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Vos textes de l’Invitation à écrire N°4

Sous la forme d’une lettre à un ami, les participant.e.s étaient invité.e.s à imaginer une rencontre avec un ours.

Voici ce que cette consigne a inspiré.

Il faut que je te raconte, c’est énorme ! Comme tu le sais, j’avais décidé de traverser les Pyrénées par le GR10, seul et en utilisant soit les refuges ou la tente. Un temps de "retraite ", seule avec la nature et moi-même ! Je savais que ce projet allait me tenir plusieurs années. En ce début d’été je parcourais les kilomètres qui séparent Arrens-Marsous et Luz-Saint-Sauveur. Me voilà partie, prête pour ces trois jours de randonnées. J’ai rencontré des troupeaux de vaches et de moutons. J’ai fait de magnifiques photos de chardons bleu. C’était la première fois que je voyais des vautours planant au dessus de moi. Je voyais des paysages à couper le souffle. Ce soir-là, alors que je cherchais un endroit pour passer la nuit, je marchais tranquillement me disant qu’il fallait que je m’arrête car j’avais mal aux pieds. J’étais dans une vallée et j’avais une vue parfaitement dégagée. Je vois à cent mètres peut-être une énorme masse brune. Ce bloc brun a un collier blanc et surtout il bouge. C’est un ours ! Je ressens comme un coup de poing à l’estomac, je me fige. Je n’arrive plus à me calmer, je transpire à grosse gouttes. J’essaie de m’obliger à respirer. Une voix intérieure me dit respire, calme toi et accroupis-toi, une autre me dit, panique, cours, hurle ! Je me détends, sans faire de bruit je me baisse sous un arbre. J’essaie de faire baisser mon rythme cardiaque. J’ai réussi à prendre mes jumelles dans ma poche et je le regarde, il boit dans le cours d’eau. Le spectacle est grandiose. Il prend son temps, il renifle la terre. Je n’ose bouger, je sais que l’ours a une vue médiocre mais un odorat et une ouïe très développés. Pour le moment il ne se préoccupe pas de moi. Je ne peux détacher mon regard et je ne suis plus en panique. Je le contemple, je suis ravie, touchée par la grâce. Il s’approche d’un arbuste, il a trouvé des baies, il mange. Puis il part dans le sens inverse de là où je me trouve. Je reste un long moment cachée sous mon arbre. Puis armée de ma cloche je monte ma tente et je finis par m’endormir. Je n’ai pas fait une seule photo, ce moment ne se trouve que dans ma mémoire. Je pourrais aller le chercher et revivre cette expérience extraordinaire toute ma vie.

Voilà, je serai bientôt de retour. Je t’embrasse très fort.

Pascale Achaintre


Petit ours brun

Ma petite chérie

Je t’envoie ces quelques lignes pour te décrire la sensation que j’ai ressentie en découvrant une photo d’un de tes premiers noëls
Une fois encore je me souviens et remonte le fil de mes souvenirs
Ton joli minois auréolé de cheveux bruns, tes yeux rieurs et pas plus haute que trois pommes
Tu n’osais pas ouvrir ce joli paquet enrubanné qui te tendaient les bras
Surmontant ta timidité du défi tout cet emballage et sous ton regard ébahi tu découvris une jolie peluche 
ton rêve de petite fille c’était un joli nounours brun
La joie, le rire toutes les émotions passèrent sur ton petit visage écarlate
Bien vite la peluche prit place au creux de ton cou
Tu caressais délicatement la matière douce et moelleuse et déjà tu lui murmurais des mots tendres
Tu l’avais apprivoisé
Adorable personnage si attendrissant
Avec lui tu vivais dans un monde de tendresse de rêves de douceur et d’émotions
Pilou devint très vite ta mascotte
Confident discret complice de tes premiers émois de tes joies de tes peines de tes moments d’incertitude toujours prêt à t’accueillir dans sa fourrure moelleuse
Inestimable souvenirs si précieux
Je te soupçonne encore de converser avec ce joli Pilou un peu défraîchi mais si cher à ton cœur
Toujours là pour toi te réconforter et faire vibrer ton âme d’enfant
Objets inanimés avez une âme... J’en suis convaincu
Nous sommes de grands enfants
Je t’embrasse avec une infinie tendresse
Adieu petit pilou

Lola B.


La terre était meuble, sèche, et poussiéreuse. L’humus frais au pied des arbres au bois clairs, la mousse qui coure sur la roche, les vapeurs vanillées d’un crépuscule sur la berge, les cendres rosées d’une cigarette dans la nuit installée ; tout laissait à penser que c’était une soirée de toute beauté. Tu t’en souviens ?

On est parti fumer un peu, avec Clarence, entre les arbres, tu te rappelles ?

La suite, on ne l’a pas racontée. On l’a gardée en nous, on l’a enfouie en nous, au plus profond de notre être, sans jamais jeter ne serait-ce qu’un mot, évoquant l’affaire.

On déconnait, avec Clarence, tu sais comment il était, tu sais. Puis il s’est soudainement arrêté. Comme ça. J’allais ouvrir la bouche pour le questionner, mais quelque chose en moi me retenait. Le silence. Puis plus rien. L’instant d’après, Clarence a pâli. Je n’ai pas compris tout de suite. J’ai seulement suivi des yeux son doigt tendu et tremblotant. Et c’est là que je l’ai vu. Ses yeux noirs, brillants. Sa fourrure brunâtre, drue. Ses grandes pattes sombre hérissées de griffes. Mais je ne voyais que ses crocs, sa mâchoire musclée et bien dessinée, et je ne pouvais que me demander ce que je ressentirai lorsqu’il enfoncerait ses crocs dans ma chair. La torpeur me clouait sur place, mes jambes se dérobaient sous moi, et il fallut que Clarence m’attrape le poignet pour que celles-ci se déverrouillent.

Alors on se met à courir, à grande enjambée, on court, on court, mes poumons me brûlent, je suffoque, je cours à en perdre la raison, je cours comme si ma vie en dépendait, ma vue se trouble ; et il faut un précipice pour me stopper, et pour qu’enfin je m’effondre aux côtés de Clarence, éreintée. 

Salomé Baron


Hello Christelle,

Il faut que je te raconte. Comme tu le sais nous sommes dans le Grand Nord canadien et aujourd’hui a été une journée mémorable. Nous sommes partis en canoë indien magnifique avec ses peintures vives accompagnés par un trappeur atypique qui nous servait de guide.

Des étendues à perte de vue tout n’est que silence, seul le clapotis des rames signale notre présence. Bien emmitouflés dans nos combinaisons, gants et bonnets enfoncés jusqu’aux yeux car la température est encore basse, nous avançons les yeux écarquillés afin de capter en ce début de printemps le plus d’images possible de ce paysage à la splendeur grandiose composé de toundra, forêt boréale, lacs et glaciers où vit une faune parfaitement adaptée à son environnement.

Nous avons accosté et nous nous sommes enfoncés dans la forêt quand un bruit de branchage et surtout un rugissement a stoppé net notre progression. Le guide nous a fait signe de ne pas bouger. Nous avons vu apparaître un ours noir au museau blanc qui avançait à grandes foulées vers nous, le sol vibrait sous ses pattes. Sa gueule grande ouverte était impressionnante, sa dentition encore plus. Il faut le voir de près pour se rendre compte de sa puissance. J’étais tétanisée, je n’en avais jamais vu de si près. Tout le groupe était sidéré. Deux personnes qui s’étaient éloignées, l’ont vu arriver dangereusement sur elles. Il s’est dressé, il les dépassait d’une bonne tête. Leur immobilité leur a sûrement sauvé la vie. L’ours les a reniflés et même effleurés. Nous pensions que cela en était fini pour elles. Le guide avait le doigt sur la gâchette prêt à tirer quand d’un coup l’animal est retombé lourdement sur ses 4 pattes et s’est éloigné nous ignorant complètement dans une marche lente et ondulée. Nous l’avons vu s’éloigner et nous nous sommes demandés si cette scène à la fois si terrifiante et unique était une chimère. Une fois la frayeur passée, nous sommes revenus vers le lac et avons repris l’embarcation en quête d’autres aventures que j’espère moins terrifiantes.

Bon Christelle, je te raconterai la suite de nos aventures à notre retour et quand je verrai un ours en peluche, j’aurai toujours l’image du vrai.

A bientôt et bises des explorateurs en herbe

Sylvaine Beaumelle


Mon cher Paul, cet hiver je suis retourné dans la réserve naturelle du Néouvielle. Natacha m’accompagnait. Tu vas certainement me demander quel plaisir j’éprouve à revenir sans cesse dans ce coin des Pyrénées. Je te l’ai déjà dit, on revient toujours à ses premiers amours. L’appel des grands espaces est irrésistible à qui en a goûté l’ivresse, mais ce n’est pas tout.

Nous étions dans le secteur merveilleux du lac d’Auber, encore très enneigé en cette fin avril. Le temps était magnifique et le froid mordant. Nous progressions raquettes aux pieds dans cette zone couverte de rares pins à crochets quand brusquement Natacha s’arrêta me désignant avec son bâton un arbre isolé à une trentaine de mètres devant nous. Il y avait là une forme étrange qui remuait.

Ce n’était ni un sanglier ni un isard. À la vue de sa robe épaisse et hirsute d’un brun sombre, légèrement plus claire sur ses flancs, je réalisai soudain que nous étions en présence d’un ours qui se frottait à un arbre. Quand il se tourna vers nous, je distinguais sa fourrure opulente, ses petites oreilles rondes, son gros museau carré et je devinais à peine ses petits yeux de myope qui devaient nous fixer.

N’ayant jamais anticipé une telle rencontre, j’ignorais totalement quelle conduite adopter. Natacha était pétrifiée, elle avait le souffle court et fut prise du désir irrésistible de fuir. Pour ma part, j’étais subjugué par cette vision, autant inquiet qu’émerveillé par ce face-à-face inattendu. Natacha n’écoutant que son instinct cria : il ne faut pas rester là. L’ours se redressa comme si cet ordre lui était adressé. Lentement, il nous tourna le dos et de sa marche souple et ondulante il s’enfonça dans le bois.

Aucun de nous n’a songé à immortaliser cet instant par une photo, mais j’ai vécu ce matin-là la rencontre la plus insolite de toute ma vie. « ?Ursus magnus est ? ».

André Bouisson


Cher Orso, mon cher Orso

Le cœur me fait mal d’écrire ton nom, Orso. Ces deux syllabes emplissent ma
bouche, emplissent mon cœur, emplissent ma vie. 
Je veux que tu le saches. Et pourtant, Je sais déjà que demain je vais mentir, je vais tricher, raconter n’importe quoi. Mais je sais aussi que je ne pourrais pas oublier, que je ne veux rien oublier.

Est-ce que tu peux encore me deviner ? Là-bas, seule dans cette forêt sombre et humide des montagnes noires, dévorée par une terreur magique et… silencieuse.
D’ordinaire dans la nature, je suis sereine et tranquille, aucune peur, même pas au fin fond de la nuit la plus noire, de la forêt la plus épaisse. J’aime l’obscurité et la solitude aussi. Et ce soir, j’aime cette terreur qui m’habite d’autant plus que je ne la comprends pas. Je ne comprends pas ces frissons qui me parcourent, mon cœur bat trop vite, mes mains sont moites ; si je devais courir, à peine aurais-je fait quelques enjambées, que je perdrais le souffle. Me calmer ? Je dois calmer les battements de mon sang à mes tempes ? Je pénètre sous la voute feuillue d’un taillis d’arbustes. Le sol est couvert de feuilles sèches et d’aiguilles de pins. Je me recroqueville dans une posture de chagrin et d’enfance. Je suis une toute petite fille abandonnée et lovée en moi-même. Le plaisir de l’impuissance. Je suis une chose douce et molle qui ne résiste à rien, qui s’enfonce doucement dans son inquiétude et sa tristesse. Le délice d’être abandonnée, le désir de s’abandonner ? Je suis une femme aussi, mieux, une femelle. N’être nulle part mais partout accessible, un objet ? N’être là pour personne, Orso, pour personne ? Mais accepter ces tremblements qui se répercutent dans tout mon corps. Feindre de ne pas voir cette grande ombre qui se déplace en cercles autour de ma cachette. Ne pas t’appeler. Ne pas entendre les craquements des brindilles sèches qui se brisent comme du verre.
Ne pas sentir cette odeur forte, ton haleine, qui dérange et excite mes narines. Orso, Orso, je suis un jouet entre tes griffes, tu me soulèves et me secoues comme un chat qui jouerait avec une pelote de laine. Tu me dépossèdes de moi-même. Non, je n’aie pas voulu m’enfouir dans ta fourrure poisseuse. Non, je n’ai pas voulu être léchée par ta langue râpeuse et gluante aussi. Non je n’ai pas voulu être déchirée jusqu’au fond de moi-même.
Oui, Orso, cher Orso… Dis-moi que ce n’est pas qu’un rêve…

Anne-Marie Brédy


Finlande, le 7 avril 04

Sam, Saminouchki,

Encore une fois tu ne me croiras pas, mais je vais quand même te raconter ce qui m’est arrivé ce matin. Poursuivant mon périple au travers de ce chouette pays, partant du Nord, pour retourner à l’aéroport, j’ai roulé au travers d’une forêt assez dense. Et là, sur la route, une oursonne énormissime était allongée avec des petits qui jouaient autour d’elle. Impossible de passer. J’ai un peu flippé quand même et fermé la voiture à clé. En même temps à la regarder, elle était plus intéressée par ses petits que par ma voiture, ou moi-même. Pour autant, sortir de ma bagnole était hors de question. Mais les petits ont couru, tous gros, tous maladroits vers la voiture. Je me suis enfoncée dans le siège, persuadée que la mère allait arrivée aussi vite et se jeter sur ma bagnole, filer un coup de pattes dans le pare-brise et me dévorer toute crue. Si tu les avais vus, ils étaient franchement mignons, tellement drôles. J’aurais tellement voulu les approcher. La mère s’est approchée à son tour, regardant la voiture sans animosité. On l’aurait dit fatiguée de surveiller ces garnements. Il n’empêche qu’avec toute cette tribu autour de mon véhicule, je ne pouvais pas passer la première. Je n’osais pas klaxonner non plus de peur de les effrayer. Puis les regarder était tellement passionnant. J’aurais pu y rester des heures. Et c’est là, que j’ai vu ce monsieur arriver. D’un pas tranquille, il les a appelés, la mère s’est approchée de lui tranquillement, les petits ont accouru également, lui faisant une fête majestueuse. J’ai fini par baisser ma fenêtre pour le saluer. Il m’a fait signe de descendre. Là non plus, je n’étais pas rassurée, il n’était pas très avenant et surtout il parlait aux ours. Le truc de dingue. Bref, je sors de la voiture et c’est là, que les petits oursons courent vers moi et me font une fête de tous les diables. J’ai pu les toucher, les câliner, jouer avec eux. Ce monsieur m’a expliqué être éleveur d’ours depuis des générations. Il les récupère dans la forêt quand ils sont blessés ou en danger et les remet à leur place quand ils vont mieux. La, la maman était blessée à une patte quand il l’a rencontrée, endormie et ramenée à sa ferme. Elle a mis ses petits au monde là-bas, et il attend qu’ils grandissent un peu pour les renvoyer.

Voilà pour la fin de ce périple, c’était juste un grand moment. Je prends l’avion demain matin, on se voit très vite. Je t’aime.

Nathou C


Salut Léonard,

Ce mail va te surprendre, moi qui ne m’épanche jamais sur ma vie privée !
Je suis en Italie, dans les Dolomites. Escapade sportive entre alpages verdoyants, pics
acérés et villages pittoresques. Grandiose !

Voilà… Hier en randonnée dans la région de Sporminore, j’ai rencontré un ours brun. On était un groupe de cinq mais je m’étais un peu éloigné pour photographier des gentianes bleues.
Imagine la situation. Je suis à genoux sur le sol, l’œil fixé dans mon objectif. J’entends comme un bruissement de feuilles. Je n’y prête pas attention sauf que le bruit se rapproche et que des pas lourds me font me lever et me retourner. Les autres randonneurs sont déjà loin. A quelques mètres de moi, il est là. Majestueux. Je remarque qu’il a une fourrure épaisse et de petites oreilles arrondies. Il me regarde mais ne bouge pas. Je n’ai pas peur car j’ai toujours espéré rencontrer un ours. Je suis ému et j’espère qu’il a compris que je ne suis pas un ennemi. Je marche lentement le long du sentier et il me suit. Les feuilles crissent sous ses lourdes pattes. Je lui parle. Mais est-ce bien raisonnable ? Il pousse un léger grognement comme pour répondre à mes paroles. Il ne me menace pas. Il ne court pas. Il ne grogne plus. Il avance, tranquille, balançant sa lourde masse brune. Seul avec cet animal puissant, je me sens tout petit.
Quelques minutes passent et les craquements de branches sèches cessent. Je me retourne et je vois le bel animal qui s’éloigne sur un sentier pentu. Il s’en va, paisible, me laissant dans un état de solitude extrême. Chacun son chemin ! Je suis triste et perdu au point d’oublier de le photographier.

Et si c’était par respect pour l’ours que mon appareil photo est resté dans le sac ? Préserver son image et son intégrité ? Le laisser libre. Entièrement…

Tu crois que je bluffe ou que j’ai rêvé ? Non. Mais je suis encore bouleversé par cette rencontre et je voulais partager avec toi ce moment inoubliable.

A la semaine prochaine.

Ulysse.

Violette Chabi


Je l’avais perdu de vue !
Puis, un jour, vidant des placards,
Avec ma poupée je l’ai retrouvé !
Sur mon coeur je l’ai serré avec bien des égards.

La petite fille en moi qui sommeille
Et la femme que je suis aujourd’hui,
se fondent toutes deux dans l’euphorie
De ce doux passé qui se réveille.

Les marques du temps, elles n’ont pas vues.
Les poils rares au toucher moins doux,
Les yeux au regard un peu flou,
Ils ont gardé un petit air moqueur
Qui exercent toujours leur pouvoir enjôleur.
De tendres souvenirs leurs sont rendus.

Ce lointain cadeau de ma naissance
Ne retournera pas dans le silence
D’un carton obstinément fermé.
Un ours, même en peluche, a besoin de liberté !

Dans ma chambre il trônera,
Plus jamais on se séparera.

Françoise Charton


Namasté ma belle, 

Je voudrais te reparler d’expériences et choix de vies.
Je suis en train de lire une drôle d’aventure sur un ours... un grizzli d’une taille impressionnante chassé par un groupe de chasseurs dans un pays exotique qui ne dit pas son nom. 
Après plusieurs péripéties, Lior, une jeune femme avec une énergie presque viscérale, choisit de partir seule à la poursuite de cet animal mythique. Cela devient un parcours initiatique.
L’ours est futé, intelligent, il brouille sa piste, il connait les chemins dangereux, il évite les pentes du Kikhpinytch avec ses émanations de gaz toxiques, il marche dans la neige laissant délibérément ses traces, empreintes de pas énormes, il passe auprès des yourtes de nomades qui acceptent souvent de partager avec lui un peu de nourriture. 
Il court, il guette le jour qui tombe, il prend de l’avance. Il a faim mais il n’a pas le temps de s’arrêter pour guetter les saumons. 
Il amène sa poursuivante là où il veut. Elle le sait, elle l’a bien compris... 
Jusqu’à la confrontation...
Il ne la tuera pas, il va courir vers elle, dans sa gorge un grognement énorme, l’ours est au galop, six cent kilos à soixante kilomètre heure,
Elle n’aura pas le temps de tirer... il tombera de tout son poids sur son corps frêle, la laissant exsangue mais encore en vie.
Lior est restée dans le coma plus d’une semaine, hôpital de Moscou puis de Paris. Elle se réveille et se considère comme chanceuse voire immortelle. Elle raccrochera le fusil pour le reste de sa vie. Elle va entreprendre un autre parcours initiatique sa vie d’avant.. Au Népal avant son adoption.
Alors, tu vois ma petite chérie comme je te le disais l’autre jour, notre existence peut prendre diverses tournures, parfois tout à fait opposées les unes des autres.

Je t’embrasse et te dis 

A bientôt 

Mary 

Rosemarie Chazay, inspirée par le livre Animal de Sandrine Collette


Je crois Anna que tu ne peux imaginer l’immense terreur que j’ai ressentie.
Je me revois courant sur la banquise, le corps transpercé d’une bise glaciale.
Je m’étais éloignée du camp de base. Un épais brouillard m’avait peu à peu enveloppée d’une chape grisâtre, prison brumeuse dont je ne pouvais plus m’échapper. Je ne voyais rien. J’étais perdue. J’allais mourir seule dans ce désert de glace. Puis j’ai perçu un mouvement, une forme qui animait les voiles de brume qui m’entouraient. Lueur d’espoir...
Mais bientôt la figure fantômatique a pris corps et s’est dressée tout près de moi. Quel était ce monstre, ce géant énorme qui dansait d’un pied sur l’autre tout en secouant les nappes de brouillard pour les faire disparaître. Il était là planté en face de moi. Enorme. Monstrueusement énorme. Masse de muscles couverte d’une magnifique fourrure blanche. L’ours polaire debout sur ses pattes postérieures me fixait de son regard noir. J’étais tétanisée, pétrifiée. Statue de marbre dans un décor glacé. Soudain il écarta ses puissants bras velus d’où émergèrent de longs doigts griffus. Je poussai un hurlement et j’émergeai de cet horrible cauchemar le corps tremblant sous ma couette couleur de neige.
La veille j’avais regardé un reportage sur la disparition progressive de cette espèce en raison du réchauffement climatique.

Evelyne Creux


Betty,

Quand je t’ai dit avant de partir que je t’écrirai une lettre, j’étais loin de m’imaginer que ce serait pour te raconter une chose pareille.

Je ne sais même pas par où commencer, tellement c’est invraisemblable et extraordinaire d’avoir vécu ça. Moi qui craignais de m’ennuyer en venant me perdre au fin fond de la montagne… Je t’entends déjà me dire « Je te l’avais bien dit » ! Mais un ours ? Tu te doutais, toi, que j’allais rencontrer un ours ?

Je me suis créé une agréable petite routine, qui consiste à me lever aux aurores et, après un léger petit-déjeuner, à partir me balader dans les environs. Ce matin j’étais particulièrement en forme, alors j’ai décidé de pousser un peu et de prendre la bifurcation pour le sommet. La première montée était un peu rude pour moi, donc je me suis accordé une pause dès que j’ai retrouvé le plat. Il y avait un tronc d’arbre au sol, parfait pour m’asseoir et souffler un peu. J’ai donc soufflé un peu.

Je ne sais plus bien à quel moment je l’ai aperçu, si c’est après avoir cligné des paupières ou relevé la tête, toujours est-il qu’il était là, à une vingtaine de mètres de moi. Une grande bête poilue que, jusque-là, je n’avais vu qu’à la télévision ou en photo. Il aurait peut-être fallu que j’aie peur, pourtant j’ai ressenti un immense attendrissement, le même que j’ai ressenti en voyant une marmotte pour la première fois, ou une maman canard guider ses petits canetons sur le lac. Je l’ai trouvé beau et majestueux, cet ours. Je n’ai pas détourné mon regard, pour en profiter le plus longtemps possible.

Et j’ai compris ce que tu voulais dire quand tu m’assurais que ce séjour me changerait les idées.

Merci.

Je t’embrasse fort,

Ton amie émerveillée

Chloé Dorge


Ma chère Sofia,

J’espère que tu vas bien et que tes vacances sont aussi exceptionnelles que les miennes.

Moi, il m’est arrivé une histoire hallucinante :

Je suis partie en vacances dans les Pyrénées, il y avait de la neige mais je ne voulais pas skier. Alors avec Maman, nous sommes parties en randonnée dans la forêt. Après avoir marché le long de la rivière, j’ai vu une grotte, elle était recouverte de neige et j’ai décidé de l’explorer…

En entrant, je n’entendais plus le vent, il faisait aussi moins froid et mon regard parcourait les parois griffées et le sol humide… C’est là que j’ai vu des empreintes bien plus grandes que mes pieds ! Cela ressemblait vraiment aux empreintes d’un ours et j’ai pensé qu’il valait mieux rebrousser chemin…

Malheureusement, à ce moment même, un grognement s’est fait entendre depuis le fond de la grotte. J’ai regardé dans la direction du bruit et j’ai vu une grosse ombre brune avancer lentement vers moi… Je me suis figée, mes yeux se sont écarquillés, mon cœur battait si fort, mes jambes se sont mises à trembler et c’est là que j’ai lâché mon doudou.

L’ours énorme s’est approché de moi et a commencé à renifler mes cheveux puis lécher mon bonnet. J’ai arrêté de respirer… Je n’osais plus rien faire de peur de l’énerver. Et d’un coup, il s’est intéressé à mon doudou, l’a poussé gentiment avec une patte, puis l’a senti, l’a poussé un peu plus fort, puis s’est mis à sautiller et même à se rouler par terre… C’est là que j’ai compris que c’était un ourson et qu’il voulait simplement jouer avec mon panda en peluche.

Maman est arrivée, elle m’a serré dans ses bras, nous avons contemplé un court instant cet ourson jouer avec mon panda puis nous sommes rentrées et depuis ce jour, puisque je n’ai plus de doudou, je ne suce plus mon pouce !

Mélodie, ta sœur de cœur.

Co-écriture mère-fille : Virginie et Mélodie (6 ans et demi) E.


Annie,

Le croiras-tu ?! Ma plume en tremble encore d’émotion ! Toi, l’aventurière et la randonneuse chevronnée, il faut que je te raconte ! Hier, armée de mes brodequins, mon sac à dos et mon courage, j’étais résolue à gravir les sentiers de pierres et de roche, à endurer ma souffrance, pour me dépasser et éprouver la fière sensation d’atteindre mon but. Je n’imaginais pas éprouver la stupéfaction ! Parcourant mon ascension à travers une forêt dense, je plongeais dans une fraîcheur et une semi obscurité bienvenues, m’abritant d’une chaleur harassante. Intriguée par un mouvement étrange dans les feuillages au loin, subitement je l’ai vu ! Incrédule, j’ai cru que mon esprit et la fatigue me jouaient un tour. Pourtant je ne rêvais pas, c’était bien la silhouette lourde et pataude d’un ours que je surprenais. Drôle de sensation si tu savais ! J’étais à la fois pétrifiée et subjuguée. Ne pas bouger, ne pas se faire repérer, ne pas « instagrammer », le danger était bien là ….ou prendre les jambes à mon cou ! Et en même temps, quelle beauté cette créature ! Dans sa robe brune, la bête se déplaçait d’une démarche tranquille et puissante, glanant çà et là quelques baies et racines, et déclenchait en moi une frayeur immense autant qu’une folle admiration. Heureusement, nos trajectoires ne se sont pas rejointes, je l’ai regardé s’éloigner sans me deviner (ouf !) et me laisser perplexe et ébahie. Pas de mots assez forts pour te décrire cet instant éphémère, comme une illusion. Comme tu le sais, je suis très familière des oursons de comptines que je fredonne et mime aux bambins, ne trouves-tu pas la situation cocasse ?! Toujours est-il que cet imprévu a bouleversé mon âme et mes plans, je n’ai pas hésité à rebrousser chemin et renoncer à mon ascension, je l’ai troquée pour un extraordinaire rendez-vous avec le roi de la forêt !

Myriam Finot


Mon cher ami Baloo,

Il faut que je te raconte ma dernière rencontre,
Au détour d’un chemin dans le calme de la forêt,
Un cri surprenant, inquiétant,
Un grognement effrayant,
Une masse puissante qui avance sur quatre pattes,
Une montagne de fourrure qui se déploie,
Enorme, immense sur deux pattes,
Et deux petits yeux perçants, tout là-haut, là-haut,
Un ours me défie.
Tétanisée, clouée au sol, je tremble,
Je ferme les yeux… et je te vois Baloo,
Vieux sage, dansant, chantant, souriant,
« Il en faut peu pour être heureux,
Quelques rayons de miel et de soleil
Prenez la vie du bon côté
Riez, sautez, dansez, chantez »
J’ouvre les yeux, l’ours est parti, le calme est revenu.
A bientôt de nouvelles émotions, mon ami Baloo.

Denise Friboulet


Chère Nastassja Martin,

J’ai lu votre livre "Croire aux Fauves", votre rencontre, vous, anthropologue, avec un ours en Sibérie, enfin, votre attaque par un ours, et j’ai été bouleversée.

Mes rencontres avec un ours sont très modestes :

- Une carte tirée un jour, à la recherche de mon animal totem : l’ours !!!!!"
"Pouvoir, Sagesse, Rêves et Visions"...
Ah !

"Sa nourriture est composée surtout de baies, il a enseigné aux hommes les plantes... Et son hibernation est la période où il a des rêves et des visions..."
Super ! J’adhère illico : j’aime prendre soin des Autres, et la nuit me porte conseil !

Je n’en reste pas là.

Je réalise que de nombreux lieux sont dédiés à l’ours : Orcival, Orcières, Berne ( bern, l’ours en allemand), Berlin, un prénom : Ursula...
Et puis tous ces nounours protecteurs de nos petits.....

- Autre rencontre : en visitant en Ardèche une exposition sur les découvertes dans la Grotte Chauvet.
Magnifiques peintures rupestres, et, en fin de parcours, une dernière salle. Au milieu : un socle en pierre ; dessus : un crâne d’ours !
Emotion intense.
Au delà des siècles, une certitude : un Clan de l’Ours a déposé ce crâne.
Cette sensation puissante parfois de femme ayant vécu au Néolithique est-elle inscrite dans mes cellules, dans mes rêves, dans mon histoire ?
Peu importe. Là, dans cette grotte, j’ appartiens au Clan de l’Ours.

Nastassya Martin (tiens : l’ours Martin...), MERCI de votre modestie. Vous acceptez de dire que quelque chose résonne en vous, que quelque chose d’invisible pousse nos vies vers l’inattendu. Vous parlez du" fond animiste des humains".
Pour les Indiens, l’ours ressemble à l’homme parce qu’il peut se tenir debout.
Vous affirmez plus encore :
"Mon ours a vu dans mes yeux sa part d’humanité".
Vous nous parlez d’un face à face archétypal et de sa conséquence :
"Un ours et une femme se rencontrent, et les frontières entre les deux mondes implosent".
Oui, c’est le temps du mythe qui rejoint la réalité, le rêve qui rejoint l’incarné.

Merci.

Odile Germain


Envie de douceur

Il parle avec son nounours.
Il a vu passer des fées en chemise,
Dans les prés.
Il faut qu’il le lui dise
Qu’elles étaient jolies,
Toutes blanches et qu’elles dansaient.
Elles riaient, elles étaient si légères.
Elles sont passées trop vite, pressées
Et elles ont disparu comme un mystère.
Mais il se console, lui il a son ami,
Son ours Jojo,
Il ne le quitte jamais.
Ils dorment ensemble, et quelquefois la nuit
Quand il se réveille, il est là qui le rassure.
Il est calme, doux, avec sa belle fourrure.
Il ne crie pas, il murmure
D’une voix grave et claire.
C’est son ami. Il ne le quitte jamais.
Il lui dit, tout
Et Jojo, l’écoute.
Il a vu passer des fées en chemise,
Et hier, c’était des nains de la forêt
Qui lui parlaient.
Ils lui ont dit des secrets et qu’il fallait les taire
Ne les avouer qu’à Jojo.
Ils allaient au boulot, sous la terre
Et Blanche neige, les attendrait,
Ce soir, dans leur maison.
Jojo, lui a répondu que c’était bien,
Mais qu’il fallait rentrer.
Lui aussi, il avait sa fée de maman,
Qui derrière la fenêtre, le surveillait
Et l’attendait impatiemment."

Alain Graz 


Bonjour Arnaud !

Comment vas-tu ? Tu dois être en haute montagne avec ton troupeau. Je suis en Ariège. Au retour, je passerai un peu de temps à ta cabane pour goûter le fromage d’estive.

Tiens-toi bien ! Sur le chemin de randonnée, pas très éloigné du village j’ai eu une surprise de taille : plus de deux mètres de hauteur : une ourse accompagnée de ses deux petits qui caracolaient derrière maman. Museau au ras des buissons elle dévorait plantes et larves. Soudain elle s’est mise debout, impressionnante, pour cueillir quelque nourriture sur les plus hautes branches d’un arbre. Je n’osais plus bouger. Elle s’est mise à renifler l’air à droite, à gauche avant de se laisser retomber au sol. Tétanisée j’ai retenu mon souffle sans pouvoir réagir. J’ai vu la gueule ouverte et entendu le puissant grognement. Volte-face et la fuite. J’ai vu ma perte, entendu sa course et les grognements derrière moi. Je dois mon salut au garde forestier qui s’engageait en 4/4 sur le chemin.

Le soir, je n’ai pu m’empêcher de penser au nounours de mon enfance, à winnie l’ourson qui fit la joie de mes enfants, à nounours dans Bonne nuit les petits qui nous souhaitait de jolis rêves et au cauchemar qui me guette peut être cette nuit !

Je t’embrasse

Edith Hénaf 

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L’OURS

Aujourd’hui je me balade en forêt par un temps magnifique quand j’entends le bruit d’une branche se briser mais un bruit sourd ce qui me fais penser que ce n’est pas une petite branche qui s’est cassée. Je continue de marcher non sans crainte quand soudain je vois sortir de la forêt un énorme ours brun. Il me regarde et se cabre sur ses pattes arrière. Alors je ne réfléchis pas et fais une erreur fatale, je me mets à courir. L’ours retombe sur ces pattes avant et charge. Je vois alors ma vie défiler devant mes yeux, mais l’ours s’arrête net et pousse un cri déchirant. Je me tourne vers lui et recule de quelques pas avant de m’apercevoir que le pauvre animal est coincé dans un piège de chasseur. Moi qui adore les animaux je ne peux pas le laisser dans cet état alors je m’approche à petits pas de lui pour essayer de le libérer. Il gronde, je me fige quelques instants et recommence à avancer quand il détourne les yeux. J’avais étudié ce genre de piège alors je n’ai pas de mal à le libérer mais ce que je n’ai pas pensé dans ma hâte de le libérer c’est de quelle façon il allait réagir une fois détaché. Le piège lâche après quelques instants et l’ours me regarde alors je réalise que je ne sais pas comment il allait réagir après tout il peut me manger ou pire me tuer pour le plaisir, mais non il me regarde sans bouger puis part. C’était pour moi une expérience à la fois terrifiante et inoubliable. 

Sarah Leguay

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Mulhouse
janvier 2021

Cher ami,

C’est avec une grande émotion teintée d’émerveillement que je vous annonce
l’exceptionnelle naissance du bébé de Yana notre femelle ours polaire.
C’est une petite boule de poils blancs de quelques centaines de grammes.
Comment imaginer que sa mère porte puissamment ses 300 kg ?

Vous connaissez, cher ami, mon engagement sans borne en tant que vétérinaire au parc zoologique, pour défendre cette espèce menacée.
Agressif ? Mauvais ? Prédateur ?...
L’ours polaire est avant tout menacé par la fonte inexorable de la banquise.
Les femelles affamées ont du mal à nourrir leurs petits, faute de territoire de chasse elles se replient vers des contrées habitées et sont traquées par l’homme.
Vous comme moi, nous savons qu’il est important qu’il y ait des ours polaires en liberté sur la banquise et qu’il faut poursuivre dans le Grand Nord les patrouilles anti-braconnage .

Cher ami, en tant que scientifique vous partagerez mon allégresse à la naissance en bonne santé de cet ourson polaire, véritable ambassadeur de la lutte contre le réchauffement climatique.

Bien à vous, 

Votre ami Théodore.

Armelle Leroy

Petit mot d’Armelle en aparté :
" Petit message pour Mr Colin Niel :
Suite à l’atelier n°1 pour lequel j’ai choisi intuitivement le titre " sur le ciel effondré" je suis allée voir, après avoir écrit mon texte, qui vous étiez.
 Première surprise : vos romans se déroulent en Guyane ; le parrain de mon mari était guyanais et sa marraine, a de fait, longtemps vécu et travaillé en Guyane ;
J’ai lu " les hamacs de carton " avec plaisir. Oh ! Deuxième surprise !
Page 80 vous évoquez Dunkerque et Grande Synthe. J’habite Dunkerque et je travaille à Grande Synthe !

Il n’y a pas de hasard ... Je vais poursuivre mon aventure en Guyane avec le tome suivant "


A toi mon vieil ami,

De retour à Escots, j’ai retrouvé mes marques dans ce hameau chargé de tant de souvenirs. Hier mon âme, comme le ciel, s’est teintée de gris. La nuit venant, le sommeil s’est invité tardivement. Léger, son voile s’est levé rapidement. Assise les yeux grands ouverts, j’ai perçu une lueur à travers les volets. En les ouvrant, imposante dans cette immensité la lune pleine semblait me regarder. Tout était silence, rien entre elle et moi.

Comme un remède à la mélancolie du jour et mue par une pulsion vitale je me suis vite préparée. J’ai emprunté le chemin qui longe ta maison. L’eau coulant du lavoir a salué mon passage. Le phare céleste éclairait mes pas sur le sentier pierreux. Je marchais d’une énergie inconnue. Il y avait comme une urgence à aller là-haut.

Arrivée au col, essoufflée, je me suis assise, face au flanc de la montagne. Attention posée sur ma respiration, j’ai fixé mon regard sur la ligne des arbres à l’autre bout. Et là, sans aucun bruit annonçant son apparition, dans un rayon de lune je l’ai vu sortir du couvert forestier. L’ours.
Silhouette imposante, il roulait des épaules dans une marche lente. Le souffle coupé, les yeux écarquillés, j’ai failli crier. Il s’est arrêté, a levé la tête humant l’air. M’avait-il sentie ? J’étais pétrifiée et submergée par un flot d’émotions. Pourtant au bout de quelques instants j’étais remplie de sérénité. Il était chez lui, se présentait sur la scène sans hésitation. Tout était silence, rien entre lui et moi. Cette apparition s’enveloppait de mystère. L’urgence était là. J’étais donc venue pour lui. Il a repris sa marche lente me laissant à mon émerveillement.

Sur le chemin du retour, me revint le récit de ta rencontre avec un ours dans le Manitoba. J’entends encore ton accent rocailleux Ariégeois. A travers cette aventure je t’ai retrouvé. La boucle est bouclée.

Mes pensées vont vers toi

Geneviève Nain


Ce matin, dans ma chambre j’ai eu une grosse frayeur. Là, devant moi, se trouvait une gigantesque ombre. Je me suis approchée et l’ombre a bougé… j’ai fait un bond de surprise. J’ai appelé maman. Elle s’est approchée et a aussi fait un bon. Là il y avait un squatteur. Mais pas un squatteur comme les autres c’était un ours ! Je me suis approchée prudemment. J’étais stupéfaite, l’ours était gros, marron et avait les pattes noires. Il a dit « bonjour » maman et moi sommes parties chercher papa. Lui aussi a eu peur mais l’ours nous a dit qu’il était l’ami de Norbert, mon ours en peluche et il nous a demandé où Norbert était. J’ai pointé mon lit du doigt et l’ours a dit merci. De retour dans la cuisine, j’ai dit que l’on avait de la chance parce que nous avions un ours brun à la maison mais à en juger par leur tête mes parents n’étaient pas d’accord du tout. Ils étaient effrayés, très très effrayés. Ils ont dit qu’ils allaient se souvenir de ça toute leurs vie et moi aussi d’ailleurs.

Chloé O. (10 ans)


J’habite dans un chalet. Ce matin, quand je me suis réveillée, j’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu un museau. C’était un ours blanc, une femelle plus précisément. Et il neigeait. J’ai appelé mes parents et je leur ai montré l’ourse. Mais elle était partie. Quand je suis allée dans la cuisine, elle était à la fenêtre et elle grattait avec ses griffes. Je ne sais pas ce qu’elle avait, peut être qu’elle avait faim. J’ai rappelé mes parents et cette fois-ci elle était restée !

Inès O. (6 ans et demi)


Sortie de route

Nous avions marché l’après-midi dans cette forêt somme toute banale de la région de Québec où nous passions nos vacances. Les panneaux qui mentionnaient des ours dans les parages avaient ce quelque chose d’improbable qui m’inquiétait un peu, quoi que je n’en laisse rien paraître. Nous n’étions pas tellement éloignés des habitations et j’essayais de me rassurer en me disant que l’apparition d’un ours relevait de l’hypothèse.
Pour autant, je n’étais pas insensible à l’excitation qui montait en moi. J’éprouvais un mélange étonnant, voire fascinant, de crainte et d’attente. Tout le temps de la balade, j’avais guetté les ombres mais je n’avais même pas aperçu la queue d’un oiseau, si banal fût-il.
Notre voiture garée sur un espace terreux nous attendait.
Au moment où je mis le contact et voulus tourner la clef, une masse passa, placide et imposante. Aucun intérêt pour notre présence. Elle avançait, tout simplement. Elle ne fit rien de ce que j’imaginais : elle ne se tourna pas vers nous, ne poussa aucun grognement, ne défonça pas la carrosserie.
J’étais tétanisée, mais aussi déconcertée. L’animal que j’avais convoité ne répondait à aucun des critères de choix. Juste, il passait. Imposant le respect sans aucun effort.
Il disparut comme il était venu.

Véronique Pédréro


Salut Léna

J’espère que tu vas bien.
Samedi dernier j’ai fêté mon anniversaire. J’ai 6 ans !
Après le goûter, mon papa m’a dit : "Viens, on t’emmène à la chasse à l’ours".
On est parti à la fête foraine. Il neigeait, j’avais mon anorak blanc, pour chasser l’ours c’est mieux.
Au stand de tir, je l’ai vu, tout au fond. Il était si grand, si beau, il me regardait avec tant de gentillesse, j’avais l’impression qu’il m’attendait là depuis toujours.
J’ai tiré une seule balle, en plein coeur.
Je suis repartie avec lui.
La nuit, je dors dans ses bras, il me protège de tout.
Je l’ai appelé Amour.

On se revoit à la rentrée.
Clara.

Eric Protin


Ami,

Je me dois de te présenter des excuses. Au nom de l’humanité tout entière.
Qu’a-t-on fait de ta vie ? Le compte à rebours poursuit sa course, inexorable.
J’ai croisé ton chemin. Véritable choc. Vision vertigineuse.
Blancheur encore vierge, immaculée, éblouissante.
Boule aux yeux rieurs, aux galipettes drôlissimes, à l’insouciance déconcertante.
Douceur infinie d’une fourrure épaisse que le moindre vent ondule.
Qu’a-t-on fait de ta vie, toi l’acrobate irrésistible qui lutte, acharné, pour gagner la banquise ?
De moins en moins de plages glacées pour avancer, de moins en moins d’icebergs pour reprendre ton souffle... de moins en moins de banquise. Sublime petit ourson blanc !
Ta peau est encore volée pour nos manteaux, elle s’affiche sur les murs de nos salons, s’étale sous nos pieds en guise de tapis.
Je demande pardon, à toi et à tes petits copains de couleur.
Ton image est utilisée pour des besoins mercantiles ou politiques. Je te vois partout.
Je te vois dans nos berceaux où l’on te veut objet transitionnel, sucé, sali, usé, adoré.
Je te vois même sur les plages, déguisements plastiques démesurés made in China qui distribuent des flyers aux enfants...
Que deviendras-tu ? Ne tolère aucune excuse.

Aurore

Geneviève Protin


Dear Teddy Bear

Je t’ai rencontré sur mes terres de légende personnelle, Finistère ou Fin de la terre, un jour béni des Dieux. Quand mon petit minois est apparu, j’ai saisi tout le sens du prénom dont la signification est « prince des ours ». Plus que phénoménalement et atavique ment, comme tous les Etres Humains, n’ai-je pas hérité alors, de cet intrigant cerveau « mammalien » : instinct protecteur de ma progéniture, gare aux téméraires qui d’aventure, toucheraient mes petits protégés au sens propre comme figuré !! Néanmoins, dotée d’un cerveau « néocortex » cette instinctivité et intuitivité s’autorégulent !!

Ma rencontre avec ta psychologie animale ou tes cellules animales a créé un boumerang : la particularité d’être sous l’emprise instinctive de deux facettes en parfaite opposition. Même si le fait d’être dans ces heures sombres, un ours mal léché, un caractère bien trempé, « kungfu panda », difficilement accessible, dans ces meilleurs jours, le tendre doudou, j’ai nommé, Caramiel, émerge. Dans l’intimité des proches, un véritable « Winnie l’ourson » surgit, intensément attachant, irrésistiblement adorable, aux petits soins de son entourage !!

Mon petit bouddha, entouré de tes bambous, dans cette dualité, ces extrêmes, jusqu’où « bouddhiste » es-tu ? As-tu remarqué combien il est fondamental pour toi, donc pour moi, de « prendre refuge » l’hiver, de reconstituer tes forces dans ta tanière, afin de renaître dans ta puissance physique impressionnante, par ta taille et ton poids ? Qui pourrait oser vouloir te défier quand on sait que tu peux courir à plus de 60km/h... excusez-moi du peu, je n’y suis pas encore dans le Guinness des records à ce sujet.

Signature d’un plantigrade, Armelle (prénom breton ARTHMAEL), « Princesse des ourses », de la famille des Ursidés herbivores

Armelle Rozec


Mal léché

Si tu avais vu cette grosse masse brune se lever sur ses pattes arrière et rugir en secouant la tête de droite à gauche, de l’écume jaillissant des babines, tu aurais été terrifié. Le sol soudain s’est mis à vibrer sous mes pieds, tel un tremblement de terre. Puis le moment juste après resta suspendu, silence.

L’occasion pour moi de plonger dans ses yeux quelques secondes, le temps de me noyer dans ce brun, couleur miel, et de faire ressurgir les souvenirs de notre enfance.

Tu te souviens de cet ours en peluche qui mesurait trente centimètres, et qui pour nous était un géant ? Nous l’avions appelé Teddy. Il était devenu notre meilleur ami. Nous l’amenions partout. Maman ne supportait plus de le voir assis à table, posé dans la salle de bains me regardant me brosser les dents, caché dans mon cartable.

Il t’accompagnait même dans les toilettes et je continuais de vous parler à travers la porte, j’en ris encore. Nous l’avions sauvé de la déchetterie lorsqu’il avait vieilli et que sa fourrure toute rappée ne servait plus que de décoration sur mon lit ; « un attrape-poussière » marmonnait notre mère. Sais-tu ce qu’il est devenu ? Me suis-je vu te demander. Je me suis alors souvenu que ses grands yeux n’étaient pas en plastique brillant, mais bien à un monstre de prés de deux cents kilos ; même si je n’ai jamais été douée pour estimer le poids de quoi que ce soit. Ma vie était en danger, j’ai senti une poussée d’adrénaline. Au lieu de me donner l’énergie nécessaire pour fuir, elle me cloua au sol. L’ours leva sa grosse patte et à l’instant où il allait m’arracher la tête, je me suis bêtement réveillée en sueur. Le réveil affichait trois heures.

Amandine Saadi


Cher hérisson,

Je ne t’ai jamais conté cette rencontre qui m’a tant marquée l’été dernier. A la faveur d’une envie, je t’en livre aujourd’hui un bref récit.

C’était une matinée d’août, étouffante. Contaminée au mal du siècle, seule au fin fond des Cévennes, je cuvais mon Covid. Chaque matin, le même rituel : une promenade au cours de laquelle je tentais de rééduquer la fonction caduque de mon nez. Cette fois-ci, j’arpentais un chemin différent car mes observations m’avaient conduites vers de singuliers excréments, parfaitement inodores malgré leur fraîcheur apparente. A leurs côtés, de magistrales empreintes ursines me menèrent à une grotte digne des contes de Perrault : des branchages assemblés dans un coin faisaient office de paillasse, au centre, une montagne de baies semblait constituer les provisions pour la semaine, un tronc d’arbre erodé figurait comme une entrée… Soudain, un crépitement de fougère suspendit mon inventaire. Je tournais la tête et vis deux yeux, noirs et perplexes. J’y lus de la curiosité, un soupçon de peur et une question : « Qui es-tu ? ».

A ce moment précis, j’ai senti dans mes chaires combien la vie recèle de possibles. Évidemment, je ne me sentais guère d’humeur à philosopher avec mon scrutateur ; j’ai donc détalé, cavalé avec autant de conviction que peu de vigueur. Depuis, chaque nuit d’insomnie, je me plais à imaginer ce dialogue qui n’a pas eu lieu. Et toi, qu’aurais-tu dit à l’ours ?

Myriam S.


Alma,

Les mots se bousculent dans ma tête, portés par d’insaisissables émotions. Tu sais combien je me languissais d’en voir un, encore tout émoustillée par le récit de Nastassja Martin. Non que je cherchasse (ce subjonctif imparfait me semble aussi étrange que ma rencontre avec Lui ) à affronter mon double, ce serait bien présomptueux de ma part, mais je voulais être confrontée à sa grandeur mythique, sa force insubmersible, je voulais offrir à son inexpugnabilité ma propre vulnérabilité.

Il n’en fut rien. Quand la masse étonnée a surgi devant moi (malgré les clochettes attachées à mon sac, tintant à ma seule ambivalence), mon cœur s’est emballé, mes jambes se sont liquéfiées et mon esprit en déroute a hurlé dans ma tête « sauve-toi ! ». N’avais-je pas lu cent fois les panneaux aux abords des parcs nationaux, « Gardez votre sang froid, parlez à l’ours, ne courez pas ! » ? Il m’a semblé que son pelage sombre s’était brusquement hérissé, que ses petits yeux noirs me fixaient férocement, qu’il bandait son imposante masse pour la lancer contre moi. Toujours figée par la peur, je lui opposais mon impuissance. Sa gueule s’est entrouverte et … il est parti ! Sans un bruit.

Je suis restée prostrée, exsangue. L’objet de mes fantasmes enfantins s’était ri de moi ! Mais le face à face avec Lui a nourri ma fascination. Alma, je ne veux plus détourner mon regard, je sais aujourd’hui ce qu’il me faut affronter.

Je reste.

Clara

Catherine Spinard


SOURCE DE DANGERS BÉNÉFIQUES

Plutôt que marcher jusqu’à l’esplanade, direct, j’ai le temps aujourd’hui, j’emprunte l’allée sur ma droite. Envie de découvertes. À peine une vingtaine de pas sur ce chemin, là, j’assiste à, une bagarre, lutte féroce, un combat inhumain. Comment intervenir, quelle attitude adopter. Un ours. Force furieuse en action. Debout, gueule ouverte. Crocs et dents dressés pour mordre. Coincé dans ses pattes animées de hargne, plaqué contre lui. Un homme tente de se dégager. Les griffes de la bête encastrées dans ses chairs nues, meurtries, écrasées. Situation inextricable. Une horreur. Passée la stupeur qu’impose cette scène. Je remarque, dans le cou de l’ours, proéminent, un manche de couteau qui en impose. Lame enfoncée jusqu’à la garde. Ce qui explique le cri bestial. L’homme, a une lanière en guise de ceinture, accrochée à celle-ci une corde qui étrangle, porte le cadavre d’un ourson. Au sol, devant pattes et pieds, sur un morceau d’écorce semble-il, écrits d’une main sûre, les mots : dénicheur d’oursons. Ce bronze d’Emmanuel Frémiet (1824–1910) surgit allée Brogniard. Au Jardin des plantes, à Paris, les sculptures, les bâtiments, des massifs et certains recoins proposent, à qui sait les débusquer, de ces aventures impossibles à connaître, impossibles à vivre. Un concentré de voyages imaginaires dans ce parc voué à la science, aux connaissances, à la nature. Univers lumineux entouré par la ville, des vies entières pour assimiler les trésors recelés là.

Teff dit Gégé


Une rencontre est née !

Cette lettre mon ami, pour te fait partager l’émerveillement d’une rencontre.
Hier matin à 2200 mètres d’altitude, ma tente posée au milieu des peintures rupestres de la valléedes merveilles, dans le parc du Mercantour, je me suis fait réveiller par le jour.
J’ai réalisé que j’avais dormi presque 10 h.
Dans mon duvet, j’ai regardé ma toile de tente verte et senti cette odeur si particulière du plastique chauffé par le soleil.
J’ai pris le zip, je l’ai remonté jusqu’en haut et reconnu le bruit familier de l’ouverture qui m’a rappelé mes étés lorsque j’étais tout petit, au bord du lac de Laffrey avec mes parents.
J’ai enfilé un gros pull en laine, je me suis fait un café, je l’ai bu en regardant l’herbe, les pierres, les insectes qui se trouvaient devant moi et où les rayons du soleil arrivaient de biais.
Tout était calme, silencieux, inhabité...
Et soudain, une rencontre est née, magique et invraisemblable, un ours gris clair, passant paisiblement à quelques pas de moi, s’arrêtant et levant son museau noir, pour humer mon odeur, ou celle du café, se posant sur son arrière train, et me regardant de ses yeux ronds.
Nous sommes tout proche, et aucun de nous ne veut fuir, il se passe un instant de silence, extrêmement paisible.
Le temps s’arrête dans une paix profonde. On attend quelque chose, peut être un message, il va passer par le corps et l’esprit, une étroite intimité...
Je sais que nous n’allons plus jamais nous revoir, que nous allons rompre cet instant que le hasard avait noué, mais je vais garder, au fond d’une vallée du Mercantour un beau matin, l’émerveillement d’une rencontre qui me fait aimer la vie comme elle est.

Richard Velasquez


Le miroir de l’ours

L’ours n’avait pas encore perçu la présence de l’homme, mais lui, l’homme, l’avait repéré un instant auparavant, dès qu’il était, l’ours, sorti de la forêt. Il, l’homme, n’avait aucun respect pour lui, l’ours. Fermé à toute émotion face à lui. Ni sa force, sa beauté, sa stupéfiante apparence humaine ne venaient troubler sa conviction qu’il fallait l’éradiquer, comme c’était déjà fait avec la peste et le choléra, et tant d’espèces nuisibles, y compris humaines, qui gênaient ceux qui, s’imaginant les maîtres incontestables, décidaient qui devait vivre ou mourir dans ces montagnes qu’ils considéraient comme exclusivement leurs.

L’homme sortit, lentement, son fusil de son étui, l’épaula et visa l’ours qui, dorénavant à découvert, se dirigeait, lentement, dans sa direction, celle de l’homme, en se dandinant. L’homme prenait son temps, laissait l’ours s’approcher, puis il bloqua sa respiration et s’apprêta à presser la détente. Mais tout à coup, l’ours s’arrêta et, humant l’air de tous côtés, se redressa ; il venait de repérer la présence de l’homme qui se redressa lui aussi… visa et tira.

L’ours, cependant, croisa le regard de l’homme durant cet instant infinitésimal, et l’homme celui de l’ours, et s’il sut qu’il allait mourir, l’ours, l’homme sut que cette mort était aussi l’annonce de la sienne.

L’homme c’était moi. Et je sais à présent que nous n’avons jamais été les maîtres des montagnes car, aujourd’hui, nos montagnes sont mortes comme les ours et tous les autres que nous y avons tués ou laissé mourir. Tout comme je sais inutile de griffonner ces quelques lignes car, dans nos montagnes, il n’est plus ni ours pour les lire ni hommes.

Juan Vila

Le festival en images

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Auteurs à l’honneur 2021

NIEL Colin

Ingénieur en environnement spécialisé dans la préservation de la biodiversité, (...)

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BRUNET Marion

Après des études de lettres, Marion Brunet travaille pendant plusieurs années (...)

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LECHERMEIER Philippe

En parallèle de ses études de lettres et d’histoire, Philippe Lechermeier (...)

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