Edition 2022 du 17 au 20 nov.
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Vos textes de l’Invitation à écrire N°2

Pour cette seconde invitation à écrire, les participants étaient invités à partir en voyage aux côtés de Miguel Bonnefoy, notre invité d’honneur, en visionnant sa participation à l’édition 2020 du festival Livres à Vous et en s’inspirant de son langage pour créer leur propre texte...

Voilà ce que ces consignes ont inspiré :

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin, aussi net que ces salars de l’Altiplano et de la Puna, fascinantes émeraudes à 2.500 / 4. 000 m d’altitude le long des Andes. Du Big Bang il y a 13 milliards d’années le féminin et le masculin déambulent dans l’excentricité latino américaine, étoiles célestes dérivant comme les milliards de cellules crachées par des ventres vers un fécondeur inconnu.

Les vendeuses de poterie des rues de Cuzco ont les dents toutes de travers, et de Monterrey à Ushuaia les femmes aux ponchos multicolores de marchés et processions mi-chrétiennes mi-indios forment une vague de 16.000 ans de Bering vers la Terre de Feu, Sioux, Aztec, Maya, Inca, victimes d’ethnocide blanc. Du lac dans les brumes du bouillonnant volcan d’Atitlan au train vers le majestueux Machu Picchu vert, du frou-frou matinal des sandales des petits hommes des Chiappas aux danseuses brésiliennes et Miss Monde vénézuéliennes multi-recousues on passe aux discours fanfarons de mâles à l’écart des voies mondiales et toujours au bandonéon et défilé de soirée retro vers l’Opéra de B.A. Franchissement de frontière en guerre sous l’Aconcagua, dictateur fusillé en mini embuscade, tontons macoutes résurgents, et Elle splendide silhouette à la piscine sous la sinistre Ecole de la Marine.

Un coup d’œil à l’annuaire de Mendoza, y repérer le nom de grand-mère pour aboutir à un splendide domaine viticole, possible colossale fortune en Bordelais ou Bourgogne que l’inflation du peso réduit à un confetti. Formidable littérature, sordide, humour, tristesse romantique, solitude des êtres. Elle, belle Gabriella sur le gazon de Wimbledon.

Richard Prothet


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. 

Une transmission invisible circulait dans la famille , mêlée aux récits d’horreur sur la famine inventée par Staline en punition des désirs d’indépendance de son Pays.
Elle savait de sa grand-mère leur unique vache abattue pour les priver de l’indispensable lait, toujours si crémeux ; l’unique pommier scié volontairement pour les priver des vitamines de leurs pommes, si douces et acidulées .
Les hommes partis à la guerre, gare à celui qui sous-estime les malédictions nées du chagrin des femmes - et du féminin des hommes.

Alors, invisiblement, certaines graines poussaient dans leurs cellules épuisées de famines radicales, esquintées d’atrocités guerrières, et aussi abreuvées de l’imaginaire pétillant des contes et légendes de leur enfance paysanne nourrie aux chants rythmant les travaux, à l’exubérance des légumes du potager , à la splendeur sacrée des offices orthodoxes clandestins et aux joyeuses célébrations dansées des saisons.

Et la réalité confirma les envies fauves de leur génération ; Le ciel ne pouvait attendre, la Vie vaincrait cette guerre oeuvrée par un masculin démoniaque. Les statistiques validèrent son intuition ;
Elles, les filles Ukrainiennes de sa génération mirent au monde une majorité de filles.

Vraiment, en ces temps d’agression, le ciel ne pouvait être masculin.

Odile Germain


Elle,pronom féminin...

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

Elle en avait passé des heures devant sa fenêtre à rêver à d’autres horizons, à espérer des lendemains plus doux.

Doux comme le sucre des guimauves qu’elle adorait, petite fille. Doux comme le parfum de la cannelle sur les tartes aux pommes de sa grand-mère. Doux comme le miel que produisent dans la ruche des milliers d’abeilles dévouées à leur reine.

Dévouées mais certainement pas esclaves comme une mère est toute entière dévouée à ses enfants.

A cet instant, il lui sembla qu’elle pouvait redessiner sa vie. Tel un peintre, à grands coups de pinceaux, elle pouvait diluer les couleurs, adoucir les contours et nuancer les jours sombres.

Elle pouvait le faire parce qu’elle possédait la tendresse, l’indulgence, la curiosité mais aussi la sagesse !

Elle savait, maintenant qu’une mèche de cheveux gris barrait son front à peine ridé, que les mots pouvaient blesser comme les ronces tressées en couronnes alors que les roses avec ou sans épine ne font jamais mal.

Elle venait de comprendre que la puissance des fleurs pouvait dépasser le pouvoir des mots !

Sa jeunesse ne serait bientôt plus qu’un lointain souvenir mais elle s’apprêtait à cueillir les fleurs d’une vieillesse apaisée et d’en faire un énorme bouquet.

Elle se sentait belle, elle se sentait riche.

Elle l’était assurément !

Françoise Boyat


Féminin singulier

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.
Elle écrivit donc le mot Ciel, après Arbre de vie, avant Courage, Miroir et Scintillement...
Dans son petit carnet elle les avait toujours notés, ces intrus - par ordre alphabétique.
Avant Sucre… noir, évidence !
À l’origine sans doute, précisait-elle en souriant, une erreur de frappe ou de discernement. Toute cette multitude de mots dont on avait estompé la force en voilant leur féminité ! Même cet Oiseau bariolé au vol élégant, celui qu’elle aimait tant !

Le soir d’avant la naissance sa mère avait fleuri le berceau d’une orchidée sauvage, prête à accepter l’inconcevable. Son père, imprégné du parfum de la menthe, avait fait le voyage

- des sables sahariens - l’éclat du désert dans les yeux !
Premier cri. Puissant !
Il ? … Elle ? … Personne ne sut dire.
Malédiction ?
Humiliation ? ... sables mouvants...
Acceptation. Adulation.

Des mots forts, féminins. Je n’ai jamais oublié. Pour moi, ce sera ELLE.
Licorne échevelée galopant sous les arcs-en-ciel.

Geneviève PROTIN


ELLE (S)

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

Ses douces ondulations mouvantes, luxuriantes invitations, elle ne parvenait pas à s’en détacher.

Nue, couchée sur la terre rouge, statue d’argile de Viracocha, elle s’offre aux feux solaires, prête à transmettre les légendes universelles, fictions, réalités et mensonges de sa famille. Elle construit déjà ce que sa fille sera demain, Ariane, fière érection sur son aire de lancement. Elle pressent le Grand Viol de l’Empyrée, la naissance d’un Être Nouveau sur Mars.

Folie. Noirs les nuages. Divagation. Elle attend, elle sait. Elle sent. Pleure le ciel, enfin, la vie dans son cœur d’argile, Pachamama, sa Terre, sa mère.

Elle a bien du mal à se réveiller ce matin, Paulette. L’avion, les turbulences noyées dans les nuages voluptueux, et les rêves, des histoires de création du monde, de dieux incas, d’enfants qui regardent les étoiles. Dans son ventre, son petit à elle cherche un père, c’est pour cela qu’elle a fait le voyage vers Concepción, c’est ici qu’elle l’a "croisé". Elle va rechercher des racines pour se construire un futur. Elle a tout son temps, elle va se trouver un vieux vélo pendant qu’elle peut encore. Dehors, les nuages, la pluie, le soleil. Elle vit. Ce sera une fille, elle en est sûre.

Eric PROTIN


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. Si l’homme a bâti des rectangles pour se protéger du vent et de l’eau, la terre reste ronde et la femme son libre berceau. Elle incombe à l’univers par les fruits de ses ancêtres, ses racines ancrées, enchevêtrées dans un récit écrit et infini. Elle navigue sur les territoires, l’ancre solidement attachée, en voluptueuse demeure de la filiation féminine. Elle porte en son ventre bien plus que le simple nom. En ses plis, l’on puise ses sources, l’amorce de l’origine de la vie. Si elle manque d’eau, elle relèvera le dilemme. Et de déserts en cascades, sans perdre pied, elle gardera sa dignité, sans qu’aucun ne lui prenne. Lune comme alliée, guerrière pour l’égalité, reine des aventuriers. Au-delà des canaux, elle n’est plus mère, ni vulve, ni feuilles de papier. Elle renaît d’une ancestrale liberté. Elle est pureté et vaste lignée de celles dont l’élan continuera cette fictive réalité, envers et contre le temps.

Claire


Instant volé

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

C’est ce que je me répète à présent alors que des années se sont écoulées .

Il faisait chaud cette année là ,ce juillet de mes 12 ans, une journée moite , orageuse, oppressante.

Je décidai d’aller me rafraîchir dans la rivière qui coule tranquillement non loin de la maison de ma grand-mère où je passais mes vacances.

Il est un petit bassin, là où la rivière se repose, caché au creux des saules nains , des iris d’eau odorants et des herbes folles : Mon bassin secret.

Je la vis alors, nue , ondoyante liane alanguie portée par l’eau, visage de madone auréolé de cheveux comme des algues rousses, bras en croix comme une suppliciée, ses seins drus pointant vers le soleil, son ventre comme une vasque, le galbe de ses cuisses qui s’ouvraient découvrant sa corolle offerte à mes désirs.

Voyeur par hasard, je rampais dans les herbes chaviré par les odeurs des fleurs, le crissement des insectes et le soleil ardant, retenant mon souffle pour quelle ne me voie pas, et ne pas briser le fil ténu de tous mes sens en éveil.

Elle sortit de l’eau, sa croupe à portée de mon regard. Je voyais des gouttelettes d’eau sur son corps halé que j’aurais voulu lécher.Déesse inaccessible.

Elle s’enroula dans une serviette et s’éloigna vers un ailleurs loin de moi et de mon corps tendu comme les cordes d’un archet, en proie à des secousses sismiques qui me laissèrent exsangue, détendu et heureux.

Cette année-là je quittai définitivement l’enfance.

Denise Roux


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. Les nuages formaient une mosaïque brumeuse qui engloutissait goulûment cette jungle d’événements dans laquelle Elle s’était égarée puis enrobait le sommet du pico qui, tel une pierre d’attente, happait le voile cotonneux dans un tourbillon fugace.

Elle puisa dans cet instant furtif de vagabondage onirique – ou cauchemardesque pour d’autres qu’Elle – la graine romanesque qui ferait germer son prochain roman. Un fil d’Ariane salvateur après de longs mois de disette, d’inspiration tarie. Elle s’était d’abord enfuie, enfouie dans le maelström de sa vie d’errance. Puis le temps lui avait ouvert la voie d’un patient cheminement dans ce ghetto intérieur qu’un héritage familial lui avait perfidement légué.

Alors, Elle sut. L’évidence de sa quête primale franchit la barrière de ses lèvres trop longtemps scellées par le pacte silencieux de sa naissance. Cet arpège dont Elle égrenait les notes arides ponctuait son exil involontaire d’un point final. Prélude à l’écriture cathartique qui la délivrerait enfin de sa culpabilité.

Catherine Spinard


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.
Néanmoins elle ne pouvait pas détacher ses yeux de cette voûte céleste nocturne.
La séduction s’opérait à l ’infini comme si une sirène l’enivrait de ses chants mélodieux.

Ce paradis brillait de mille feux d’étoiles d’argent, quelquefois filantes et cet enchantement lui procurait un bien être spirituel.
Elle savourait avec délicatesse également cette renaissance dans la lumière du jour.

Elle décryptait les arabesques blanchâtres, les effilochées d’ouate semblables aux haillons d’épouvantail et les traînées vaporeuses déposées par les avions.
Elle y décelait diverses formes rondes, flottantes, petits êtres délicats cotonneux qui constituaient une famille éphémère.
Selon les saisons, l’atmosphère se paraît de nuances rosées, pourpres et grises ; elle s’imaginait détenir la palette d’un peintre,
Elle s’émerveillait de l’arc-en-ciel, pont en arc naturel, coloré d’un dégradé de couleurs.
Elle appréciait ce ruban lumineux symbole d’harmonie, de paix et d’espoir.
Elle gardait en mémoire tout un éventail de noms de nuages et s’amusait à les déclamer en accentuant la terminaison : « cumulus, nimbus, stratus »...
Nul besoin de voyager disait -elle.
Elle avait constitué sa bulle de sérénité éternelle.

Corine Girard


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin...
Car si elle prenait une page au hasard d’un chapitre,
Elle n’y piocherait que des paroles impétueuses,
Mais elle nous les partagerait avec sa parfaite pudeur.
Le ciel l’attirerait donc vers la fougue tout en tempérant ses ardeurs.

Elle confirma à cet autre instant que le nom du ciel ne pouvait être féminin...
Car si elle provoquait son père de son regard pétillant,
Elle parviendrait à emporter n’importe quel privilège,
Mais elle prouverait que son paternel est impuissant.
Le ciel l’attirerait donc vers la malice en l’empêchant d’aboutir.

Elle confirma à ce dernier instant que le nom du ciel n’avait pas de genre...
Car si elle perdait toute sa puissance et sa poésie,
Elle n’aurait plus ni force, ni perles, ni pensées,
Son esprit partirait simplement jusqu’au paradis.
Le ciel l’attirerait donc à iel sans se soucier qu’elle soit femme.

Virginie ESCOFFIER


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait pas être masculin. Elle se tenait au milieu d’un grand champ où sa famille était réunie pour un pique nique. Elle avait revêtu sa robe à fleurs multicolores et son chapeau de paille pour se protéger d’un soleil intense. Ses pieds foulaient la terre sableuse avec frénésie. Elle avait l’impression de flotter. Elle ne prêta aucune attention aux regards étranges et interrogatifs qui la fixaient..

Elle avançait sans but, le vent lui caressait le visage et les oiseaux la suivaient en chantant. Sa silhouette dans le lointain semblait fragile presque infantile. Elle était subjuguée par cette beauté si féminine qui émanait de cette nature sublime.

Elle n’arrêtait pas de marcher et parfois de voler. Quand entre chien et loup à l’orée du bois, elle vit d’étranges formes blanches, créatures de la nuit et autres animaux fantastiques.

Elle s’imaginait bien vivre dans ce monde.

Une sonnerie retentit, elle sursauta. Elle se leva, s’aperçut que tout cela n’était qu’un rêve. Elle reprit ses esprits et elle admit que le monde pour exister avait besoin du féminin et du masculin et que les deux étaient indissociables.

Sylvaine Beaumelle


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. Partout et nulle part à la fois, lévitant comme par magie au-dessus et tout autour des territoires, des frontières, ignorant en bas le vain flottement des arrogants drapeaux, abreuvant des générations, guérissant la terre de son aridité, de ses plus profondes sécheresses, le ciel, elle en avait la conviction, était une multiplicité de femmes et de non-hommes agissant en communauté. Elle en entendait résonner les rires au creux de l’orage. L’architecture mouvante et chaotique des amas de nuages pouvait tout détruire sur son passage, comme l’avait fait la détermination de générations de femmes en exil avant elle. Elle savait, ayant perçu le présage des vautours planant en cercles précis, à l’affut d’animaux morts dans la végétation luxuriante, que le hasard d’une rencontre pouvait tout faire basculer dans une vie. Elle avait reçu en héritage les conséquences des choix, des décisions de bien trop d’hommes qui volaient aux femmes leur autonomie d’adulte. Elle goutait aujourd’hui sur sa langue l’acidité de la rébellion. Elle humait dans l’air l’amertume du courage. Elle sentait au plus profond d’elle-même que la pluie laverait tous les traumatismes sans les effacer et que l’avenir serait permis par la féminité du ciel. Elle leva les yeux, inspira, écarta les bras, et se sentit appartenir pour la première fois.

Inès Santi


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin .

La lune.
La lune, pleine,
Ronde, resplendissante,
Veille.

Reine de cette nuit d’avril
Nuit des sorcières
Nuit de mystère

Le jour s’est dérobé
Flotte avec légèreté
L’interminable manteau de lumière

Blanche aux reflets argentés
Brillante et fière
Au milieu des étoiles scintillantes
La lune éclaire la terre nourricière

Les pieds ancrés dans le sol
Je la contemple entre espoir et mélancolie
La brise de l’air m’enveloppe de douceur
Face à face avec moi même

La nuit étoilée
Me chuchote d’aimer
Je foule le sol fait des cendres de mes aïeux
La lune des semences me guide
Elle m’emplit de force
La force de construire.

Leroy Armelle


Héritage,

Quartier de la Boca (Buenos Aires) 2h du matin.

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

Je me suis assis dans un « trinquettes » sombre café flanqué d’une piste de danse.

Je sirote un maté, boisson nationale, dans une calebasse, à l’aide d’une Bandilla. Ce liquide chaud et amer, qui coule avec acidité le long de ma gorge.

Je ne suis pas ici par hasard, c’est la conséquence d’autres choses, c’est une longue et lente jungle d’événements qui m’a conduit dans ce lieu, et ce soir je me sens plus argentin qu’un argentin.

Je regarde Margot, elle n’appartient à personne, avec ses colliers de perles partout, sa robe fendue très haute, ses jambes qui se croisent et se décroisent, se frottant sur les jambes d’un mauvais garçon, exprimant sur son visage machinisme et virilité.

Ce tango si langoureux et charnelle, provoque en moi une émotion, un je ne sais quoi de naturel, planté là à 12 000 km de chez moi je me dis.

- Mais qu’est ce qui est vrai, et qu’est qui n’est pas vrai au plus profond de moi, d’où vient cet héritage ?

Qu’importe !

Richard Velasquez


A cet instant, elle confirma que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

- Comment dites-vous ? Je vous écoute !

Magie et poésie en attente d’écoute.

En attente d’inspire… en attente de devenir.

Elle expliqua qu’elle jetait son histoire sur papier.

Cherchait à reconstruire, en elle, ce qu’il y avait de ses ancêtres.

La vie de ses aïeux réinventés par ses yeux

Ce que toutes ces femmes, mais aussi ces hommes- la précédant - lui ont apporté

et tout ce qu’ aujourd’hui, elle leur rajoutait.

Ce faisant, elle s’affranchissait du temps,

pressait le jus de ses racines,

tissant des liens, mêlant les époques et ce qu’elles évoquent.

Chaque jour, le fil grandit,s’enroule, se déroule…

Roule la boule sur elle-même et au-delà d’elle-même,

s’enfle la pelote

les mots s’affichent, complotent, s’interrogent, pleurent, rient, ravigotent ou apaisent la trace perdue.

Elle et sa joie de les écrire et de s’écrire sur la page 

Quel incroyable espace, dans cette inspire !

Lentement,

au fur et à mesure de sa source retrouvée

elle sentait naître,

au milieu de ses failles et de ses manques,

sa part, immense, de liberté !

Christiane Manin


Dilemme

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. Elle leva la tête et les nuages s’étaient effilochés. Du bleu…elle ne voyait que du bleu. Elle frappa doucement les flancs bariolés de sa licorne et s’élança à toute allure dans les airs. Elle rasait les champs d’orchidées multicolores. Elle enfonça sa capuche profondément sur son front. Elle traversa un arc en ciel : du violet, de l’indigo, du bleu, du vert, du jaune, de l’orange et du rouge. Ce fut un éblouissement total, une luxuriance de couleurs, une vibration fulgurante. Elle ferma les yeux. Un arc en ciel ? Pourtant il n’avait pas plu. Elle ne comprenait pas car pour elle tout était conséquence de quelque chose.

Elle chevauchait maintenant au-dessus d’une mer d’un vert murmuré, doux comme une prairie au printemps. Cet état de pure lévitation la ravissait. Elle arriva enfin dans un pays de bateaux. Le port grouillait de créatures étranges. Elle remarqua un dresseur de vautours. Les rapaces au plumage fauve tournoyaient au-dessus de leur maître. Des musiciens tapaient sur des bidons rouillés. Elle ralentit le galop de sa licorne et vit des femmes aux longues robes chatoyantes. Leurs cheveux noirs s’enroulaient comme des serpents trop vite réveillés. Des marins chargeaient de lourds sacs de cabosses. Elle rêva de cacaotiers et eut soudain envie de chocolat. Et le ciel ? Il était maintenant presque blanc. Elle remonta dans les airs et fut enveloppée dans un voile laiteux. Puis des nuages vinrent à sa rencontre, d’abord timides et prudents puis audacieux et menaçants. Un ciel de tempête. Épais, poussés par un vent acre, ils fonçaient sur elle.

Elle s’était trompée. Le ciel était bien masculin.

Violette Chabi


« Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin…

D’ailleurs, pourquoi le serait-il ? N’est-il pas peuplé d’une mosaïque de planètes,

telle une fresque infinie de constellations, identique aux lignes de Nazca qu’elle survola lors d’un voyage au Pérou, s’identifiant ainsi à Maria REICHE.

D’ailleurs, le ciel n’a t’il pas été toujours la proie des aviatrices, aventurières et déterminées, véritables pionnières, et ce, avant même le siècle des Lumières ?

Elle, Adrienne BOLLAND, première femme à traverser la Cordillère des Andes,

Elle, Jacqueline AURIOL, surnommée « la femme la plus rapide du monde » en franchissant le mur du son,

Elle, Valentina TERECHKOVA, première femme à aller dans l’espace,

D’ailleurs, n’est-ce pas de la Nature même de la Femme que de faire passage, transmettre, essaimer, ouvrir les frontières…

Créer l’Hospitalité qui, de tout temps et aujourd’hui encore, résonne dans l’actualité !

D’ailleurs, d’Ici ou d’Ailleurs, entre Ciel et Terre,

Elle a des ailes plus puissantes que celle du Condor

Elle , la déesse mère, la puissance Terre, Gê . »

Pascale SAUZY


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin, tout comme l’univers.

Cet espace intergalactique criblé de pilules fluorescentes, comme autant de bulles dans une baignoire ne peuvent être qu’une œuvre magique. Produit par la baguette de Merlin ou sorti d’un chapeau à l’instar du lapin ? Et si c’était la création poétique de l’aviatrice ? Aux commandes de son avion, se déplaçant à la vitesse d’un éclair dans la nuit, dépassant les cris,l’horreur et le sang elle atteint l’aurore lumineuse. Suivant l’oiseau joueur de flûte, elle créait une ambiance désuète et dépose dans le ciel des minis tubes couleur argent. A cet instant, il est évident que le nom qui apparaît est féminin : la destinée.

Amandine Saadi


En toute bonne foi,

Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

La posture gracieuse de son corps épousée par les courbes de son instrument tisse la toile de fond de la féminité et de la sensualité.

Des ouïes de la harpe, s’envolent les arpèges…

Des andante, élégance suprême d’un ballet d’étoiles dans le ciel en hommage à Margot qui, là-haut, orchestre la chorégraphie, des furioso tels les arpèges du vent qui, suspendus puis précipités, telle une ondée, font la liaison entre le ciel et la terre et vont nourrir la vigne, symbole d’humanité ; la vigne qui engendrera le raisin, tout en rondeur, en saveur, source de joie et de festivités, et puis la graine et toutes les semences, indéniables joyaux, perles de la terre mère nées du geste auguste du semeur.

Elle fait corps avec la harpe dont les cordes vibrent sous ses doigts délicats. Elle joue une symphonie enchanteresse pour Selva, le jardin d’Eden où la légendaire licorne amie des fées et des lutins protège, dans les profondeurs humides de la forêt tropicale, celle qui incarne la beauté et la séduction. La fleur sensuelle qui murmure l’amour au coeur des hommes et des femmes : la mystérieuse Orchidée.

Rien ne naît par hasard, tout est conséquence de quelque chose.

Edith Hénaff


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin de même ce rubis, pierre précieuse charnelle, dans son ventre rond comme une goyave. Elle savait qu’elle enfanterait d’une fille dans ce pays où tout serait bien plus beau, où les arcs-en-ciel chapeauteraient l’arrondi des toitures, où des cerceaux par milliers remplaceraient les lignes droites coupantes. Elle avait jeté dans les flots marins les poubelles de l’histoire pour y engloutir ses sempiternels travers. Elle voyait le caïman bienfaisant avaler les brutalités, triturer les génocidaires, filtrer la mélasse séculaire accumulée. Ainsi protégée elle allait échapper aux gifles verbales, à la sauvagerie qui met K.O. Ici elle s’autorisait à être peau cannelle et cacao, modeste miroir de tant de visages croisés. Ce monde nouveau, à la croisée des chemins, l’embarquait dans des aventures chevaleresques. Ses rêves chimériques n’étaient donc pas censurés. Elle pouvait actionner la machette aussi bien que la spatule en bois pour touiller la soupe de frijoles. Elle pouvait vivre corps à corps avec la terre, s’enchevêtrer avec les lianes de la forêt. Rien ne l’empêchait de courir, de parler tout franchement. Jamais elle n’avait ressenti une telle sensualité. Ses sens s’éveillaient, elle aussi comme le fruit de ses entrailles naissait sous le ciel des tropiques.

Elvire Bosch


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. Dehors les éléments de déchainaient. L’humeur noire du ciel déversait ses pleurs glacés, et lézardait le sombre horizon d’éclairs fracassants. Les arbres courbaient leurs silhouettes feuillues tandis que les murs résistaient stoïquement aux assauts des vents violents. Pourtant, elle renaissait. Dehors, le labeur ployait son dos, les rires et les pleurs ridaient son visage, l’ouvrage usait ses mains, le temps blanchissait sa chevelure. Pourtant elle renaissait. Pour la première fois, elle embrassait cette petite boule de vie, qui renvoyait comme un miroir le reflet de son existence et le regain familial. Ce doux minois auréolé d’une délicate toison dorée, ce regard innocent et bleuté, ce tendre corps minuscule, jouaient comme un arpège, les notes de son héritage intime. Tout prenait sens. Ce petit bout de femme naissant, concrétisait l’alliance et la transmission, l’édification de son nid familial. ELLE incarnait l’avenir.

Myriam


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin.

La cagoule qui l’oppressait depuis son arrivée à la prison lui avait été posée par un gardien à l’apparence brutale et obtuse . Il appartenait pourtant, elle l’avait déjà rencontré, à la bourgeoisie locale.

« Seule une femme pouvait incarner la légende de la terre et du ciel, l’une ancrée dans son territoire, l’autre immense et libre . » Elle se répéta cette phrase comme un mantra, la modula à voix basse . C’était le mot de passe de la liberté.

La porte du cachot grinça, la fit sursauter . « Identité ? » hurla la voix de son geôlier ;

« Liberté » répondit elle et elle ajouta ‘une voix vibrante :

« le ciel est la clé de voûte qui ouvre toutes les portes »

Rien ne pouvait, maintenant, la faire souffrir.

F. Morhain


Elle confirma à cet instant que le nom du ciel ne pouvait être masculin. A l’horizon, cet arc en ciel lui en apportait la certitude. Il lui évoquait la rondeur des femmes portant un enfant. Elle y voyait cette coquille qui engendrerait sa nouvelle vie.

Pour se donner du courage sur les chemins de l’exil où la peur, l’espoir et l’oubli se mêlaient, elle invoquait souvent ses racines. A mille lieux de sa terre cette irisation magique la ramenait à sa grand mère, sève de la force qui l’avait conduite jusque là. A la fois déesse et sorcière, elle la berçait enfant, de légendes et de secrets. De récits en histoires la transmission était l’apanage des femmes, passerelles tendant leur descendance comme une flèche vers la liberté. Pour avoir une chance de survivre, il fallait lâcher prise avec le passé mais en garder le lien comme un fruit précieux. Serrant ce fil ténu dans sa main frêle, elle avançait telle une funambule sur une voie semée d’embûches.

Mais au loin cette écharpe aux couleurs dégradées la happait. La porte ouvrant son futur se tenait sous cette arche lumineuse. Elle sentit alors une joie immense l’envahir et courut à perdre haleine vers ce passage magique qui la menait vers sa renaissance.

Geneviève Nain

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