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Les textes de l’Invitation à écrire n°16

Fiche de survie n° 11

L’atmosphère est devenue lourde et moite. J’ai le sentiment de manœuvrer sans la moindre aisance dans un bain de poisse épais et permanent, moi qui n’ai rien d’un poisson habitué aux eaux profondes et chargées d’ombres. D’ailleurs, je n’ai jamais été un nageur de première, loin s’en faut. J’ai toujours préféré marcher plutôt que m’ébrouer dans mer, piscine ou rivière. La terre, elle au moins, est tangible. Enfin, ... l’était. L’obscurité désormais quasi nocturne m’oppresse. Respirer devient de plus en plus difficile. Comme si une main de fer enserrait ma gorge et cherchait à m’étouffer à petits feux. Où est passé le jour et sa clarté bienfaitrice ? J’en arrive à ne plus savoir quelle heure il est : plus de soleil, plus de lune, plus d’étoiles. Rien que le néant constant. Et toujours ces coups de tonnerre comme si des titans injurieux heurtaient leurs cuirasses avec fracas, pour des combats d’un autre temps. Mes oreilles n’en peuvent plus. Et ça ne suffit pas que je pose mes mains pour les protéger de ces résonances infernales. Plutôt inutile. Ça ne sert qu’à m’occasionner des bourdonnements insupportables à l’arrière des tympans. Des sortes d’acouphènes qui m’éloignent de plus en plus de toute félicité, si ténue soit-elle. Oserais-je encore imaginer des lendemains, demain étant déjà si improbable ? Je voudrais tant que demain soit hier, ce temps d’avant où je coulais des jours heureux sans trop savoir qu’en faire. Si j’avais su ... , mais à quoi bon y penser encore ? Ça ne fait qu’accentuer mon désespoir et à me pousser plus vite vers le bord du gouffre sans fond dont je me rapproche inéluctablement.

Véronique Pédréro

Mémoire d’eau vive

Vois le bout de ta course qui file vers le grand large

Regarde les paysages, les collines, les châteaux, qui touchent ton rivage

Sens la caresse des pierres qui roulent dans ton lit

Goûte les frémissements du vent qui remontent ton fil

Touche villes et campagnes, sommeils et amours

Cherche ta voie, parmi les herbes en cheveux et les îles qui déroutent

Trouve enfin l’échappée vers l’horizon salé et cours !

Véronique Pédréro

La radio diffuse en boucle un message d’alerte météo informant l’arrivée de pluies diluviennes et de vents violents, Julien dont les parents sont en vacances , scrute à travers les vitres, le ciel noir zébré d’éclairs impressionnants. Le tonnerre gronde avec violence . L’atmosphère de la ville est apocalyptique. C’est le chaos, les vitrines implosent sous la force de la tornade, des appels au secours retentissent quand tout à coup un grand bruit, le toit de sa maison s’est envolé. Julien fuit sans se retourner vers la forêt, la peur l’étreint. Il a du mal à respirer mais il sait qu’il faut atteindre la colline avant que le fleuve ne déborde. L’eau commence à envahir les rues. Il pense que c’est la fin du monde.

Arrivé sur la colline, il aperçoit le torrent qui dévale la rue emportant tout sur son passage. Soudain il réalise qu’il vient de sauver sa vie mais qu’il est seul sans nourriture, sans eau, sans vêtements au milieu de nulle part. Il est trempé, il tremble. Il doit trouver de quoi s’abriter. Il s’enfonce de plus en plus dans la forêt en pataugeant dans la boue, les joues griffées par les branches. Il est à bout de souffle. il s’assied sur une pierre pour se reposer quand son regard est attiré par la brillance d’un objet au milieu d’un enchevêtrement de feuilles et de branches. Il s’approche prudemment et découvre une cuirasse et un bouclier tout rouillés posés à même le sol. Il se demande ce qu’ils peuvent faire là . Il n’a pas le temps de réfléchir, il prend le bouclier l’installe entre deux troncs d’arbres le fixe avec des lianes pour construire un abri pour se protéger.

La faim commence à le tenailler mais il n’a rien emporté seul un briquet et un lampe frontale qu’il retrouve dans ses poches. Il regarde autour de lui, récupère quelques noisettes, baies qu’il avale goulûment. Avec une feuille, il forme un entonnoir et boit l’eau de pluie. Il est apeuré par des bruits insolites, impressionnants qui résonnent dans le lointain . Les cris des oiseaux nocturnes le fait frissonner mais la fatigue prend le dessus et il s’endort.

Le lendemain, la pluie a cessé, un rayon de soleil lui caresse la joue une sorte de félicité l’enveloppe après une journée et nuit dignes d’un film d’épouvante. Tout semble avoir été détruit. Il allume avec peine un feu pour se réchauffer. Il entend le bruit d’une rivière et s’en approche. Il fabrique une flèche avec une branche pour pêcher car son estomac crie famine. Victoire, il a pu attraper un poisson qu’il s’empresse de faire griller, Quelques fruits termineront ce repas frugal quand un bruissement de feuille l’interpelle, il est sur ses gardes. Est-ce un animal sauvage ? Il n’en sait rien. Il se cache dans le buisson et à sa grande surprise voit apparaître une jeune fille un paquet de biscuit à la main qui semble désorientée. Doucement, il s’approche d’elle. Sur la défensive, elle recule. Il la rassure et lui propose de partager son repas frugal. Elle aussi a passé la nuit dans ce lieu inhospitalier pour éviter les pillards et la tempête. Ensemble ils analysent la situation et décident de redescendre vers la ville pour demander de l’aide. Le spectacle est désolant tout est détruit, Tout d’un coup un chien s’approche d’eux, la chance leur sourit ce sont des secouristes. Ils les prennent en charge. Il est urgent pour eux de rassurer leurs parents qui doivent être inquiets,

Ils se souviendront longtemps de ce jour cauchemardesque.

Sylvaine Beaumelle

Regarde. Tout est vide autour de nous. Tu crois être seule, mais je suis là avec toi. Je t’ai vue courir, nue, effrayée avec tous les autres. J’étais si grand. J’étais là depuis plus de mille ans. J’ai tout vu. Tu es revenue.

Vois. C’est tout ce qu’il reste de cet instant. Un désert calciné. Les ruines de toutes les vies. Tu es revenue. Tu as grandi. Muri forcément. Moi je suis là, à nouveau, tout petit devant toi, mais si plein de vie.

Sens. Cette odeur, que tu voudrais tant effacer, tu ne l’oublieras pas. Un jour, tu percevras celle des cerisiers en fleur, et tu souriras à nouveau. Un jour, je te protègerai, du soleil, de la pluie, des chagrins.

Touche. Ma peau est lisse. Les larmes sur elle ne font que glisser. Rien, aucune maladie, aucun prédateur ne peut m’écorcher. Sauf l’Homme et sa folie. J’ai résisté, je suis sorti de terre après tout ça, et je grandis avec toi.

Goûte. Je n’ai pas de fruit à t’offrir. J’ai la force. Je la puise pour toi dans cette terre, au plus profond. Embrasse-moi, et nourris-toi de cette envie de vie qui nous anime. Comme moi, tu es immortelle.

Cherche. Tu tiens entre tes doigts quelques écus d’or que tu as cueillis sur mes bras. Tu admire leur forme bilobée. Tu essaies de comprendre. Tu croirais deux visages qui se sont trouvés, un double qui ne fait qu’un, un seul qui se dédouble. Tu penses à Goethe.

Trouve. Tu es proche. Je savais que tu y arriverais quand j’ai vu cette photographie de toi. Tous y ont vu l’horreur. J’y ai vu une force de vie universelle, que tu symbolises. Ils ont dit que c’était moi, Ginkgo Biloba. Nous sommes uniques et à nous deux nous formons un tout.

Eric PROTIN

J’ai toujours été élégante, racée.

Vois à l’automne comme mes tons mordorés font de moi un véritable joyau.

Regarde autour de toi combien je suis unique. Éventail, et d’une telle beauté, mes formes, depuis si longtemps, inspirent les artistes. L’arbre qui me porte est tout à fait exceptionnel. Nous vivons en symbiose depuis 2000 ou 3000 ans.

Goûte moi avec délectation et partage ma puissance magique.

Sens le vent qui me frôle et me balance avec grâce.

Cherche et trouve qui je suis.

Touche au but avant qu’il ne soit désormais trop tard.

La folie destructrice des hommes.

Moi, la feuille adorée du Ginkgo Biloba, je disparais dans un cataclysme, emportant avec moi mon très vieil arbre, mon ami, et beaucoup d’hommes aussi. Enfouie, calcinée, irradiée, je vais me battre pour renaître au printemps prochain des décombres d’un monde en perdition.

Je garde l’espoir d’un renouveau où la Nature et l’Homme cohabiteraient durablement en parfaite harmonie.

Utopie ?

06 août 45 - Hiroshima

Geneviève PROTIN

L’étoile

Vois, je fus cette étoile échappée du cosmos

Résidus de poussières dispersés par le vent

Je chutais dans la mer, tournoyais en toupie

Qui perdait son aiguille pointée pile vers le nord

Moi qui servis jadis aux marins au long cours

Pour garder leur chemin

Dans ce monde ébréché qui captait mes faisceaux

Je me disais

Sens, démantibule tes bras, cherche, regarde et trouve

Que chercher, je savais

Le pôle aimanté, mais dans l’espace si grand ...

Touche alors !

Par le bout de mes longues dendrites

Je retrouverais traces anciennes

Si enfouies que peu se risquaient à les suivre

Quand j’atteignis le cœur des failles océaniques

Une voix résonna

Goûte aux perles de lune !

Je voyais le reflet de l’astre de la nuit

Les barreaux d’une échelle qui relient ciel et mer

Je dégustai les billes nacrées

Douces, fondantes dans leur écrin croquant

Je montai et touchai le nombril d’un trou noir

J’en léchai les bords aux saveurs chocolat

C’est alors que le miracle se produisit

À la dernière bouchée, je fus propulsée au centre du cratère

Je pensais disparaître

Je me mis à briller comme jamais

Lointain éclat de phare

Je retrouvais ma place, compas de l’univers

Véronique Pédréro

La goutte d’eau

Lors d’une balade en montagne, le bruissement de l’eau attire irrémédiablement le promeneur et je ne fais pas figure d’exception. Tremper ses mains dans l’eau fraiche qui dévale directement des sommets...quel bonheur ! Une goutte est plus tenace que les autres, elle s’accroche résolument à mes mains malgré mes tentatives pour l’en décrocher. Elle doit avoir besoin d’un point d’ancrage...

Si seulement elle pouvait s’exprimer librement, je suis certain qu’elle serait intarissable.

Malheureusement j’en suis réduit à essayer d’interpréter ce que je comprend comme un besoin de se poser lorsqu’elle n’a fait que voyager.

Regarde comme elle frémit entre mes mains ! Elle se souvient sans doute de la sensation glaçante d’avoir été si proche des autres, contenue dans un flocon, bien serrée.

Vois comme elle est irascible ! A n’en pas douter, elle s’est accrochée à la paire de ski d’un passant et s’est laissée guider jusqu’en bas des pistes.

Sens l’odeur de la terre dont elle fait partie intégrante ! Elle s’est glissée subrepticement dans une nappe phréatique, espérant bientôt rejoindre ses semblables à l’air libre.

Goûte son sel ! Il lui en reste de ses péripéties maritimes, côtoyant les poissons et les raies.

Non, décidément, je met au défi quiconque de prétendre qu’il a vécu plus intensément qu’une goutte d’eau...

Eden

- Dis Monsieur qu’est ce que tu fais ?

- Je travaille petite

- Mais ils sont où tes outils ?

- Je n’en ai qu’un, il est là

- Ah...tu fabriques quoi avec ta tête ?

- Des histoires

- Des histoires pour les enfants ?

- Oui mais aussi pour les grands

- Et c’est l’histoire de qui que tu fabriques ?

- De cet arbre

- Ils sont où tes sept arbres ?

- Non petite je parle de cet arbre qui est dans mon dos

- Ah…mais c’est quoi ton travail ?

- Je suis guide-conférencier

- Comme au musée ?

- Oui exactement

- Mais il est où ton musée ?

- Il est là dans mon dos

- Tu veux dire dans l’arbre ?

- Oui je suis un guide itinérant, je parcours les musées du monde entier et ma spécialité ce sont les arbres

- T’es bizarre Monsieur, on peut pas rentrer dans un arbre

- Bien sûr mais avec les arbres on peut partir en voyage

- T’es vraiment bizarre, un arbre ça bouge pas

- Tu te trompes petite, cet arbre est en voyage depuis plus de 2000 ans, tu imagines tout ce qu’il peut te raconter ?

- ……..

- Mets toi là, je vais te montrer. Le dos contre le tronc. Maintenant ferme les yeux. A chaque mot que je prononcerai tu verras une image. Prête ? Alors c’est parti ! Regarde… Vois… Touche… Sens… Goûte… Cherche…Trouve… maintenant ouvre les yeux… regarde moi ... et lis les mots que tu vois dans mes yeux

- T’es de plus en plus bizarre...tu me fais peur...pourquoi tu demandes ça ?

- Parce que les arbres ne racontent une histoire qu’à l’enfant qu’ils ont choisi pour devenir leur guide

- Tu parles trop compliqué Monsieur et Maman m’a dit de pas parler avec les inconnus

- Attends petite, ne t’en va pas, cela fait des années que je cherche mon remplaçant

Catherine Ernzen

La vigne

J’ai eu très peur tu sais quand ils sont arrivés avec leurs engins. Hélas comme j’avais raison ! Tout, ils ont tout détruit, sauf moi mais vois ce que je suis devenu ! Un objet de convoitise pour tous Regarde ce qu’ils ont fait de moi. Un trophée ! Que chacun veut installer dans son jardin. Nous étions nombreux, très nombreux. Nous étions heureux d’offrir nos fruits, mais c’était avant, avant qu’ils ne bâtissent ce lotissement. Mais qui se souvient de ce que nous étions ?
Tu t’arrêtes ! C’est donc que tu m’entends ? Alors touche mon cep, goûte mon grain. Peux-tu t’en délecter comme mon maître avant le faisait ? Toi de la ville, que connais-tu au raisin ? A sa beauté quand il murit ? A ce qu’il révèle quand on le presse ? En as-tu seulement déjà vu ? Sens comme aujourd’hui la terre est sans odeur ! Qu’ont-ils fait pour la rendre si sèche ? Auraient-ils oublié d’y mêler leur cœur ? Je t’en supplie, cherche mais surtout trouve pourquoi l’être humain a perdu tous ses sens. Accueille ma supplique ! Fais en sorte qu’elle ne s’envole pas dans le vent. Ecoute-moi, toi le futur, renonce à ton statut « d’homme-dieu » ! Fouille en toi, tu peux te réconcilier avec la voix de la Nature. Tu peux encore m’entendre, mais n’attends pas trop longtemps sinon ma voix s’envolera dans le vent. Prends la main que je te tends ! Ne fais pas de moi qu’un souvenir ! Dis à tous ceux qui t’entourent que je vis toujours et que je peux encore porter de beaux fruits. Sauve-toi et sauve-moi de toute cette folie. Toi et moi nous sommes liés, tu le sais puisque tu restes là à m’écouter ! Sauve-moi et sauve-toi, alerte le monde tant qu’il est encore temps ! Et rappelle à chacun de se souvenir qu’il y avait là une vigne, avant.

Marie France

Le figuier

Dans le jardin de notre maison en Provence, il y a un figuier. Rien de bien original me direz vous.

C’est un arbre du Sud qui aime la chaleur, le soleil et les terres arides. Cet arbre a inspiré les poètes, les peintres, les musiciens. Que du beau monde ! Mais notre figuier parle mais pas à n’importe qui. Il faut l’aimer. Alors il parle à voix basse, il murmure, il chuchote, il frissonne, il tremble parfois. Et moi je l’écoute.

Je suis très vieux et je pousse au fond du pré sur un sol craquelé. Mais je suis prudent et je connais bien la terre de cette région. Mes racines sont enfoncées très profond, pour que je puisse résister aux étés torrides. Mon tronc est noueux, tordu même et mes branches débordent de tous les côtés. Je m’étends sans aucune gêne. Je dirais que je suis très indépendant. Mes branches touchent le mur qui entoure la propriété. Un mur de vieilles pierres où l’été, lézards, orvets viennent gouter la fraîcheur des soirées trop chaudes. J’ai même vu une vipère un soir de grande chaleur. Je n’ai pas trop aimé sa tête d’hypocrite. Puis elle a disparu. Tant mieux ! Car mes propriétaires ont de petits enfants qui viennent parfois grimper dans mes branches et faire quelques acrobaties. J’aime bien les enfants. Ils sont gais. Ils crient et ils rient beaucoup. Je les regarde et le temps paraît moins long. Mais je ne suis jamais seul. J’ai mes amis les oiseaux. Il y a deux merles, un couple très amoureux. Je les vois se caresser le bec et ça me fait sourire. Oui je souris quand le vent secoue doucement mes branches. C’est une sensation indicible. Parfois un rouge-gorge vient sautiller de branches en branches et il chante juste avant le coucher du soleil.

Et je donne aussi d’excellentes figues à la saveur délicieuse. Comme mes branches débordent un peu sur le chemin, les passants s’arrêtent pour cueillir quelques-uns de mes fruits. Mais cela ne me dérange pas. Je suis trop chargé. Ainsi je me sens plus léger. Mes propriétaires eux cueillent mes fruits avec une grande délicatesse. Ils touchent à peine mes figues de peur de les meurtrir et ils les disposent dans un panier en osier. Elles sont d’une belle couleur violette. Et légèrement gonflées. J’entends mes propriétaires s’extasier. Ils trouvent mes figues moelleuses, sucrées. Et j’avoue que je suis fier mais je ne cherche qu’à faire plaisir.

Je suis un vieil arbre heureux !

Violette Chabi

Regarde ma silhouette tortueuse et noueuse se balancer et danser quand le Mistral me bouscule.

Vois mes reflets argentés briller sous le soleil brûlant et orner les versants provençaux.

Touche mon épiderme rugueux, crevassé et ridé par des centaines de saisons.

Sens l’arôme puissant des fruits que je cède à des mains agiles.

Goûte à la sève de ma genèse méditerranéenne et enivre-toi de son nectar doré.

Cherche le mystère de mon âme, ancré dans mes racines sinueuses et débordantes d’ardeur.

Trouve la noblesse de ma force dans les vergers caillouteux et arides.

Garde moi toujours ton estime, ton respect et ton admiration.

Myriam

 

Je suis l’arbre qui se prend pour un caillou

Je surplombe la vallée depuis des siècles

Ma mémoire est faite de saisons, de pluies, de tempêtes

Nul n’a jamais cueilli mes fruits.

Je suis arrimé à mes racines, longues, tortueuses,

et jamais personne ne m’a taillé, je suis brut, noueux et tourmenté.

Au loin je peux apercevoir quand le temps est clément des randonneurs,

je croise parfois leur regard mais personne ne s’attarde aussi haut.

Il me prend alors l’envie de rouler au fond de la vallée.

De poudre, d’acier, de calcaire je me voudrais roche, cailloux, cairn silencieux abritant des vœux et des pensées.

Mais me voilà perché dominant le temps qui passe avec solennité.

Mes feuilles poussent abritant mes rêves les plus fugaces, je me veux pierre morcelée par l’effet de l’eau, du gel et du vent ou fragment de roche qui se serai échappé de la montagne éclairée par les étoiles.

Ma cime dans le ciel touche le sacré, depuis peu, une route se dessine, j’entends des engins qui fracassent la terre, des humains construisent, grignote mon territoire,

me voilà menacé, inquiet.

Je suis l’arbre qui ne se rappelle pas quand il est né mais je regarde ma fin sans rien pouvoir changer.

Lola B.

Le festival en images

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Auteurs à l’honneur 2020

MANCEAU Edouard

Depuis toujours, Édouard Manceau aime par-dessus tout raconter et illustrer (...)

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Journaliste, écrivain et essayiste, Judith Perrignon nous offre le plaisir (...)

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Vincent Villeminot a d’abord été journaliste reporter diplômé de Sciences Po (...)

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