

Corine Girard


La mariée était en noir

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter…

Elle a de grands yeux sombres, d’une douceur et d’une tristesse infinies. Des yeux de la couleur d’un velours que le doigt inlassablement caresse. Ce regard ! Un véritable écrin, un joyau qui recèle mes trésors. Là sont cachées les petites fleurs d’oranger autrefois tressées en couronne et posées avec élégance sur sa chevelure. Elles embaument en laissant encore deviner les parfums de l’arbre. Larmes. Un soupçon de tulle tout en dentelle, d’une finesse et d’une légèreté inouïes, témoigne de la délicatesse de la dame de la photo. Quelques rares clichés argentiques tissent un lien fort entre nous. Alors j’emprisonne ces souvenirs en fermant les paupières. Je glisse son anneau d’or ciselé avec art dans la cachette de velours. Et puis aussi le frou-frou envoûtant du taffetas noir de la robe, lisse et brillant. Tout me raconte le raffinement du personnage. J’effleure le couvercle de la petite boîte débordant de tant de merveilles. Le mirage s’évanouit.

Geneviève Protin


Reflet

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour me représenter, mais j’ai attendu d’avoir assez vécu.

Mes yeux ne voient plus, ils regardent. Emerveillement devant le vol d’un oiseau, la chevelure d’une femme - te souviens-tu Paulette ? -, l’éclat d’un Van Gogh ou d’un Turner. Le regard sondeur d’âmes. Les larmes devant la main d’une enfant dans celle de son père.

Je n’entends plus, j’écoute. Tous les non-dits, les silences après la musique, l’émotion d’un poème, les soupirs de la Vie.

Je parle peu, je lis les mots qui me nourrissent et j’écris les miens pour ceux que j’aime. Sens, essence, double-sens, contre-sens, je joue à vous balader, à vous perdre parfois.

Au fond de ma boîte j’ai déposé un miroir. Ainsi je me vois tout entier tel que je me vois.

Celui qui ouvre ma boîte ne voit que lui-même. Moi, je demeure un mystère.

Eric Protin


Depuis longtemps je l’accompagne et il m’accompagne. Nos parcours se sont rejoints pour ne faire qu’un. Très tôt, j’aurais pu composer une boite à la façon de Joseph Cornell pour le représenter. Comme des indices, j’aurais déposé quelques objets symboliques : une poignée de sable et de ciment asséchant ses mains calleuses et bâtisseuses, une truelle attribut de son savoir-faire, quelques munitions ou boules de pétanque témoins de son adresse au tir et de son envie de gagner, une cigarette alliée addictive de son stress. J’aurais peint avec le vert émeraude de ses yeux et le brun halé de sa peau. J’aurais parfumé avec son odeur terre à terre, fraîche et chaleureuse au gré des saisons. Quelques (fausses) notes se seraient glissées, unique interprétation de « la jument de Michao » sa ritournelle préférée Encore trois pas de danse pour me séduire une nuit de juin. Et puis j’aurais ajouté son sourire, sa puissance, ses marmonnements, son obstination, son intelligence, son respect, sa générosité, sa combativité...et dans un coin, en sourdine, mon admiration et mon amour.

Myriam


Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter…

Ses cheveux distraits par le vent qui y faisait des nœuds. Sacrée tignasse !

Ses mains tremblantes sur le clavier en noir et blanc, avec le risque, toujours, de faire une fausse note.

Son regard bleu pervenche cherchant dans le ciel l’éclat de son étoile.

Ses vêtements amples et souples qui mettaient les voiles comme pour un voyage.

Ses colliers de pacotille du plus bel effet sur sa gorge qui déployait son chant.

Ses longues jambes pliées sous elle quand elle se posait dans son fauteuil refuge.

Ses doigts gourmands des saveurs de cocottes, habiles à la resquille dès que les dos tournaient.

Ses silences soudains, abruptes comme les falaises qui se jettent dans la mer.

Puis ses rires d’enfant, imprévisibles, émergeant des abysses telle une pluie salée.

Véronique Pédréro


Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de JOSEPH CORNELL pour vous présenter mon père.

J’aurais pris une boîte carrée, le carré étant incontestablement sa figure géométrique préférée, figure parfaite pour le prof de Maths qu’il était.

Autoritaire, il vivait pour et par la rigueur. Mais il aurait tout de même adoré la formule de « mise en boîte » car il n’était pas dépourvu d’humour malgré l’austérité qu’il entretenait.

Aux quatre coins de la boîte, des chiffes, des nombres (ou racines carrés de toutes sortes), il les aimait tous, sans exception. Garé dans un parking, en une minute, il savait retenir, additionner, soustraire, toutes les plaques d’immatriculations devant lui, comptait très vite, plus vite que la caisse de la caissière du supermarché à qui il présentait le chèque rempli avant que la machine ait fini de lire les codes barre de ses courses.

Dans la case de ses odeurs, je placerais le tableau noir, la craie blanche, l’encre violette et la vieille blouse en coton gris, odeurs de l’école d’autrefois, je rajouterais la cigarette, tant décriée par ma mère, et un peu de terre pour le magnifique jardin, rectiligne au centimètre prés, qu’il soignait à la perfection.

Au centre, une case avec la photo de sa personne si verticale, prés de notre maman qui était le seul être à qui il n’ordonnait rien et pardonnait toutes les libertés. Au pied de notre mère, nous sept, ses enfants qu’il surveillait sévèrement, avec de la fierté dans l’oeil.

Une bouteille de pastis, au grand dame de notre mère, remplirait une case entière.

Ses bruits seraient traduits par le tic-tac d’une montre toujours en avance de 15 minutes et par le claquement sec de ses chaussures noires vernies sur le sol qui lui donnait l’assurance de prévenir les élèves de sa venue et d’obtenir ainsi un silence absolu avant même son arrivée.

Une case, aussi, pour une clé de sol posée sur des partitions de vieilles chansons. Toute la chaleur dont il était capable, était là, dans sa voix de ténor, splendide et claire . Un vrai don du ciel qui le rendait tout à coup vibrant et accessible….

Christiane MANIN


Pour toujours

Très tôt j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour le représenter : ses préférences (béret noir soigneusement brossé, brodequins de cuir marron mal lacés, charentaises douillettes et colorées), ses passions (randonnée, solide bâton de marcheur invétéré, lecture du journal local épluché), ses boissons ( eau pétillante et café fumant du matin), ses goûts culinaires ( radis roses du potager, lapin aux olives), ses petites faiblesses ( tailler les massifs de fleurs comme un débutant et irriter ma mère), ses bruits (froissement du journal, démarche lourde au retour de randonnée ), ses odeurs ( vin chaud parfumé à la cannelle les jours de grand froid, fumet du lapin cuisiné par ma mère).

C’est mon père que je classe dans la catégorie des choses certaines.

Violette Chabi


Nous sommes en vacances avec ma cousine chez notre grand-mère dans la maison familiale. La canicule nous oblige à rester à l’intérieur car au dehors l’air est irrespirable. Nous décidons d’aller visiter toutes les chambres qui sont closes depuis longtemps. Après avoir ouvert plusieurs portes, notre regard est attiré par une valise qui trône au milieu d’une des pièces du premier étage. Nous nous en approchons, l’ouvrons et à notre grande surprise, nous découvrons différents objets.

« Une pièce de monnaie en franc

une eau de toilette de bébé

différentes peluches dont un lion

un disque de Joe Dassin tout ondulé

Des jupes courtes plissées

Une palette de maquillage

Une bouteille de parfum Fleur de Fleur de nina ricci dégageant des flagrances sublimes de bergamote, rose et magnolias

La photo d’une jeune fille au large sourire et regard lumineux en habit de karaté ceinture marron

une cassette intitulé « l’oiseau et l’enfant » introduite dans un poste radio. Nous décidons de l’écouter. Une très belle voix alto, juvénile envahie la pièce et nous laisse bouche bée. »

Nous nous posons la question qui a pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell et surtout lui représente-t-elle.

Envoûtée par la musique, nous n’avons pas entendu arriver notre grand-mère qui se tient sur le pas de la porte très émue. Nous n’osions rien dire. Elle s’approche et nous raconte que tous ces objets appartenaient à sa fille décédée à 20 ans de maladie. On ignorait son existence. Elle n’a jamais eu le courage d’ouvrir ce coffre qu’elle a toujours conservé précieusement. Elle prend une chaise et elle déverse un flot de paroles. Elle nous raconte ce passage très difficile pour elle et si douloureux qu’elle ne pouvait pas en parler. Les larmes coulent et nous l’enlaçons fortement. Elle semble soulagée et sereine d’avoir pu lever le voile sur cette période tenue secrète pendant plusieurs années. Elle va pouvoir l’évoquer librement quand le besoin s’en fera sentir. Une page vient d’être tournée.

Sylvaine Beaumelle


Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter : ma mère.

La boîte en bois précieux est d’une profondeur intéressante. Au centre, je déposerai sa photo, celle qu’elle préférait, la jolie dame habillée de couleurs discrètes, un sourire léger que dément sa main crispée sur une boîte à musiques.

Un peu plus bas, cette boîte laisse échapper, tels des colibris, des notes de musique, une berceuse reprise indéfiniment ; à côté, une autre boîte, enrubanné e et à moitié ouverte : si vous vous penchez sur cet écrin, vous apercevrez les chocolats aux formes diverses qu’elle dégustait avec tant de plaisir.

N’oubliez pas, s’il vous plaît, de retourner la boîte : car vous y retrouverez les merveilles olfactives de son parfum préféré ; roses et citron réveillent tous les moments de tendresse et de douceur.

Attention, vous avez laissé tomber « ma » boîte, comme le flacon qui a échappé de ses mains, le jour de son accident vasculaire.

Françoise Morhain


"Petites boîtes, Petites boîtes

Petites boîtes, faites en ticky tacky

Petites boîtes toutes pareilles"

La chanson de Graeme Allwright tinte à mes oreilles. La légèreté de sa mélodie contraste avec la rudesse de ces paroles. Justement non, pas toutes pareilles ! Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour te représenter. Mais la tienne est et sera singulière.

En fond, un arc en ciel aux couleurs de tes émotions qui, si souvent, te submergent. Pas de noir et de rouge qui assombrissent ton regard bleu mais toutes les autres pour t’apaiser et surtout le orange, ta préférée. En arrière plan un dinosaure jouant au foot mais pas tout seul. En frise, une bande d’enfants s’animera telle une farandole autour de toi . Au premier plan sur une petite table, une mangue juteuse, orange elle aussi.... et des crayons de couleur pour donner vie à tes super héros. Par une petite fenêtre, une lune généreuse inondera ton lit douillet d’un voile lumineux pour t’envelopper de tendresse.

Et pour finir en chanson, la boîte sera musicale et te bercera sur l’air de " Bleu, blanc, blond" de Marcel Amont

Geneviève Nain


« Si je peux raconter ce que j’ai perdu, alors j’ai trouvé un moyen de le garder pour toujours. » Michèle Petit

Mamie Courant

Avec elle j’ai compris qu’on pouvait avoir une famille de cœur. Enfant on sait reconnaître les relations qui compteront pour toujours. Je l’ai toujours appelé « Mamie Courant » de son nom de famille, je l’ai toujours connu « vieille » et heureusement elle l’est resté longtemps. Je l’ai partagé avec de nombreux enfants et pourtant c’est une des rares personnes à m’avoir fait sentir unique.

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter.

Ses couleurs de prédilection ? Le gris de ses gilets en laine mais aussi le bleu et le blanc de ses blouses à fleur, d’un autre temps, dans lesquelles petites j’allais enfouir mon visage.

Ses textures préférées ? la laine de ses nombreuses pelotes avec lesquelles elle nous tricotait des pulls pour l’hiver, l’élasticité de sa pâte à quiche que je prenais tant de plaisir à manger.

Sa boisson ? Un doigt de vin rouge, noyé dans de l’eau, servi dans un verre Duralex au fond duquel vous pouviez deviner votre âge.

Ses faiblesses ? Parier au quarté et céder à mes caprices de ne pas vouloir retourner à l’école, quelle joie alors de regarder avec elle les courses de l’après-midi !

Sa musique ? Le générique du Juste Prix véritable institution au moment du déjeuner.

Ses bruits ? Le crépitement du beurre dans la poêle avant d’y plonger le poisson pané et le bruit des aiguilles l’une contre l’autre, je la revois dans son fauteuil.

Ses odeurs ? L’odeur des sous-bois quand nous allions ramasser les babets, la pomme de pin en patois Ardéchois, pour nourrir sa cuisinière et l’odeur de son eau de Cologne.

Sa disparition ? La disparition d’un monde : le paysage de mon enfance.

Amandine Saadi


A Noëlle

La tendresse de ta voix descend en cascade

et dépose sur mes joues un doux baiser de velours .

Fragments de mémoire

S’assemblent à la façon d’un puzzle .

Un puzzle gigantesque comme ceux que tu faisais méthodiquement,

Entre un cours à la faculté et une balade au parc Sergent Blandan.

Demain, aux premières lueurs du matin, les coudes posés sur une nappe à carreaux

Je lèverai mon verre de Beaujolais pour trinquer à tes mots croisés,

avant de m’attaquer au mâchon *.

Ton souffle à l’odeur de rose me portera jusqu’au castelet de Guignol

Où je me délecterai d’entendre Gnafron déclamer tes mots.

Le sourire aux lèvres, légère, je bambanerai ** dans les traboules ***,

en repensant à tes histoires de cheval, de guerre et de vignobles.

Très tôt, j’aurai pu composer une boîte à la façon de J. Cornell pour te représenter.

Une boîte joyeuse, aimante, rassurante.

Tu me manques .

Mais de ta boîte, assise avec gourmandise sur un coussin vert, tu me fais signe .

Tu es là et me protèges.

Un oiseau perché sur ta casquette

Me fait un clin d’œil et me chante la vie.

_______
* copieux repas de cochonnailles et d’ abats en vieux lyonnais
** flâner en vieux lyonnais
*** passages couverts entre deux rues à Lyon.

Armelle Leroy


Nora,

J’ai pensé que cela faisait trois jours déjà, et que ni Nora, ni moi n’avions pris de nos nouvelles. Que nos mots d’il y a trois jours disaient tout : C’était sympa nous deux, on a passé un beau moment. Au passé composé...

Je me suis demandé s’il y avait un message dans les mots de Nora, si dans ses mots elle me souffler de l’appeler. Mais suis-je bête, je raisonne comme un mec !

Je me suis réveillé sur le canapé, là ou elle avait posé son corps trois jours avant afin de poser pour moi, mes toiles par terre en vrac.

J’ai pris un café, je l’ai bu, j’ai promené mes yeux alentour, j’ai penché doucement ma tête pour deviner ses courbes sur mes toiles, les rayons du soleil arrivés de biais.

J’ai enfilé un gros pull en laine, et je me suis demandé très tôt, que j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter.

Au lieu de la dessiner, plutôt crée un tableau bourré de matières et senteurs inconnus qui la ressemble.

Du miel de lavande, de l’encens golden Nag indien, des gants en cuir courts métallisés rouge, un fauteuil en velours blanc, des pantoufles plume pompon en daim, un tube de fragrance herbe fraîchement coupée, un tapis en jonc de mer. Mais je vais m’arrête là, car on a frappé à la porte...Bonjour mon artiste peintre préféré !

Richard Velasquez


Ma boîte paysage

Marguerite, enfant, je l’appelais Maguite.

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour la représenter.

Son activité : faire le beurre à la baratte. Elle tournait la manivelle, j’étais fascinée par la transformation de la crème du lait en beurre.

Son arbre : le chêne. Elle disait que c’était l’arbre sacré des druides, la communion entre le ciel et la terre. J’imaginais des racines à la place des pieds de Maguite.

Sa musique : Le soir, dans le salon, elle mettait en route le tourne-disques. Fenêtre ouverte, elle écoutait religieusement l’Ave Maria de Gounod, ses yeux bleu pâle perdus vers l’horizon. Avec qui communiquait-elle ?

Ses silences : Maguite c’était une présence…laconique. Son large visage, sa peau blanche, son regard exprimaient tant.

Son odeur : Maguite ne se parfumait pas, son odeur était réconfortante, comme la chaleur que je retrouvais à l’étable.

Marguerite c’était un monde « zen », c’était aussi le mien.

Edith Hénaff


Maman.

Très tôt, j’aurais pu composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour te représenter.

Cette boîte aurait été tapissée de soie et de velours, si légère et douce qu’on l’emporterait partout comme un doudou. Elle aurait été composée d’un joli camaïeu de verts et aurait diffusé une douce mélodie feutrée à mon contact. Elle aurait sentit le lait, la rose et la violette. J’aurai aimé me blottir contre cette boîte pour me remémorer les bruits de la maison ; le craquement des marches de l’escalier quand tu montais nous embrasser le soir, le cliquetis des clés sur la porte quand tu rentrais tôt le matin, le vrombissement des M&M’s dans la boite jaune lors d’un moment d’égarement...

Heureusement, je n’ai jamais composé cette boîte. De peur de ne pas être à la hauteur ? De peur de l’égarer ? Ou tout simplement, parce que je t’ai là, toujours dans mon cœur, juste pour moi… Je t’aime Maman.

Virginie ESCOFFIER


Ouvrir la boîte crânienne qui emprisonne la mémoire pour donner aux souvenirs une vie réinventée, réécrite, relookée, photoshoppée. Faire renaître un être aimé, composer une boîte à la façon de Joseph Cornell pour le représenter tient plus d’un moyen de le garder pour toujours que d’une évocation mémorielle. Les mots, ouvre-boîte parfois féroce, brutal, mordant, nous entraînent alors sur les rives d’un Styx paradisiaque.

Je vois la ceinture de flanelle grise dont il avait pris le pli de se ceindre la taille chaque matin, ceinture dont la longueur infinie pour un si petit homme interrogeait mon regard enfantin. Mes doigts en recherchaient la douceur généreuse que masquait le sempiternel gilet en laine grise que je déboutonnais puis reboutonnais à l’envi. Ce gilet a façonné le souvenir de nos voyages en train quand il « montait » me chercher pour ces vacances que je chérissais. Tout comme le parfum du thym qu’exhalait le pâté de lapin et qui flottait dans le compartiment quand venait l’heure de « manger ». Point de pique-nique, mot moderne, insipide. « Minjo ! » me disait-il dans son patois chantant dont j’ai longtemps gardé le secret de la compréhension, armure linguistique efficace contre les assauts parentaux. Ah ! La tisane de tilleul au goût doucereux que je buvais avec détestation mais remède imparable à tous les maux dont il vantait les bienfaits.

Je vois un petit homme enveloppé dans un grand tablier bleu, assis dans un petit fauteuil en osier à l’ombre d’un large tilleul, au visage rayonnant de gentillesse et de bonté. J’entends ses sabots résonner d’un bruit métallique mais tendrement familier.

Image idéalisée, apaisante, heureuse.

La mémoire trempe son pinceau dans la palette des souvenirs aux couleurs inaltérables et résiste aux assauts de l’oubli !

Catherine Spinard

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