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Les textes de l’Invitation à écrire n°13

De toi à moi

 

De toi à moi

Moi je me sens toute chose

Parfois

Oui mais voilà

Tu n’es pas là

Même quand mes doigts te frôlent

Et je vois

Tu m’ignores

Tu r’gardes encore ta daube

J’ai peur

Que tu oublies

De revenir

Ici, de ton ailleurs

Pourtant ce serait si easy

Enlève tes loupes, jette cette soupe

Ce film rayé est dépassé

Laisse-moi la vie te dessiner

Si tu écoutes,

Le clapotis qui berce l’amour

Tu entendras

Ma voix brisée

Qui pleure ses doutes

N’aie donc pas peur

Prends ma main

Quitte ta nuit, rapproche-toi de moi

Dans l’eau du lac

Glissons ensemble

Goûtons l’instant qui offre

Des plaisirs pleins de confettis

Loin des esbroufes, des entourloupes

Je t’emmène dans mon pays

Pays de désirs, de folies

Véronique Pédréro

 

Et si…

 

Lac du Bourget, deux heures de l’après midi.

Je m’appelle Morane Florence, et j’ai 29 ans.

On entend que le léger clapotis de l’eau le long de la rive, et sous ce soleil voilé, le lac est d’humeur changeant, comme moi, depuis quelques temps, j’ai du vague à l’âme.

Un je ne sais quoi dans la tête, qui me met mal à l’aise.

La vie ne m’a pas épargnée, j’ai besoin d’une pause, d’avoir une réflexion sur ma propre existence.

Je m’interroge sur les croisées des chemins qui ont jalonnés ma vie.

Lorsque je vois ces chemins qui s’étirent, des souvenirs indélébiles, des traces de pas qui se languissent dans une playlist et qui ressurgissent lorsque l’on passe devant, en quelque sorte des points lumineux dans notre vie, jai envie de m’évaporer, de disparaître au détour d’un buisson, d’être diaphane.

En effet, ne serait-ce pas tentant de pouvoir (re)vivre chacune de ces routes pour savoir ce qui aurait pu nous arriver ?

Je vous pose ces questions, à vous lecteurs !

Hum ! Et si...On arrêtait le temps, un instant,

quel serait votre choix de chemin ?

Pour quelle vie ?

Comment savoir si l’on ne se trompe pas ?

Car chacun d’entre nous a dû, au cours de sa vie, faire Ce choix.

Souvent, on l’a oublié, mais parfois aussi, on s’en souvient à jamais car il a tout changé.

Et si...J’osais,

Et si...Vous osiez !

Richard Velasquez

 

Isabelle,

Comme tu le sais, je me sens toujours tel un intrus dans cette famille. Depuis que nous sommes arrivés en Corse, je passe mon temps à les prendre en photo. Capturer la joie de vivre de ma future épouse, la moiteur de son père au soleil, l’étincelle de joie dans les yeux de leur chien. Tu sais pertinemment que ce n’est pas la vie que je voulais. Je te voulais, toi.

Mais celui qui a les manettes de cette mascarade que nous appelons communément « vie » n’en a manifestement pas fini avec moi. Comme s’il n’était pas suffisant de m’avoir fait venir sous la contrainte, ma mère joue les entremetteuses et souhaite avancer la date du mariage. Si je n’étais qu’un vulgaire photographe professionnel, de passage dans leur vie pour une journée tout au plus et faisant simplement rôle de figurant, je crois que leurs manières me seraient plus supportables.

Mais l’acrimonie familiale a même déteint sur leur cabot !

Un chien est enclin à être gentil par nature. La sienne a été déformée par l’aigreur de ses propriétaires. Le vieux ne sait rien faire d’autre que regarder son écran de portable, sa femme est plus protectrice que la mienne et le frangin m’horripile par ses remarques acerbes à longueur de journées.

Je pense à toi chaque seconde, et l’autre sujet qui occupe mes pensées est cette ironie qui veut que notre amour soit impossible pour une raison aussi dérisoire. Tu sais pourquoi ma mère est comme elle est. C’est ma mère.

Avec plus d’amour que je me pensais capable d’en éprouver,

Vango.

Eden

 

Je l’ai laissée volontairement traîner sur la table de ce petit bistrot minable. Je veux parler de la photo - sans visage - avec ces ombres démesurées, décapitées, énigmatiques.

Je l’ai laissée volontairement traîner espérant recevoir en retour quelques indices, même fragiles, sur “ la disparue de l’étang de Leucate “.

Je me regarde, j’ai l’air d’un Bidochon tiré droit de la BD avec tous ces kilos en trop. A trente- neuf ans je compte quand même bien pouvoir les perdre. D’habitude je me trouve svelte, élégant… tombeur de dames. Mais, cette fois-ci, M ( c’est Maman ! ) m’a prié de me fondre dans la médiocrité des touristes estivaux. Et ce T-shirt ridicule ! Quelle réussite !

Elle m’a appelé James, un prénom prédestiné.

Brusquement, le code convenu entre Maman et moi apparaît sur l’écran de mon téléphone portable. C’est l’heure de la reconstitution officielle. Mais c’est aussi l’heure de se débarrasser de ces témoins gênants qui regardent de bien près, de trop près, l’eau si trouble...

A cet endroit l’étang est profond.

Maman me l’a dit.

Si je les élimine, elle me donnera une récompense. Un double zéro accroché à mon nom.

M n’aimait pas la disparue de l’étang.

Elle n’aime pas celles qui s’accrochent à mon bras.

Je crois que M veut me garder pour elle.

Pour elle seule.

Geneviève PROTIN

 

C’était juste avant.

Mon mec, là, c’est les poissons. Y peut pas regarder l’eau sans chercher les poissons. Moi j’aime pas l’poisson. Y sait, alors y les cherche, exprès. Y me l’a dit. Depuis, y me dit plus rien. J’m’en fiche.

C’est comme ma soeur-et-son-chien. Inséparables. J’crois qu’y dort dans son lit. Chouchou elle l’appelle, tu parles d’un nom ! Vous voyez comme elle s’accroche à son homme ? Faut qu’je vous dis que lui l’a toujours le nez fourré dans son portable. Moi j’sais pas comment ça marche, mais y dit qu’y s’fait plein d’amis avec. Alors ma soeur elle s’accroche. De dos, on se ressemble. Ses cheveux, elle a copié sur moi. L’a toujours copié. J’m’en fiche, toute façon. Sûr qu’y va la plaquer. Bien fait. Sur la photo z’ont l’air heureux.

Moi, docteur, j’vais partir loin. J’ai ma bouteille, la dernière que j’ai picolée, promis. Voyez, dedans y a toute ma vie, mes envies, mes regrets, mes rêves, mes cauchemars. L’en est pleine. Moi, suis toute vidée. C’est trop bien.

Tout ça, c’était avant.

Après, j’ai j’té la bouteille dans la mer.

Un jour j’aurai un ami, loin, très loin…

Un qui m’attend.

Eric PROTIN

 

Que cessent tes SMS !

 

La chanson commence par le refrain1 puis refrain 2

Refrain : 1 T’es là quand j’te parle ? Dis, t’es là ? T’es là avec moi ? Alors que tu ne cesses,

avec faiblesse, de regarder sur ton infâme portable tes innombrables essem……....s

2 Lève le nez plus loin que ton écran

Sens sur toi l’haleine fraîche du vent !

 

I) Et du coup, moi non plus, j’profite pas du paysage

J’te tends le bras sur le rivage, tente de te toucher

J’suis pas tranquille devant toute cette eau, tu le sais

C’est profond, ça bouge, dessous gisent les abysses du diable

Mes jambes dans le sol bien ancrées

Heureusement Youski me retient, Youski mon bon chien ! S’il te plaît, refrain 1

 

II) Les amis voulaient l’après-midi voir le lac d’Annecy

Blaise adore l’eau, tu nous as conduit jusqu’ici

« Jo, viens voir ! Regarde ! s’écrie soudain mon amie

Je m’appelle Joelle, j’aurai très bientôt trente-huit balais

Je viens de la plaine, dans la vallée

J’connais mal le milieu marin et les montagnes au loin ! Mais, refrain 2

 

III) Super , tu as fourré ton satané portable dans ta poche

Et t’as laissé en attente enfin les autres sous cloche

« Une bouteille à la mer ! » nous crions de concert !

Dedans, un numéro d’téléphone que tu te charges d’app’ler

Trop content ainsi d’être relié au monde entier

Encerclé d’amitié, sans vivre l’ présent néanmoins !….., Alors, dis-moi, refrain 1 et 2

Christiane Manin

 

Cher ami,

Je t’envoie ces quelques mots pour que tu puisses attraper au vol cet instant de ma vie. L’aventure commença dès lors que j’ai pu descendre de la voiture et fouler ainsi l’herbe fraiche, m’hydrater et me libérer de quelques grammes digérés. Une fois en laisse, je me laissais guider et arriva sous le pont ce qui annonçait le début des vacances ! Comme d’habitude, l’asphalte sous mes pattes révélait une chaleur étourdissante mais celle-ci s’évanouissait au niveau de mon buste grâce à l’air humide et quelque peu salé que mon museau attirait. Un léger vent effleurait mes poils, la respiration de l’eau me berçait et mille odeurs m’enivraient. La réaction de mes maîtres restant immuable d’une année sur l’autre, je pus profiter du spectacle : Capucine et Louis se penchèrent au-dessus du vide et déclamèrent haut et fort que la mer n’était pas une poubelle et qu’ils en avaient assez de constater l’accumulation des déchets ramenés par les vagues puis Anna rappela d’une voie douce à Marc de prévenir sa mère que nous étions arrivés. Et là, mon ami, la pensée de revoir cette femme réveilla en moi une joie intense. Ces retrouvailles promettaient des moments de pures gourmandises entre petits biscuits et croûtes de fromage, caresses à toute heure sur le ventre, entre les oreilles, sur les flancs, et séance de gratouilles si je lui faisais ma tête de « j’en veux encore » ! Un coussin moelleux et délicat aux motifs osseux m’était habituellement destiné pour mes longues heures de repos après ces magnifiques promenades sur un sol où les cailloux sont vraiment trop petits pour que je puisse les tenir dans ma gueule et les apporter à mes maîtres pour jouer. Mais je t’avoue que ce qui faisait pétiller mon cœur à cet instant était l’idée de revoir Polly, la chienne du voisin. Sa beauté et sa fougue lui donnaient un air de jeunesse éternelle auquel s’ajoutaient ses aboiements dignes d’une diva. J’étais déjà en train de fondre … Mais une heure plus tard, mon cœur se déchira quand nous arrivâmes sur le lieu de visite de notre hôte. Plus de maison, plus de voisin, plus de Polly. Sur le bord d’une allée, uniquement des dames et des messieurs âgés sentant soit le désinfectant soit l’eau de toilette trop forte. Et moi, attaché à un poteau, Capucine m’expliquant pendant de longues minutes qu’elle était désolée mais que les chiens n’étaient pas autorisés à rentrer dans une maison de retraite. Je dois t’avouer que ce début de séjour n’a pas la même saveur qu’autrefois mais j’espère que mes papilles s’adapteront aux goûts nouveaux. Et toi, quelles nouvelles ? Comment se passe ton séjour dans ce chenil ? La vie est-elle paisible ? Au plaisir de te lire. Bien à toi. Arnold.

Elisabeth Ravez

 

Ce 20 Juillet 2019, installée sur la terrasse d’un café à La Rochelle, ville que j’apprécie particulièrement, j’admire la tour Saint-Nicolas, la tour de la Chaîne, les deux édifices formant la porte d’entrée du Vieux Port appelées communément les deux tours. Je me délectais d’un bon sorbet au cassis quand une photo vient se poser sur mon cornet poussée par un coup de vent.

Contrariée, je l’enlève brusquement. Je l’observe, je vois qu’elle a été prise sur le port pas loin de l’endroit où je me trouve. Je lance un regard circulaire, aperçoit une femme d’environ une trentaine d’années regardant le sol avec fébrilité. Elle semble à la recherche d’un objet. Je l’interpelle et lui demande si ce cliché lui appartient. Sa réponse est positive, son visage s’éclaire d’un grand sourire. Je l’invite à boire un café, ce qu’elle accepte avec plaisir et après quelques minutes m’explique pourquoi ce souvenir est très important pour elle.

Il s’agit de mon frère cadet Wilfred FAYOLLE, son épouse et leur chien Bouboule me dit-elle.Il vient de se marier et a décidé de revenir dans sa ville natale avec son épouse américaine pour un pélérinage. Nous n’avions plus de contact depuis que nous avons été séparés et placés dans une famille d’accueil lors de la séparation de nos parents.

C’est mon ami, gérant de camping, en notant la réservation, intrigué par le nom, qui m’ a avertie de leur venue. Je n’ai pas hésité à m’y rendre pour les rencontrer. Pour Wilfred la surprise a été grande car il ignorait que j’habitais toujours cette ville. Il n’y a pas de mots pour décrire le bonheur intense que nous avons éprouvé à cet instant-là, c’était une renaissance, oublié les périodes sombres et tristes de l’enfance. C’est lors d’une promenade sur le quai que j’ai saisi mon objectif et fixé ce moment très précieux avec le sentiment d’irréalité que tout allait m’échapper et disparaître dans les flots. Après quelques jours à évoquer nos souvenirs d’enfance entre larmes et rires, ils sont repartis aux Etats Unis où ils demeurent depuis de nombreuses années. Nous nous sommes promis de rester en contact. J’espère me dit-elle que cela pourra continuer dans le futur et que je pourrai connaître mes neveux.

Je lui ai répondu qu’il fallait recréer ce lien qui avait été coupé, avec patience et une grande dose d’amour. Je lui souhaite un bonheur sans faille et je pars chercher mon fils au centre aéré. En hâte, nous échangeons nos numéros de téléphone avec la promesse d’un appel. Je cours car je suis en retard.

Je me dis que la vie m’a offert un formidable cadeau et l’accepte avec joie

Sylvaine Beaumelle

 

Une montagne au loin, un lac, une route.

Le soleil se lève, les ombres s’allongent,

Je suis Oscar, 2 ans, c’est moi le caniche sur la photo.

Ce matin, je suis secoué, c’est l’effervescence dans la maison,

Marie, ma maîtresse, Marc son copain,

Magalie et Matthieu leurs amis,

Tous les 5 entassés dans la petite auto nous partons… où ?

Je suis tout excité, une belle sortie s’annonce,

Quoique dans la voiture ce n’est pas la joie,

C’est plutôt le calme, voir la tristesse.

J’implore ma maîtresse, je lui fais les yeux doux,

Où allons-nous ? En pèlerinage !

La voiture ralentit, discussion…

C’est là, non, plus loin, non, plus prêt, plus à droite, plus à gauche

Enfin, le point précis est retrouvé.

Marie jette une couronne de fleurs dans le lac,

Je regarde les roses s’éloigner,

Mes yeux brillent, une larme, je fais le « gentil toutou ».

Je regarde Marie et les autres avec tendresse, la tête un peu penchée, un petit jappement

J’aimerai tant leur dire que je suis de tout cœur avec eux.

Une photo pour figer l’instant. Pour qui, pour quoi ?

Moi, le petit caniche je ne saurai jamais.

Denise

 

Etrange pouvoir que recèle une simple photographie. Surgie du fond d’un tiroir ou d’une malle oubliée dans un grenier, détentrice et geôlière d’une image pixélisée, née d’un coup d’œil et d’un « clic », elle a voyagé à travers les années, discrète et muette, préservant les détails d’un instant fixé sur la pellicule.

Précisément, ce cliché me ramène loin dans mon passé. Le temps s’est arrêté. Tout à coup je suis projetée au printemps 20….., enivrée par le charme d’un week-end de liberté, entourée de mes compagnons d’alors(amant, amis, et fidèle complice à 4 pattes), le regard posé sur l’horizon maritime. Ma main accrochée à son bras déclenche des émotions enfouies et des sentiments oubliés. Nos cinq silhouettes détournées de l’objectif, témoignent d’une nonchalance touristique et d’un abandon des obligations. Elles symbolisent aussi une existence et des relations révolues mais vécues sans regret.

Un morceau de mon histoire s’est imprimé sur une illustration de quelques centimètres carrés, délivrant fidèlement et immuablement chaque attitude, chaque geste, chaque profil, gravant éternellement le paysage et le décor. Pourtant, les sensations, les émois, les états d’âme ne sont pas divulgués, à peine suggérés et n’appartiennent qu’à mes pensées, qu’à ma photographie intime.

Alors, je vais soigneusement refermée cette parenthèse antérieure, dans un tiroir ou un grenier, pour sans doute la redécouvrir avec une mémoire plus âgée et plus usée, pour peut-être la raconter à mes enfants et leur livrer une facette méconnue de mon chemin personnel.

Etrange pouvoir que recèle une simple photographie…

Myriam

 

(Seb, 32 ans, envoie un SMS à sa mère, au bord du Lac du Bourget)

Maman, t’étonnes-pas, j’ai pas le temps de tout te raconter, alors

juste un SMS pour te dire de rassurer Hugo. Dis-lui que je l’aime.

S’il pouvait, il rajouterait plus de mots !

Je sais qu’avec toi il est rassuré… mais il ne doit rien comprendre. Qui

est sa maman ? Sandra, Katy, toi, la maîtresse ? … il sait que son

papa, c’est Seb, Seb ton fils à toi, celui qui te fait tourner en bourrique,

Seb celui qui te fait des cheveux blancs… mais Seb qui sera toujours

ton fils.

Aujourd’hui je suis avec Sonia. Tu ne la connais pas, je l’ai rencontrée

hier en boîte. J’étais avec mon pote Polo et sa copine Lola. Sonia c’est

la soeur de Lola. On est bien tous les quatre. On s’est pas quittés

depuis cette nuit. On a dormi (enfin pas beaucoup dormi) chez Polo. Il

fait beau alors on a décidé d’aller au bord du lac passer la journée.

Sonia a voulu emmener son chien. J’étais pas très chaud mais je me

suis dit, pour une fois, essaye de pas trop jouer les gros durs. Sonia,

elle me plaît et si ça marchait un peu plus longtemps que d’habitude,

Hugo serait certainement content de connaître le chien ! qui s’appelle

Boubou. T’as qu’à lui en parler. Comme ça, quand on viendra à la

maison, ce sera plus facile.

Et puis… si ça marche pas, si elle veut pas de moi, au diable les

gonzesses ! j’amènerai un petit chien pour Hugo. Et on l’appellera

Boubou.

Noëlle Roth

 

Les silences du lac

 

C’est encore l’été, un été de canicule quand le ciel est blanc de trop de chaleur. Pas de riants coteaux, pas de sombres sapins. Une blancheur languissante ! Moi Zoé, 25 ans, je suis sur une rive du Lac d’Aiguebelette. Blotti au pied de la montagne de l’Épine, ce lac est réputé pour la douceur de ses eaux. Je porte une affreuse robe à rayures. Mon chien a chaud et tire sur sa laisse.

Il cherche un peu d’ombre. Et moi, je m’accroche à la chemise de mon compagnon. Je ne suis pas rassurée. Le couple d’amis qui m’accompagne s’approche prudemment du bord et scrute l’eau pourtant calme. On ne se retourne même pas pour la photo. On est de dos. Mes yeux fixent les petites vagues aux reflets argentés. Je ne souris pas. Je suis figée comme pour résister à l’attrait de l’eau qui ondule doucement. Or une photo doit raconter une histoire sinon elle est mauvaise.

Alors pourquoi cette escapade sur les rives de ce lac savoyard ? Nous sommes en 2017. Depuis quelques semaines, les médias parlent de la disparition inquiétante d’une petite fille. Des sonars ont repris les recherches dans le lac. Des plongeurs sont descendus à des dizaines de mètres de profondeur. Le lac est très profond à certains endroits. Recherches vaines.

Ce sont les dernières informations ! Et je tremble comme tous les badauds qui comme moi sont venus voir… Mais voir quoi ? De l’eau ? Une menace semble peser sur ce lac réputé si tranquille. Il reste silencieux et de funestes pensées traversent mon esprit.

Violette Chabi

 

J’avais pas envie d’y aller. Les vacances à la mer j’en ai ras le pompon. Déjà qu’il fait super chaud et les autres là, fallait qu’ils s’arrêtent sur le seul bout de triangle au soleil. Mmmfrrr. J’ai plus 2 ans moi, terminé l’adolescence et la bronzette au soleil, maintenant qu’jsuis vieux, mes coussinets sont sensibles et j’ai besoin d’air frais.

En plus moi j’ai peur de l’eau. J’essaye de m’en aller discrètement mais elle tient bon.. elle m’aura pas lâché une seconde... doit en avoir une crampe aux doigts et en plus ben sa robe elle est moche, elle m’fait loucher.

Pis bon on va plus du tout dans la même direction, moi j’ai envie de gambader dans les bois à chasser les feuilles mortes et eux ils polluent en jetant des trucs dans l’eau et en passant leur temps sur leur boite qui vibre. Franchement j’ai honte..

Oh tient un copain ! Hé, moi c’est Bob et toi ?

Nymphéa PROTIN ALLAMAND

 

Km 33 sur ce lac d’Aiguebelette

C’est là que je me tiens et avec moi les miens

Je savais que je n’aimerais pas me retrouver ici

L’eau profondément noire me ramène à mes peurs

et je cherche en Julien un appui de la main

Et je serre sans savoir la laisse de mon chien.

Le choc est violent, encore présent en moi.

Ce petit bout de route, anodin et banal

a pris sans le vouloir une dimension tombale.

Le soleil qui éclaire ce petit bout de sol

et l’eau qui doucement clapote contre son mur

appellent à la vie, aux sourires, aux émois

Le soleil qui me brûle ne me réchauffe pas

Moi, Violette Mauzere, 25 ans à peine

serait à tout jamais cette triste orpheline

au coeur tout encombré, noyé avec sa mère.

Si Pauline s’approche c’est bien à reculons

Maintenant oui, là, en regardant le fonds

c’est ce que je voudrais, irrémédiablement

Aller à reculons.

Violaine

 

Je m’appelle Gérard Gronchon, j’ai 72 ans et je suis gardien du phare. M’est arrivé un drôle de truc hier. Mais je peux le raconter à personne sinon j’vais être pris pour un dingo. Alors, je l’écris, pour moi, juste pour moi, au cas où….. C’était hier. Je faisais ma ronde. Je passais sous le pont interdit à la circulation et voilà que je tombe sur une famille avec son chien. Au lieu de leur demander de fiche le camp, voilà que je me cache et j’observe. Ma main va dans ma poche, tire mon portable. Je prends une photo. Et vlan, j’me retrouve dans mon phare, pfft, comme ça, en un clin d’œil ! J’essaie de me souvenir…. Le chien ! Oui je vois le chien. Il se retourne, des éclairs partent de ses yeux gris acier et me plombent la poitrine… pis plus rien, j’suis dans le phare. J’ouvre mon portable. Je regarde la photo. Les gens sont là ! J’ai pas rêvé ! Pour conjurer le sort, je décide d’inventer une vie à l’homme en lui donnant un nom, mais….. d’un coup, ses jambes disparaissent ! Pis c’est au tour de son torse, pis lui tout entier ! Ne restent plus qu’les 3 femmes et le chien. Je sursaute ! Le chien me regarde ! Non c’est pas possible ! Alors je fais très attention aux 2 femmes près de l’eau et j’me dis qu’elles sont bien imprudentes et qu’elles risquent de tomber, quand, tout à coup elles s’mettent elles aussi à fiche le camp ! Quand je regarde la jeune fille qui tient le bras de son père (je suppose que c’est son père) elle me donne la chair de poule tellement je la sens triste ! Elle se retrouve toute seule la pauvrette sur la photo, mais voilà qu’elle aussi elle se tire ! C’est forcément une fuite. Ils ne veulent pas que je m’intéresse à eux, ils ont forcément des choses à cacher. Mais c’est bizarre, vu que le chien, lui, reste, sans ses maîtres. Et voilà-t-y pas que je le vois soudain grandir, grandir, grandir, sortir de la photo et il me fixe de son regard dur. J’ai les j’tons. Il m’arrache mon portable des mains, je reste scotché et….. me retrouve sous le pont. Personne, sauf mon portable et une laisse qui traîne. J’ai donc pas rêvé ! Mais qu’est ce qui m’est arrivé et qui étaient ces gens ? J’ouvre mon portable, la photo a disparu……

Marie-France

 

De la fenêtre de mon agence, un lampadaire clignotant me tient éveillé et accompagne les lumières sur les montagnes de l’autre côté de la baie. Posé sur mon bureau la bouteille de whisky sec m’aide à réfléchir. Assis en face à face mon client, Monsieur R., un vieux monsieur qui préfère garder l’anonymat, attend mon verdict, les mains sur les genoux, sous la seule ampoule vacillante de la pièce. Six mois d’enquête entre Nice et Paris. Mon client affirme que la famille sur la photo a repêché le fameux collier perdu du braquage de 1956. La discussion parait interminable, surtout lorsque son interlocuteur ne répond pas. Il laisse une enveloppe sur le bureau pour service rendu, puis se lève et qui la pièce 

En passant la porte de l’agence, monsieur R. se retourne et se met à philosopher.

« Les mystères et l’inconnu révèlent toute la potentialité du monde et l’infini de notre imagination. Retrouver ce collier revient à tuer un rêve et rêver est ma plus grande richesse »

C’est pas faux mon bon monsieur, mais les rêves ne nourrissent pas son homme.

François Levillon 

 

Coma …ou pas coma !

Bonjour Monsieur Mallet, comment allez-vous ce matin ? L’infirmière me dit cela en arborant un tout petit sourire. Je la regarde et lui réponds :

- Je me sens fatigué.

Dans le miroir qu’elle me tend, j’ai l’air encore hagard, hébété. Mon front est bleu, un pansement m’entoure la tête.

- Que s’est-t-il passé ? Je ne me souviens de rien.

- Ah ça, on peut dire que vous nous avez fait peur ! Les pompiers qui vous ont trouvé nous ont annoncé une perte de connaissance sur la voie publique avec attitude agitée et incohérente… Mais cela, c’était, il y a trois jours déjà. Avec ça, vous n’aviez aucun papier sur vous, si ce n’est une photo, que vous teniez serrée.

- Où ? dis-je d’une voix hésitante et encore éteinte.

- Vous voulez savoir où est la photo ?

- Non ! où m’a-t-on trouvé ? Les mots sortaient difficilement.

L’infirmière me sourit à nouveau avant d’ajouter :

- Je suis sûre que la photo va nous aider d’ailleurs elle est entre les mains de l’inspecteur chargé de l’enquête comme c’est la règle. Ne vous inquiétez de rien Monsieur Mallet, avec nous, vous êtes entre de bonnes mains.

J’écoutais cette dame qui semblait avoir tout fait pour que je recouvre santé et esprits. Dois-je lui dire que je ne m’appelle pas monsieur Mallet ? Oui.

- Je ne m’appelle pas Mallet, je suis M. Dufoix, Luc Dufoix, tentais-je d’une voix une peu plus affirmée.

- Reposez-vous, je préviens ma chef et l’inspecteur. Ils vous montreront la photo, c’est Mallet le nom qui y figure : famille Mallet. Me répond-elle.

Décidément, elle insiste. Des images me reviennent :

- Je me souviens maintenant, un homme me pousse, un autre m’arrache ma pochette. Je vois ma tête heurter une bite d’amarrage sur le port de plaisance, puis plus rien. Pour la photo, c’est celle que les copains ont prise pendant notre promenade le long du lac près du grand embarcadère. Oui, je suis effectivement dessus. Vous avez raison mais Mallet, c’est le nom des trois autres. Moi je suis Luc, Luc Dufoix. Nous avons ensuite pris un pot en terrasse, au soleil, et, quand ils sont partis, ils l’ont oubliée sur la table. C’est en voulant les rattraper que j’ai été agressé.

Reposez-vous M. Mallet, la cheffe ne va pas tarder ! Vous sortez de trois jours de coma. C’est à elle qu’il faut raconter tout ça, c’est elle qui est chargée de faire le lien avec la police !

Elle sort de la chambre en se lamentant à haute voix « si ce n’est pas malheureux d’inventer des histoires ! Tout ça pour un coma éthylique qui s’est mal terminé » !

Kheira Mallion

 

Chère Corinne,

Nos vacances au bord du lac d’Annecy se passent… J’aimerai tellement dire « pour le mieux »… mais ce n’est pas vraiment le cas. Je crois que j’arrive à saturation. Ils me fatiguent tous tellement. Michel accroché à son téléphone regardant des images de courses de motos à longueur de journée… Et Sylvain…Sylvain… Comment ai-je pu engendrer un idiot pareil ? Tu le croiras ou pas, mais aujourd’hui il n’a rien trouvé de mieux que de laisser tomber son portefeuille dans le lac. Je crois qu’il a hérité de toute la bêtise de son père. Il me désespère. Et puis il n’a pas été foutu de se trouver une copine plus maligne que lui, ce qui, dans le cas présent, relève de l’exploit ! Sandrine, qui aime dire à qui veut l’entendre qu’elle préfère être appelée Sandy, serait assurément sur le podium si un concours national de la greluche existait… Celle-ci était terrifiée à l’idée que Sylvain tombe à l’eau et se noie… dans 50 centimètres d’eau… Mais quelle idée d’organiser ces vacances ?! Qu’est ce qui m’a pris Corinne ? Je ne suis que consternation. Alors je m’échappe parfois avec Pépette, expédition à pieds pour la boulangerie. Le long de la « balade au clair de Lune », je profite du soleil qui se reflète sur le lac, de l’air frais qui descend des montagnes. Ça me fait un bien fou. J’aime ces heures matinales où la plupart des gens dorment encore. Je me retrouve seule (avec Pépette bien sûr) et j’ai la sensation respirer à nouveau. En t’espérant en bonne santé, embrasse bien Jean-Luc et tes enfants, Bises, Véro PS : on se revoit quand je rentre le 15 ? On pourra échanger sur les derniers Plus belle la vie. Tu as vu ce qui est arrivé à Babeth ?!

Matthieu H.

 

Extrait des pensées de Marie TIENLEUX

(……..) Jour 11705 après Novid-21 :

Qu’est ce qu’ils font ces idiots, ça me démange, je les pousserai bien à l’eau. On était tranquilles, à la distance réglementaire du bord, liés comme il se doit, et voilà qu’ils arrivent libres comme l’air et qu’ils se plantent juste devant nous. La côte elle fait pourtant des kilomètres de long. Des rebelles certainement comme mes voisins qui nous balancent tous les jours par dessus la haie, leurs libre-arbitre, libre-penser,... libre-je t’en foutrais. Ils ne respectent rien ces gens là, pas un seul article du Règlement extérieur. Et leurs pipis la nuit sur la statue du Professeur LOURAT érigée juste en face de leur maison (bien fait pour eux). Ils croient que je ne les vois pas. Il nous a pourtant sauvés ce grand Professeur avec sa colleroquine. Moi je le prie tous les soirs car sans lui on aurait déjà quitté la gravité de la situation. Restez groupés qu’il disait, la légèreté vous guette. Je vais finir par les dénoncer en bonne Novidienne que je suis, obligée... je suis née en même temps que le Règlement.

Ou alors ça serait des artistes que ça ne m’étonnerait pas, la vie en laisse parfois échapper quelques-uns. Espèce de voie de disparition, ça vous pend au nez à force de fricoter avec la légèreté. Choupette, Gégé, mon sac et et moi on risque rien, on est toujours attachés. Par la laisse, le bras, la bandoulière,... Vous savez pourquoi je l’ai choisi mon Gégé , à cause de son nom de famille pardi. C’est un lien garanti à vie conjugale, c’est moins bien qu’une vie en laisse à perpétuité mais c’est largement mieux qu’une vie d’artiste…Pourtant ils ont l’air bien dans leur monde ces deux là. C’est pas comme moi, qu’est ce que je m’ennuie dans cette gravité de la situation présente. Gégé toujours branché sur son réseau, Choupette toujours à l’affût d’une miette qui tomberait, mon sac qui cause jamais. Ils me font envie ces artistes à regarder dans la même direction, ce mouvement de leur corps,... c’est ça il sont en pleine répétition du grand saut vers l’eau de là ! Trop dangereux pour moi mais j’ai le droit de rêver après tout, la colleroquine n’a pas encore atteint mon cerveau. J’ai encore de belles années devant moi. Pas avant 67 ans qu’il a dit le père Lourat.

Catherine Ernzen

 

Camille DURANT, 24 ans, le Lundi 29 / 06 / 20

Souvenirs d’une journée de retrouvailles.

Les souvenirs émergent doucement, au fur et à mesure que ma rétine rencontre les leurs. Cela fait dix ans et pourtant j’ai l’étrange impression de les avoir quittés hier. Je me souviens comme nous nous étions solennellement promis de se retrouver là, dix ans plus tard. Et nous y sommes. Même le chien de David, Pepper, est de la partie.

Tout en marchant, je contemple le béton brûlant sous mes pieds, l’écume des vagues venant s’écraser contre les rochers nus en contrebas. Le soleil scintille tel un souverain illégitime traité des années durant en palefrenier, ses rayons nous inondant de mépris. La beauté du paysage me frappe de plein fouet ; la méditerranée est décidément le plus bel endroit au monde. Je tourne la tête et contemple David et Sandra, tout sourire, cheveux au vent. Elle rit, elle rit à gorge déployée, David se joint à elle et je m’entends rire à mon tour. A ses côtés Clémence, plus en retrait, plus introvertie. La revoir me transporte des années en arrière, à l’époque où nous étions voisins de table, en primaire. A-t-elle toujours cette manie d’esquisser quelques croquis dans le coin des marges du cahier ?

Je sens une petite tape sur mon épaule, me retourne. Dan me sourit. Il a beau être le jumeau de David, ils ne se ressemblent pas vraiment. Etant petit, ils passaient le plus clair de leur temps à farfouiller dans de vieux dossiers poussiéreux, relique d’une époque révolue, à la recherche d’une quelconque preuve démontrant l’absence de leurs liens de parenté. La dernière fois que je les ai vus, c’était à quatorze ans, devant l’entrée des archives, persuadés que dans un de ces livrets archaïques se trouvait la clé de tous leurs maux.

Nous nous trouvons sous les voûtes d’un pont à présent, nos ombres se découpant sur le sol fumant. David se retourne et, le visage illuminé d’une lueur presque malicieuse ; me tend un petit paquet enveloppé d’un épais ruban brun. Je m’apprête à l’ouvrir, mais à peine ai-je commencé à déchiqueter le papier que je ne peux réprimer un cri : il se souvient ! Il n’a pas oublié mon amour de la photographie, et m’offre de les prendre en photo près du pont. Alors tous se regroupent côte à côte, et fixent en silence l’eau dormante qui scintille sous la lumière du soir, et je contemple en souriant l’objectif de l’appareil reflétant un visage baigné de larmes.

Salomé

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