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Vos textes de l’Invitation à écrire N°10

Les participant.e.s étaient invité.e.s à rédiger un texte incluant cinq titres d’ouvrages des Editions Gallmeister et démarrant par la citation de Pete Fromm "L’avenir, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien".

Voici ce que cette consigne a inspiré.

L’avenir, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien, comme une évidence trompeuse, trop proche de la réalité. Nous sommes sortis des bois et nos silhouettes vacillantes, fébriles marchent sur un fil et manquent de chuter, nous craignons d’être avalés par le vide, sous nos pieds, un bourbier noir tourbillonnant en-dessous de nous, comme une menace constante, une terreur lancinante. Finalement ce sur quoi repose le monde semble dérisoire en rapport à ce qui peut le détruire. Et si les gens sont assez stupides pour croire le contraire, pour avaler cette utopie, cette même foutue utopie recrachée sans cesse, différente mais toujours aussi dégoulinante de niaiseries ; un conte pour enfants mille fois remanié, comme cette histoire de flétan envoyé dans l’espace, un poisson sur la lune, si risible, si pitoyable… Vivre, c’est une affaire d’hommes, d’Hommes avec un grand H, une affaire faite pour l’humanité, mais parfois je n’arrive plus à y croire. Je cherche un sens à tout ça, à cet immense bordel ; au rôle qui nous incombe, mais je ne trouve pas. Mon désir le plus ardent est de savoir, tout, tout de suite, là. Maintenant. Un jour viendra peut-être où nous saurons ; en attendant je reste là-bas, sur l’île des âmes perdues, une réalité sans contours où j’observe mes émotions faire des montagnes russes. Ces montagnes à jamais sont condamnées à grimper au firmament avant de chuter implacablement. En descendant la rivière de questions que je me pose, je réalise que la vie est une partie d’échecs sans fin, sans possible victoire, sans possible défaite. Le jeu de la dame s’est évaporé, ne laissant qu’un triste dénouement invariable sur le plateau.

Salomé Baron


L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien mais Annette sait qu’elle a son libre arbitre et rien ne peut l’empêcher de sortir des bois où s’érigent le château familial et toutes les obligations mondaines. Elle veut quitter ce carcan qui l’empêche de vivre. Un jour viendra où elle pourra accomplir son désir le plus ardent. Non cela n’est pas une affaire d’hommes. 

Son âme aventurière la pousse à rejoindre l’île des âmes en descendant la rivière avec son canoë qu’elle a soigneusement caché dans le remise. Elle veut vivre en autarcie avec la nature. Se nourrir de baies, plantes, poissons, oeufs et non de plats sophistiqués. Elle veut manger avec les doigts si elle le désire. Laisser derrière elle le protocole, les beaux couverts en argent, les assiettes dorées. Elle rêve de vivre simplement vêtue accompagnée de gens authentiques. Elle veut construire un sanctuaire pour les animaux errants, blessés et dormir près d’eux. 

Aujourd’hui cela est décidé. Elle quitte son lieu de vie avec son sac à dos malgré la désapprobation de ses parents pour rejoindre les communautés autochtones. Elle va prouver qu’une femme peut le faire en laissant tout derrière elle sans que personne ne lui indique son chemin. C’est la liberté de choisir sa vie et de tourner la page.

Sylvaine Beaumelle


Balade dans le monde

« L’avenir, Tao, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien ».
Mon vieux grand-père m’abreuve souvent de sentences de la sorte, de proverbes chinois que ses aïeux lui ont transmis. L’avenir, je n’y pense pas, un jour viendra peut-être où je l’envisagerai. Pour l’instant, mon désir le plus ardent est de l’accompagner à la pêche au cormoran. Malgré mon jeune âge, il m’embarque sur son radeau de bambous sans oublier le filet coulé et surtout ses deux cormorans. Il ne cesse de leur parler, de les caresser. Parfois cela me rend un peu jaloux. Il aime me montrer comment placer l’anneau autour de leur cou sans les blesser. Je crois qu’il aimerait que je poursuive son activité mais il sait bien qu’elle se raréfie car la surpêche, dit-il, la détrône progressivement. Comme il fait encore nuit, j’écoute le silence, le clapotis de l’eau contre notre embarcation. Je regarde autour de moi, l’eau, le ciel unis dans le noir. En descendant la rivière Li, les collines qui la bordent se devinent à peine. Notre barque glisse tel un poisson sous la lune et nous nous dirigeons en toute quiétude vers les eaux plus profondes où la prise abonde. Bientôt les premières lueurs, les plongées des oiseaux bagués vont réveiller l’île des âmes…

Elvire Bosch 


L’avenir

« L’avenir, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien », dit Youco le sorcier à celui qui était venu le consulter. Ce dernier ne comprit pas cette réponse. Il insista de nouveau sur les raisons de sa venue :

– La terre tremble sous nos pieds, les oiseaux sont presque tous sortis des bois et si cela continue d’ici peu le gibier aura quitté les montagnes à jamais. Plus grave encore, en descendant la rivière, j’ai découvert une eau boueuse comme je ne l’ai jamais vue et les frayères sont envahies par les branches. 

– Je comprends ton inquiétude Renard Agile et je ne veux pas te mentir. Mon désir le plus ardent et que nous puissions vivre encore longtemps sur nos terres, mais un jour viendra où nous devrons partir.

– Tu sais que je ne m’en irai jamais, je ne peux pas m’éloigner de l’île des âmes où reposent nos aïeuls.

– L’homme blanc trace une grande route à travers la montagne, il va construire un barrage, les travaux vont durer des années, puis la vallée des bisons et ses prairies seront inondées pour toujours.
Renard Agile était stupéfait, il n’était pas venu jusqu’ici pour entendre de tels propos de la part de celui qui était leur guide. Le sorcier examina de nouveau le balancement de ses amulettes et ajouta :

– Ton présent est un instant éphémère sur la ligne du temps. Il se situe entre l’infini du passé, celui de tes ancêtres, et un futur que tu ne maîtrises plus. Seul ton avenir immédiat t’appartient, c’est toi qui dois décider : partir ou rester. Tu n’y peux rien, les dieux de la forêt et des eaux en ont décidé ainsi. 

André Bouisson


L’avenir, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien. 

Un jour viendra, et tu trouveras celui qui te convient, comme une évidence trompeuse.

Alors oui, tu seras sur tes gardes parce que l’amour ce n’est toujours que pour les autres, toi tu n’as que les miettes, les restes, les âmes perdues, ceux que tu dois soigner, sans être en retour choyée. 

Tu le rencontreras par hasard au détour d’un de tes choix, peut-être sur l’Ile des Ames, ou dans une salle de concert, peut-être dans un nouveau travail, ou simplement dans un café.

Tu sauras à son sourire, et à ses yeux, que c’est toi qu’il attend depuis toujours. Il finit tes phrases, il a les mêmes références, il peut regarder pour la 12ème fois 37.2 le matin comme si c’était la première fois… 

Sa douceur, ses blagues, sa gentillesse, vos conversations, ensemble vous comprendrez sur quoi repose le monde.

Le monde entier, mais le vôtre aussi. Un monde à part qui enfin s’offre à vous, avec tous les sentiments qu’on lit dans les livres depuis tout petit et auxquels on n’a jamais cru. 

Un monde où les papillons vivent dans le ventre, où la chair de poule naît d’une caresse, ou un sourire nourrit pour la journée. Un monde ou « je reviens » semble une éternité. Un monde où l’on vole comme un poisson sur la lune. 

Nathou C


Quand je marche

L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien. Alors je marche. Je marche dans la nature pour créer ce lien qui me permet de me ressourcer. En descendant la rivière j’écoute le doux murmure de l’eau et je me surprends à rêver. Je retrouve l’essentiel. Et je continue en direction des montagnes et leurs pics escarpés.
Ivresse… celle du corps qui fait disparaître la fatigue, les courbatures, celle qui chasse les soucis, les douleurs. Ces montagnes, un hymne à la liberté… Quand je marche j’arrête de me presser. J’écoute la montagne. J’apprends car je marche pour le plaisir de marcher. Sortis des bois j’avance et je me découvre courageuse. J’éprouve physiquement les distances, les dénivelés, la pluie, le vent et les rayons brûlants du soleil.
Les écrivains marchent car la déambulation implique l’écriture. Je pense en marchant. Mon désir le plus ardent c’est faire une pause, sortir mon petit carnet rouge et écrire des mots magiques, des mots d’azur qui font du bien. La marche est guérison. Mon humeur s’illumine au fil des ans.
Maintenant sous nos pieds, des prés peignés, des champs de lavande et le vent qui souffle, énervant… Un parfum d’aventure ! Que va-t-il arriver ? Qu’allons-nous faire ?
Un jour viendra où je m’arrêterai de marcher… quand mes jambes refuseront d’affronter les pierres coupantes, les pentes vertigineuses, les bises froides et les étés torrides. Alors je saurai que je suis arrivée au bout de ma longue traversée.

Marcelle Chabi


"L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien" lit la petite fille sur la couverture d’un livre. Pourquoi chercher à changer le cours des choses ? se dit-elle en parcourant les étagères de la librairie. Il lui a souvent été dit et répété que les livres la feraientrêver, voyager, l’aideraient à obtenir de bons résultats scolaires, mais comment trouver le bon livre ?
Toute seule elle s’invente des histoires, c’est une rêveuse ! Est-ce que ce serait "Une affaire d’hommes" ? Non, de nombreuses femmes autour d’elle se plongent complètement dans un livre et, même certaines en écrivent.
Il y en a tant dans ce magasin, sa Mamie entame une conversation avec le libraire. Elle continue ses recherches. Tiens ! Enfin quelque chose d’intéressant : "Un poisson sur la lune". Il ne lui en faut pas plus pour partir loin, très loin... Son désir d’en savoir plus lui fait saisir le livre, elle veut partir avec, Mamie lui offrira bien. En attendant elle s’assoit par terre, dans un coin tranquille, fixant la couverture, ses pensées l’entraînent à la poursuite de ce poisson qui glisse dans une eau pure, mais il ouvre grand sa gueule comme s’il cherchait son souffle. Elle le suit et "En descendant la rivière", sur un petit sentier dans un espace inconnu, cotonneux, elle découvre des silhouettes d’arbres qui se dessinent vaguement. Soudain, "Sorti du bois" un étrange personnage apparaît tenant une pile de livres dans ses bras. Une racine lui fait un croche-pied et Vlan ! Tous les livres sont éparpillés sur le sol. A ses pieds ils s’étalent, s’ouvrent en désordre. Le curieux personnages s’empresse pour les ramasser. La petite fille l’aide de son mieux, elle lui tend un livre qui devrait regagner les piles, toujours instables, mais le drôle de bonhomme, pour la remercier, le lui offre en souvenir de cette rencontre.
Heureuse de ce cadeau qu’elle serre sur son coeur, elle pense qu’elle pourra s’amuser puisque son titre est "Le jeu de la dame".
Mais Mamie l’appelle et c’est avec le premier livre choisi qu’elle la rejoint. Bien sûr, Mamie le lui offre mais elle se promet de revenir pour chercher le livre du curieux bonhomme.

Françoise Charton


L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien. 
Je songeais à cette phrase de Pete Fromm en descendant la rivière sur mon canoë par une chaude journée d’été. Seule sur mon embarcation, je philosophe à ma façon. J’ai toujours adoré l’eau. C’est l’élément qui me convient le mieux. Je flippe dans les airs. Mais je ris de plaisir quand je me plonge dans l’eau fraîche d’un lac ou d’une rivière. Mon désir le plus ardent serait de pouvoir vaincre ma peur du vide, cette peur panique qui m’étreint quand sous mes pieds j’aperçois un à pic vertigineux. Je crains cette profondeur aérienne alors que celle des eaux ne m’inquiète guère. Je vis pourtant depuis toujours dans un milieu géographique où les montagnes restent à jamais un décor sécurisant auquel je suis très attachée. Si on me forçait à m’éloigner d’elles pour aller vivre dans un plat pays, je serais pareil à un poisson sur la lune privée de mon indispensable kit vital. 
Je sais qu’un jour viendra où je parviendrai enfin à dépasser mes angoisses dans les airs pour les franchir avec autant d’aisance que les eaux les plus profondes.

Evelyne Creux


L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien. Au fil de tes pas, en descendant la rivière, ton esprit vagabonde et se perd dans les remous de tes pensées. Aujourd’hui, c’est ton anniversaire, l’occasion de regarder derrière toi, tes échecs, tes victoires, tes souffrances, tes bonheurs. Tu songes au chemin que tu as parcouru et à la vie que tu as construite. Pas de regret. Tu sais que tu as eu beaucoup de chance... Tu te remémores les voyages extraordinaires qui t’ont enrichi et tu imagines les mille et une contrées étrangères dont tu n’as jamais foulé le sol, les mille et un visages que tu n’as jamais photographiés, les mille et une vies que tu n’as jamais goutées. Un jour viendra, tu disparaîtras et quitteras ces montagnes à jamais. Tu t’interroges sur quoi le monde repose aujourd’hui. Tu t’inquiètes pour ceux que tu laisseras, pour tes enfants à qui autrefois tu lisais des contes avec un poisson sur la lune, et à qui tu donnais la main. Pour tes enfants qui, à présent, doivent faire face et construire à leur tour avec les « outils » que tu leur as donnés. Tu vieillis et l’urgence de te raconter et laisser une trace se fait plus évidente. Tu vois le monde changer, tu vois ton monde changer. Tu te raccroches à tes racines, celles que si jeune tu fuyais presque, et celles que désormais tu respectes profondément. Ton passé est riche de souvenirs précieux et ton avenir s’ouvre sur le champ des possibles. C’est le voyage de ta vie.

Myriam Finot


L’ avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien.
Le passé, c’est révolu, c’était une affaire d’hommes et, si tu veux mon avis, l’avenir c’est clairement le jeu de la dame, ou le jeu du féminin si tu préfères.

Le temps des conquérants brutaux et possessifs est révolu.
Sur notre Terre devenue de fait une "Île des Âmes ", l’avenir porte les couleurs de la patience, l’écoute, la beauté, l’imagination, la poésie. 

Nos âmes aspirent à sortir du bois.

Ferrat vibrait le poème d’Aragon "la femme est l’avenir de l’homme" et hier encore Edgar Morin notre sage centenaire déclarait :" le futur n’est pas l’homme augmenté, mais l’homme amélioré".
Sur le chemin de l’avenir, ces visions prophétiques des poètes et du penseur résonnent avec mon désir le plus ardent :
Que s’apaisent les impulsions d’agressivité et que jaillisse la tendresse.

Oui, "l’avenir, c’est là où tu vas"... et tu y peux un peu, peut-être même beaucoup ! 

Odile Germain 


L’avenir, c’est là où tu vas, tu n’y peux rien.
Mon désir le plus ardent mon fils : ton bonheur.
Tu vas quitter le nid, confiant, libre et serein,
sacrifier le douillet pour la révélation
de tout ce qui es toi, affronter ton destin,
approfondir seul sur quoi repose le monde,
provoquer l’inconnu hors des sentiers battus,
repousser tes limites, aller de l’avant,
même « crever la dalle » comme tu le dis
parfois boire le calice jusqu’à la lie.
Je te connais sociable, sincère et cordial,
ton chemin croisera de fervents compagnons,
une évidence trompeuse sur l’échiquier :
Sourire complice du baroudeur duplice
tel le loup métamorphosé sorti des bois.
Un jour viendra, ce discours-là tu le tiendras,
ce jour viendra, c’est la vie, et tu n’y peux rien.

Edith Hénaff


L’avenir , c’est là où tu vas et tu n’y peux rien.
Il fait beau. Je suis confortablement assise en tailleur, à l’aise comme un poisson dans l’eau à observer les nuages bas qui s’effilochent.
Le vert des feuilles, le bleu du ciel, la douce caresse du soleil pénètrent en moi.
Je me sens délicieusement libre.
Entraînée par l’irrépressible ravissement de l’existence, je sens naître et bouillonner en moi une énergie folle. 
Plumeau, au nom à l’évidence trompeuse puisque c’est une femelle, vient se blottir contre moi.
Je sens la chaleur de son pelage sous mes caresses.
Je fermais les yeux et songeais…
Où pourrais-je trouver ailleurs qu’ici calme et stabilité ? sur une île ? sur la lune ? 
Dame Nature m’offre son silence comme un jeu et calme mon âme.
L’instant présent donne sens à mon existence.
Entre le monde où je suis et celui de mes rêves se dresse une passerelle invisible à l’œil nu.
Après tout si je devais rester ici, c’est ainsi que cela devait être.
Quelle vie mènerais je ailleurs ? Et combien de mois, combien d’années durera t-elle ?
Peut importe, mon désir le plus ardent… vivre.

Armelle Leroy


" L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien. Un jour viendra où tu comprendras ". En descendant la rivière le long du sentier, ces mots claquent encore à ses oreilles. Elle voit, elle entend sa mère, vingt ans plus tôt hurler cette évidence trompeuse. Petit bout de femme fière ne pouvant renoncer à ses principes. Et elle, forte de la légitimité de sa jeunesse insolente, son sac à dos bourré d’espoir, ne pouvant renoncer à ses rêves. "Mon désir le plus ardent est de découvrir le monde" avait-elle dit. Aujourd’hui son avenir l’a rattrapée, et elle n’y peut rien ! Elle est de retour. Elle a pris des chemins de traverse plus ou moins heureux. Elle a vu sur quoi repose le monde. Sables mouvants dans lesquels s’engouffrent les désillusions, chemins caillouteux où trébuchent les certitudes, parois abruptes pour se chercher, se découvrir, se retrouver. Mais aussi sentiers odorants où apaiser ses douleurs.

Elle a laissé sa voiture loin pour revenir à pied. Sur le dos le même sac chargé de son histoire. Et au fond, encore enveloppé du papier de soie blanc, le manteau rouge, talisman dont elle ne s’est jamais séparée. Quand elle a aperçu la maison, une frêle silhouette se tenait toujours sur le seuil.

Geneviève Nain


Grain de sable

L’avenir, c’est la vie où tu vas et tu n’y peux rien. C’est le jeu de la dame où les pions sont posés et se déplacent sous l’égide d’une main gantée, un jeu de passe-passe où un jour viendra tu te feras gober, que tu te sois – ou non – méfié. Tu auras beau t’être fait tout petit ou t’être agglutiné aux autres dans l’espoir vain de faire illusion pour dé-jouer le mauvais sort, le piège se refermera inévitablement sur toi. 
Ce sera probablement au moment où tu t’y attendras le moins, en descendant la ri-vière en solitaire dans un environnement idyllique ou au milieu de ton cercle d’amis sortis des bois dormants après une nuit intrépide. 
Auras-tu seulement le temps de te rendre compte que quoi que tu aies fait ou quoi que tu imagines les dés d’avance étaient pipés ?
Vois, toi qui t’es cru insubmersible et invincible, tu n’es qu’un grain fragile soumis à des caprices qui ne sont pas les tiens. Des monts s’élèvent devant toi. Ce sont des géants et toi tu es un nain. Ces montagnes à jamais te survivront et elles en verront passer d’autres, aussi désireux de contrôler leur sort que toi. Comprends et admets, elles ne sont pas prêtes à retomber en poussière de sable. Toi, si.

Véronique Pédréro


Héritage,

En dernière salve c’est un beau feu d’artifice. L’intelligence humaine a besoin de culture pour fondations, d’audace en son expression et du respect des autres comme limite, c’est la différence avec l’intelligence artificielle. La culture naît d’une recherche systématique d’information, le cadre donne la motivation, un beau musée, théâtre, panorama (Delphes, Delos, Acropole, Kyoto, ...), médiathèque, bibliothèque, librairie. Avoir sa liste de lieux où puiser, j’ai aimé les belles façades qui cachent les équipes qui concentrent cette culture, animent les rencontres, exhibent la connaissance du monde comme les divines actrices d’Olympia font jaillir la flamme olympique. 

Gallmeister, Gallimard, Actes sud, Cambridge University Press (1534), Erasmus, Benjamin Franklin, Payot, Shakespeare and Co, The Rizzoli Bookstore 57th Street, le « café littéraire » El Péndulo à Mexico, Grand Palace Bookstore à Tokyo, Editions et librairie Arthaud, The Last Bookstore, LA, l’Ateneo Grand Splendid à B. Aires, parfois des centaines de milliers de livres, surprise du Atlantis Books à Santorin près d’une terrasse où les baklavas sont délicieux, et dans bien d’autres lieux dont je suis ressorti avec un livre ou un journal pour le poids des mots et le choc des photos. Maintenant ils remplissent mes rayons et des malles et me font rêver aux 10.000 livres de la bibliothèque de Susan Sontag. Je n’investirais pas des milliers d’€ dans un livre mais hais d’en voir un abîmé, respect des 5 500 tablettes archaïques de Mésopotamie vs le bombardement des Bouddhas de Bamyan. 

Conservez notre héritage à transmettre à nos futures générations !

Richard Prothet


BOB

L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien. C’est ce qu’il a dit Bob, le cul sur sa chaise à bascule, face au soleil couchant sur Peach Springs, après ses deux bières. Avec son gros ventre et sa petite cervelle planquée sous son Stetson, Monsieur philosophie ! L’avenir... Evidence trompeuse ! 
Moi, Kathleen, telle que tu me vois, je vais lui faire changer son avenir. Un jour viendra où je lui dirai : Dis, Bob, si on jouait au jeu de la dame ? Tu te rappelles ? C’est moi qui déciderais, on partirait sur la Mother Road avec ma bécane jusqu’aux plages brûlantes, je mettrais mes bas résille et je te jouerais du lasso. Je sais que c’est ton désir le plus ardent. Je te ferais bouffer le sable comme un vieux Quarter Horse, pour moi tu décrocherais la lune juste pour voir s’il y a des poissons sur la lune. Hein, Bob, tu m’entends ? Eh, Bob ! Mais c’est qu’il dort sous son Stetson ! Désir ardent... tu parles ! Fini le jeu de la dame, Bob ! Ton avenir, c’est moi, Kathleen ! Va donc la voir la lune !
Pan !!!

A l’horizon, les silhouettes du Grand Canyon dessinent des ombres chinoises sur fond orange, un vautour survole le cadre, la poussière soulevée par le galop des chevaux, au loin la litanie d’un harmonica...

 END

Based on Eric Protin’s novel : " Bob ".
Music : Ennio Morricone

Eric Protin


Étrange destination

L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien, scande-t-elle. Je le devine bien le petit jeu, le jeu de la dame en tailleur gris, la conférencière, la même qui dans un passé si lointain animait les après-midi de " Connaissance du Monde ". Voilà une curieuse manière de se décharger de toute responsabilité !
Un seul a forcé son destin. Mon poisson plus très rouge - voué à une fin certaine - abandonné dans son bocal lors de ma descente à la cave. Il a fait la une de tous les journaux : Un poisson sur la lune ! Quel voyage ! Comme quoi rien n’est jamais écrit.
Mais l’Espace ne veut pas de nous, les humains. 
Un jour viendra, très proche, où le chiffre de 77 milliards d’individus sera dépassé. Conséquence inévitable de cette course à l’immortalité. Solution facile, envahir une immensité rare, très convoitée ( d’où le thème de la conférence : Sous nos pieds l’océan ). Entre nos pieds et l’océan, un nouveau type de plaques tectoniques, en béton sur-armé. Supports de caissons conglomérés à l’infini, abritant sans originalité des êtres vivants, tous clonés.
Plus aucun interêt à partir découvrir le monde.
Seul rêve de verdure, l’île des âmes - celles des premiers opposants responsables. Pour vous y recueillir, précise la dame au tailleur gris, mon agence de voyage vous offre une jolie ristourne. Vous avez beaucoup de chance, le trajet s’effectue à pied sec tant les immondices - essentiellement plastiques - vous tracent le chemin.

Geneviève Protin


« L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien »
Voilà ce que j’ai saisi la nuit en Amazonie couchée dans mon hamac. Une incursion de deux jours au départ de Manaus pour trois touristes dont je faisais partie. Impossible de fermer l’oeil dans cet igarapé à 100 km de Manaus relié par bateau sur l’Amazone, le retour se faisant par la Transamazonienne.
Cette phrase c’était Ernesto notre guide, en proie à une crise de paludisme et incapable de nous ramener à Manaus, qui la disait à Tomas, jeune indien de 17 ans qui devait ramener à la civilisation ces trois touristes en quête d’aventure, lui qui n’avait jamais quitté son igarapé. Entre multiples explications et conseils sur ce retour. C’était là une responsabilité qu’Ernesto confiait à Tomas pour la première fois et dont relevait sa réputation notée dans le guide du routard.
Une affaire d’hommes.
Un jour viendra où tu devras quitter ta tribu,Tomas, devait penser Ernesto, gagner ta vie, peut être prendre ma place.Tu devras rejoindre la ville, n’être plus comme un poisson sur la lune, voir réellement sur quoi repose le monde.
Et moi avec mon regard maternel j’avais vu Tomas la journée tailler une racine de manioc et me tendre un « bateau » seul mot de français qu’il connaissait avec toute l’innocence qu’il avait encore et mon désir le plus ardent était qu’il reste là, à l’abri des tentations que Manaus ne pourrait que lui apporter. Et lui enlever toute sa fraicheur.
Au matin nous sommes reparties avec Tomas « notre guide » la pirogue, la forêt, les papillons, le car attendu pour la Transamazonienne le retour brinquebalant, l’inquiétude latente de Tomas qui veut être un bon guide, notre arrivée au port guettée par les vautours ; jusqu’à notre hébergement : car Tomas tenait à nous y accompagner c’était là son devoir dicté par Ernesto.
Et sa prière muette que avons décodée : retourner vite au port, parce qu’il a peur de la grande ville découverte pour la première fois et qu’il n’a qu’une hâte : retrouver la sécurité de son igarapé.
Et nous, les trois touristes émues aux larmes devant tant d’innocence, nous l’embrassons. Pars Tomas, reste encore pour longtemps ce garçon si gentil découvert si peu de temps.

Qu’est-il devenu ? A-t-il suivi l’injonction d’Ernesto ? Et n’a-t-elle pas été valable aussi pour nous ?

Denise Roux


« L’avenir c’est là où tu vas et tu n’y peux rien »
Contemplative, assise royalement sur son promontoire de mousse,
Errance ondule au gré des vents marins humides de l’Océan celtique.
Sous ses pieds dénudés, le Vide !!
Errance hume délicieusement les embruns.
Ballotée entre volatilité, complexité, incertitude et ambiguïté, d’un monde en déréliction, un murmure s’empare d’elle : sur quoi repose le monde ?
L’île des Ames invite aux jeux de Dames, version simplifiée du jeu d’Echecs de la Vie, où il n’y a pas de perdant ou de gagnant : la Vie se donne à la Vie sous différentes morphologies...
Soudain le voile des brumes océaniques se déchire : la vastitude de l’Océan s’engouffre dans les entrailles d’Errance… un crépitement intérieur la saisit d’un désir ardent, vaste et grandiose dans son bassin de vie !!!
Transfigurée, d’un éclat surnaturel, sublimée, elle vit sa Vision et savoure avec délectation !!
Dans cette envolée lyrique, seule la sensorialité a sa place ; tantôt océan, tantôt air, tantôt terre, tantôt feu… Errance s’amuse avec les Elémentaux dans ce rêve éveillé où l’Ether est le liant !!
Sur l’échiquier de la Vie, Errance est déclarée vainqueur en Co-Errance (cohérence).

Armelle Rozec


L’avenir, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien, c’est une affaire d’hommes, ou plutôt d’Homme avec un grand H, de toutes les femmes et tous les hommes. Sur quoi repose le monde tout de même ! C’est une évidence trompeuse, mais effectivement, inéluctablement chaque jour qui passe nous rapproche du lendemain et nous pourrions dire « un jour viendra ». Comme un poisson sur la lune, je suis mal l’aise avec ce temps qui passe. J’en étais là de mes élucubrations intérieures lorsque tu sortis des bois. À la simple vue de ton visage d’ange encadré par deux jolies nattes, je ne me suis plus posée de question au sujet de l’avenir. Puisque mon présent prenait une tournure si plaisante. Ma petite fille chérie, sourire aux lèvres, qui me pris la main en descendant la rivière. Rien n’est plus ressourçant qu’une rivière de montagne sous le soleil. Le bruit de l’eau qui roule, les oiseaux qui chantent en arrière-plan, ta présence rassurante. Mon désir le plus ardent serait d’enfermer ce moment présent à tout jamais dans une bouteille que j’ouvrirais quand je serai vieille, que mes jambes ne me porteront plus. Je pourrai alors respirer l’air de ce temps béni où nous gambadions ensemble nos pas ancrés dans le présent. 

Amandine Saadi


– L’avenir, c’est là où tu vas et tu n’y peux rien.
Jeanne n’avait eu de cesse d’inoculer cette assertion dans mon cerveau d’ado. Pourtant je cherche encore désespérément sur quoi repose le monde, ce monde incolore et inodore qui m’emplit de doute. Mon avenir, je ne l’ai pas construit, il s’est imposé à moi, pas comme une évidence, non, plutôt comme une absence d’évidence.

– Un jour viendra où tu sauras, où la lumière en toi guidera tes pas comme un poisson sur la lune sait que sa survie naît de l’inéluctable, de l’improbable, de l’impossible. La lumière jaillira de ta lutte intérieure.
J’écoutais avec ferveur ma grand-mère dont la vie tumultueuse avait souvent côtoyé les rivages infernaux avant de s’ancrer sur l’île aux Moines, l’île des âmes comme la nommait Jeanne. Le phare s’était emparé de sa vie après que la mer avait happé celle de Yann, son homme. Guider, orienter, tracer la voie. Le jeu de la dame du phare, un jeu addictif auquel Jeanne ne s’était soustraite que contrainte par la charge tutélaire qui l’avait irrémédiablement mise à terre : m’élever.
Au décès de mes parents, elle n’avait eu d’autre choix que de quitter ses cormorans huppés, ses macareux moines et fous de Bassan pour un autre fou, moins sauvage, plus dépendant, son petit-fils que la vie lui imposait. Un enfant qu’elle n’avait connu qu’au travers de rares photos que sa fille lui avait adressées à chaque nouvelle année. Alors que le monde terrien s’amusait, s’enivrait de musique et de paillettes, échappait à l’année écoulée, Jeanne veillait au grain, redoublait de vigilance. La mer ne connaissait pas de trêve, elle pouvait hurler sa rage sans crier gare. Elle l’avait appris à ses dépens.
Un jour viendra où je saurai où aller et je n’y pourrai rien.

Catherine Spinard


CONTRE-ATTAQUE

J’ai toujours pensé que l’avenir c’est là où tu vas, et tu n’y peux rien car toi la mort t’a offert son baiser éternel. Comme disait l’oncle Albert, « Un jour viendra où le jour ne viendra pas. ».
Quarante-huit heures déjà que je poireaute au fond de mon trou. La mort, une évidence trompeuse pour ceux qui y croient. Mon désir le plus ardent, me venger de ces fumiers. Plus qu’une heure et Maxime me sort de là.
Sur quoi repose le monde ? que la mort est définitive, quelle blague.
Je l’entends qui creuse. La pelle tape sur le cercueil. Oh purée, ça penche. Je sens que je rejoins le peuple des vivants. Ça trafique au niveau du couvercle. La bouille de Max.
Jamais été aussi content de voir sa tronche. Il m’inocule l’antidote. Bon, les vapes de la tétrodotoxine s’estompent. Une journée pour me remettre.
Avec Max et le reste de la bande nous organisons une petite expédition chez nos amis à la matraque facile. Philou arrange les pneus de leurs guindes. Francis s’occupe de leur base arrière. La Truffe, dans sept minutes, enclenche l’opération T’as le bonjour du zombie.
Ils l’ont cherché, ils nous trouvent, c’est une affaire d’homme maintenant.
Super que Josy dégote les dosages des chamans vaudous un mois avant leur déclaration de guerre.

Teff dit Gégé


Les Loups de la Bérarde.

L’avenir, c’est là ou tu vas et tu n’y peux rien. En descendant la rivière, qui mène au vallon d’en bas, mon regard s’est posé sur quelques lys Martagon, Gentianes bleues, Linaigrettes à feuilles étroites, et Rhododendrons. Je marche depuis bientôt 3 heures, avec un seul but, trouver la meute de loup, qui m’a t-on dit, se trouve au pied de l’emblématique aiguille de la Dibona, en face du refuge du Soreiller situé à 2719 m. Je me permets une pause avant le dernier ressaut, et je prends le temps de me dire que ces montagnes à jamais resteront imprimées dans ma mémoire.
Au même moment le soleil fait briller le bout de l’aiguille, l’avenir ne peut être que là et je dois y aller.
Je reprends mes pas sur ce sol caillouteux, et je sais que pour observer les indices qui trahissent la présence des loups, il faut se lever tôt et se coucher tard.
Au moment ou je traverse une sente, des hurlements prolongés d’une meute se fait entendre... Sortis du bois, la meute me fonce dessus en grondant et en montrant des dents. Je me fige, m’accroupis, et détourne les yeux tant leur regard m’impressionnent. Je crois à ma dernière heure.
Je ne me suis pas aperçu tout de suite, qu’une femme aux cheveux noirs, le teint très mat, un visage large, osseux, des pommettes saillantes et des yeux d’une couleur indéfinissable, me fixe.
Je n’ai guère de temps pour étudier la question, je comprends que cette femme a le pouvoir de me tirer d’affaire, mon désir le plus ardent et de courir vers elle.
Quand ils l’aperçoivent, les loups s’arrêtent brusquement, la queue entre les jambes, se mettent à gémir, inquiets, tournent en rond une minute, puis se dispersent rapidement. Elle les a intimidés, elle m’a sauvé. Il émane d’elle une telle détermination que j’éprouve du soulagement, et je me dis, qu’un jour viendra ou la femme sera avenir de l’homme.
 
Richard Velasquez

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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