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Les textes de l’Invitation à écrire n°10

Elle avait probablement été sculptée sur le modèle d’une femme ravissante. Si belle, qu’on l’aurait jadis comparée à la déesse chasseresse. D’une beauté raffinée et innocente qui devait, j’en suis sûre, attirer les regards des jeunes Romains rêveurs. Peut-être même, un sculpteur serait-il tombé fou amoureux d’elle devant sa beauté timide. Alors, il aurait eu l’idée de la sculpter pour immortaliser ces traits éphémères. Mais n’ayant pas le temps suffisant pour se consacrer à cette œuvre car les commandes se succédaient, il aurait donné les traits de sa belle à une Diane devant figurer dans quelque temple de Rome. Les années passant et le christianisme s’imposant, plutôt que de détruire ce visage qui lui était cher, l’artiste aurait alors enterrée sa statue dans une clairière comme un trésor à conserver..."

Ce trésor inestimable éveillait en moi tant d’imagination que je m’étonnait de m’être tant éloignée de ma nature d’habitude si cartésienne.

"Ou alors, devenu fou à lier par le refus à ses avances auprès de cette femme, le sculpteur aurait entrepris de créer un moule. Il aurait tout d’abord habillé la jeune et sublime femme comme Diane, archétype de chasteté, puis aurait coulé un moule autour d’elle. Sa folie l’aveuglant, il n’aurait pas remarqué que sa pauvre bien-aimée étouffait sous le plâtre ! Une fois le bronze coulé dans le moule, il aurait exposé son œuvre aux yeux de tous. Bien des années plus tard, un sculpteur, ému devant tant de vérité dans la représentation de Diane en aurait fait une réplique en marbre. Son perfectionnisme l’aurait rendu fou lui aussi et se serait enterré vivant, sa Diane à ses côtés dans cette clairière."

Les idées fusaient :

" Ou alors c’était une comédienne interprétant Diane qui aurait été pétrifiée par Jupiter, furieux de l’audace qu’avaient les Hommes de se déguiser en dieux et déesses. "

Je me trouvais là, devant cette statue et plus le temps filait, plus ma tête inventait toute sorte de contes sûrement plus beaux que véridiques.

Lucie Muscat

 

Elle avait probablement glissé. Belle au bras de son bien-aimé par nuit de pleine lune. Il l’avait conduite au bord de ce lac luxuriant où la végétation projetait ses ombres. Ils avaient marché longtemps. Ils s’étaient promis, beaucoup. Ils avaient échangé de langoureux regards, persistants.

Puis la Lune était venue, pleine, sorcière. Elle avait accroché son disque platine au ciel et avait éclipsé les saphirs. Ils l’avaient vue poindre puis monter sur l’arceau. Ils s’étaient détournés l’un de l’autre pour se tourner vers elle, unique aux yeux charmeurs. Et ils s’étaient oubliés pour ne regarder qu’elle. Tant oubliés qu’ils n’avaient plus pris soin de veiller à leurs pas. L’étreinte du galant s’était desserrée, mais à peine. La belle n’en avait rien senti. Il l’avait approchée des terrains qui se meuvent. Son pied avait ripé, les doigts s’étaient déliés et elle avait chuté, lentement, sans discontinuer. Elle n’avait pas crié. Il n’avait pas bougé. Elle avait disparu et la dernière image qu’il conserva d’elle fut ce regard tranquille, comme les eaux endormies.

Elle rejoignait ainsi l’origine du monde, nonchalamment. Immortelle de nuit pour son amant.

La Lune tout là-haut était si impavide qu’on aurait pu croire qu’elle n’y était pour rien. Un mince rideau de brume passa à sa fenêtre, la cachant aux regards. Quand elle revint, l’homme reprit le chemin, sortit de la clairière, avec dans son œil un bout de son reflet. Immuable destin.

Véronique Pédréro

 

Elle avait probablement foulé le sol de son marbre bien avant la naissance de celui qui l’avait exhumée. Si elle avait pu modeler ses traits à volonté, elle aurait volontiers arboré un visage désapprobateur de vieille doyenne, semblant signifier au jeune importun qu’il n’avait aucun droit d’être fier de sa découverte alors qu’elle avait survécu si longtemps sous terre. La fierté lui revenait toute entière. Avant de somnoler pendant des siècles, et comme tout objet qui se respecte, elle avait pourtant eu une existence mouvementée...comme le laissait supposer son allure, elle avait été taillée dans l’atelier d’un romain. Elle était une vraie de vrai, pas une statue romaine de la dernière heure que l’on confectionne parce que le classicisme est à la mode, non !

Une autre de ses sources de fierté était le dévouement que le sculpteur avait mis dans chacun de ses gestes pour la confectionner : il lui semblait entendre battre un cœur sous sa pierre sous l’intensité de ce regard aiguisé. Malheureusement, son idylle avec le sculpteur s’acheva bien vite : elle fut vendue sans vergogne et installée sur une place publique. Elle eut à peine le temps de se lamenter sur son sort que déjà elle était admirée par tous et réalisait que, lorsque le regard du sculpteur la flattait, ses milliers de regards rivés sur elle la comblait de bonheur. Une nuit alors que nul être humain ne traînait dans les parages, la déesse à l’effigie de laquelle elle était vint la voir. Artémis se plaignit du manque de ressemblance avec sa personne et décida d’embarquer la statue pour la dissimuler aux confins de l’Olympe. Nul ne s’expliquait cette disparition. Après de longues années à côtoyer les divinités grecques, la statue fut expulsée du mont Olympe pour faire de la place et tomba au beau milieu de la cour du Roi Soleil, changeant drastiquement de pays et d’époque. Les statues antiques étaient idolâtrées, mais elle enrageait de ne pas pouvoir leur dire qu’elle n’était pas une pâle copie du style romain. Ensuite, la statue eut une période d’hibernation incontrôlée, elle ne se souvint pas comment elle atterrit six pieds sous terre et reprit conscience bien avant d’être déterrée. Comme ces années d’attente furent longues ! Un calvaire qu’elle avait malgré tout enduré avec bravoure et qui lui donnait envie de rabattre son caquet à ce petit explorateur tout enorgueilli par sa fantastique découverte.

Eden

 

Elle avait probablement perdu la notion du temps. La partie durait depuis des lustres déjà mais elle savait garder son calme. Elle n’utilisait plus que l’ouïe et l’odorat et ça lui faisait de chouettes souvenirs. Comme la fois où les coquelicots s’étaient mis à pousser comme une couronne autour de sa tête et qu’elle entendait le vrombissement des abeilles qui les butinaient avec plaisir, où quand la foudre était tombée, le pin qui bordait la prairie s’abbatit à quelques mètres de ses pieds et elle pouvait humer l’odeur des pignes légèrement grillées...

Le seul jour où elle perdit son calme, c’est quand Apollon avait survolé sa clairière, il se croyait malin de s’être caché dans un faucon, mais séducteur qu’il était, il n’avait pas pu s’empêcher de s’asperger de parfum d’agrumes, de jasmin et de notes boisées et elle l’aurait reconnu entre mille. Ce jour là, il ne l’avait pas trouvé.

Elle aurait aimé pourtant ! Quand elle avait vu cette statue tomber du traineau du Père Noël, elle su immédiatement que se serait la cachette idéale, Olympie était suffisamment décorée.

D’accord elle jouait pour gagner, mais après des millions d’années cette partie de cache-cache n’avait-elle pas assez duré ?

Hestia avait lancé cette partie pour montrer à son prétendant qu’elle avait du caractère mais à ce rythme elle ne connaitrait jamais les plaisirs charnels .. 

Nymphéa PROTIN ALLAMAND 

 

Elle avait probablement vécu de multiples destinées.

Là, devant moi, seule, immobile dans ta blancheur de marbre, ma belle DANAÉ, fécondée par le soleil de Zeus. Je suis Persée, pour toi j’ai tué la Méduse, j’avance vers toi, désir défendu de te caresser.

Je te contemple de dos, tu sembles fuir devant moi, mais c’est Sodome que tu fuis. Tu n’aurais pas dû te retourner. Moi je suis là au pied de ta magnificence de sel, toi la femme de LOTH.

Tu me fascines, je serais prêt à tout... Mais de quel augure funeste me parles-tu ? C’est donc toi, CASSANDRE ? Toi, si belle, tu ferais mon malheur ?

Je me cache, je t’observe discrètement. Façonnée par les mains d’Héphaïstos, tant de beauté, de vie, d’espérance. Je me souviens, PANDORE, lorsque tu as entrouvert la boite aux malheurs. Aurais-je pu résister, moi ?

Je me sens pourtant vivre, avec joie, dans cette clairière printanière où tu as émergé des Enfers, ma PERSÉPHONE, ma lumière, ma source. Comment poursuivre sans toi ?

Alors, je m’allonge près de toi, je sens m’envahir une force tellurique, une conscience aussi de t’appartenir, tu me fais grandir, je respire avec toi, au même rythme. Cela fait plus de quatre milliards d’années que tu vis là, GAÎA, ma mère, ma Terre.

Ils ne le savent pas, mais je sais que tu respires.

Eric PROTIN

 

Elle avait probablement toujours été là. À côté du piano... même si mon grand-père affirme l’avoir découverte dans le Bois des Fées. Toujours, entendons-nous !... le temps de mon enfance et le temps qui suivit.

Elle n’avait plus d’éclat. Elle avait assurément fini par perdre ses couleurs en prenant la poussière.

De grande taille, pratiquement de taille humaine, elle était terriblement lourde, supposait-on. Personne en fait n’avait le droit de l’effleurer, encore moins de la déplacer. Surtout, elle avait pour elle d’être très drôle ; elle recevait le visiteur avec une grimace si touchante qu’elle amenait toujours un sourire sur les lèvres, même sur celles des plus grincheux.

Elle était en verre, en verre plein bien entendu ! Elle n’avait pas de transparence. Cette matité lui permettait peut-être de garder jalousement quelque secret.

Mon grand-père est souffleur de verre. Il a un talent fou.

...

Ce sont des messieurs de la P.J. qui sont passés ce matin-là. La sonder, la passer aux rayons X, la briser sans doute ensuite.

C’était dans La Dépêche du Midi. Ils sont enfin sur une piste, sur LA piste prétendent-ils.

Ma grand-mère, la Lucienne, avait disparu subitement, bien avant ma naissance.

Cela avait été l’incompréhension dans le village et les ragots allaient bon train.

Moi, j’ai toujours su.

Geneviève PROTIN

LA STATUE

Elle avait probablement survécu au naufrage du « Titanic ».

De source sûre j’aurais su qu’elle avait été exposée sur la cheminée du salon de l’immense paquebot en faisant l’admiration de tous.

Cela aurait pu être un trésor inestimable,jamais retrouvé.Les fouilles du paquebot, auraient laissé penser qu’elle avait été dérobée par quelques brillants amateurs éclairés.

Le temps serai passé et à la faveur d’une visite dans un musée de quartier, j’aurais pu avoir l’immense surprise de voir notre belle chasseresse trônant au milieu des statues antiques,loin de son lustre habituel.

Mais quelques temps plus tard un fâcheux incident serai venu compromettre cette belle quiétude ,on m’aurait annoncé qu’elle avait été dérobée une nouvelle fois.

Cela aurait fait la une des journaux mais le temps passant ,elle aurait sombré dans l’oubli. Quelle aurait été la surprise, la stupéfaction d’un homme passant là par hasard, de découvrir notre belle de bronze noyée dans l’eau d’un lac !

Comment avait-elle échouée là se serait-il demandé.

Sans aucun doute des malfrats affolés l’auraient abandonné dans l’espoir de la reprendre plus tard. Mais notre homme amoureux des pièces antiques aurait instantanément comprit qu’il détenait là un trésor inestimable.

Et c’est sans nulle doute qu’il se sera senti habité par une mission et il aura alors ressenti une satisfaction sans nom à remettre ce chef d’œuvre au LOUVRE.

C’est ainsi que la belle chasseresse aurait pris une place de choix dans le musée, valorisant la beauté pyramidal du lieu.

Lola B

 

Splendeur éternelle

Elle avait probablement plein de secrets à nous livrer, cette Diane chasseresse découverte au bord du lac bleu. Les experts la mettent debout et nous voilà tous saisis d’émotion vive par tant de beauté : harmonie et douceur d’un corps superbe, perfection des traits du visage, magnifique drapé d’un fin tissu sur un grain de peau presque palpable, un réel enchantement !

L’examen au carbone 14 date la statue, non pas de l’Antiquité comme on le pensait, mais de la période allant de 1500 à 1510. Elle avait donc été crée en Italie du temps de Léonard de Vinci où les artistes avaient un regain de curiosité et d’amour pour l’Antiquité. Mais le carbone 14 révèle une autre surprise : à l’intérieur de la tête parfaite, dans une cavité creuse, dort un bout de papier plié, peut-être une lettre. Nous mettons du temps pour trouver l’accès à cet énigmatique trésor. Un des chercheurs découvre que l’œil gauche semble un peu plus enfoncé que l’autre. Nous faisons maintes pressions, manipulations. Enfin, se déclenche le mécanisme qui libère le papier jauni avec l’encre effacée. La machine, par bonheur, peut récupérer ces traces, on découvre : Dans une pierre vive L’art veut que pour toujours y vive Le visage de l’aimé - Michelangelo Buonarroti .

Les applaudissements de tous accompagnent le déchiffrage de de ce document signé de la main même de Michel Ange ! Tout à coup l’esprit créateur du génial sculpteur nous envahit, nous voyons là, imprimé dans cette chair de pierre, l’amour infini, traversée de lumière ! Des recherches approfondies révèlent que cette splendide Diane est en fait le corps parfait d’un homme. En ces temps anciens, les sculpteurs devaient cacher leur homosexualité. Ce qui explique la lettre enfouie. La sculpture, venue de Florence, allait en direction de Paris, cadeau offert à François 1er par la famille Médicis quand, en cours de voyage, une roue se brisa, le char se renversa, prés du lac. On ne sait à qui Michel Ange dédiait cette statue mais par sa Beauté il l’offre à toutes les générations d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Christiane MANIN

 

Elle avait probablement besoin d’être calmée, car lors de son appel, j’ai senti chez Dolorès une certaine excitation, elle avait un débit rapide, elle était obligée de respirer entre les phrases, et faire des pauses pour reprendre son souffle.

-Venez...J’ai besoin de vous...Ce soir 19 heures au sous sol, dans la réserve du musée de Grenoble...Je vous attendrais.

Avant que je puisse dire quoi que ce soit, elle raccrocha.

19 heures, Dolorès était là, sur le parvis du musée, vêtue d’une robe légère, du bleu sur ses paupières, un sourire espiègle. Elle était en beauté.

Elle me pris par le bras, tout en me serrant contre elle, et d’un pas rapide, m’engouffra au sous sol de la réserve.

- Merci d’être venu si vite, j’espère que vous n’étiez pas occupé ailleurs ? Me dit-elle d’un ton enjoué.

- Non, j’ai fait quelques rencontres sous la neige.

- Bien, Un groupe de plongeurs ont découvert il y a trois jours dans les eaux sombrent du lac de Paladru, une statue Romaine qui me semble datée de 700 av JC, j’aimerais avoir votre avis d’expert.

En soulevant le voile, je l’ai reconnu de suite, Diane chasseresse, cette délicatesse dans le visage et ce sourire, l’air de rien, romantique, une pose à la grecque.

Sûrement confectionné pour alimenter les jalousies, elle portait une tenue de fête, un genou dévoilé, elle était irrésistiblement belle, elle suscitait violence et désir.

Je m’en approchais, je l’effleurais et j’imaginais...

Je la vois posée dans les alae, pièces généralement situées derrières l’atrium, fermées par des rideaux et dotées de sièges conforables.

J’imagine une jeune femme attendant que les hommes soient couchés pour s’étendre sur les sièges, se prélasser à la recherche de fraîcheur. Le ciel était noir, électrique, craquant de chaleur.

- Vous êtes belle.

L’homme était accroupi dans l’ombre, il se leva, une cruche de vin, à la main, perdant l’équilibre.

- Belle, si belle ? Comme Diane chasseresse, une déesse...Dites moi, êtes-vous une princesse ? Je le croirais volontiers.

L’homme fracassa la cruche sur la statue.

- J’ai tué un homme ! votre homme ! Vous ne m’en pensiez pas capable ?

L’homme tituba jusqu’à la jeune femme et arracha sa robe, se penchant en avant, il essaya ensuite de l’embrasser.

La jeune femme se déroba. elle aurait voulu le gifler, mais la peur commençait à s’emparer d’elle.

- Je vous aime. Dit-il, Je vous ai toujours aimée. Oh comme je détestais cet homme horrible qui vous tenez sous sa coupe. Mais tout a changé maintenant, je vais vous protéger.

- Taisez-vous ! Je l’aimais, c’était un homme bon et qui prenait soin de moi !

L’homme l’attrapa par la taille, l’attira à lui, ses ongles s’enfonçaient dans sa peau, il colla ses lèvres sur son cou.

- Aille ! cria Dolorès. Vous me faite mal !

Sortant de ma torpeur, je lâchais prise.

- Qu’est ce qui vous a pris, à la fin ?

Je bafouais,

- Désolé...C’est cette statue romaine...Diane chasseresse...Diane lune...Diane reine des nuits.

Elle transforme les hommes...Avant qu’il n’arrive malheur, il faut replonger Diane dans les eaux sombres du lac de Paladru.

Un silence pesant s’abattit sur la pièce, Diane lentement dirigea son regard vers moi, et m’ interrogea d’une voix calme.

- Je finis dans une heure...Nous pourrions parler d’elle, plus calmement autour d’un verre de mojito ?

- C’est à dire…Que je dois y aller, enfin je crois...

N’écoutant pas mes objections, Dolorès tourna les talons, en direction de la sortie du sous sol, et frappant sa joue avec son index, chuchota de sa voix douce :

- Et puis, profitez-en pour vous couper les ongles, c’est pas glamour des bleus sur le corps.

Richard Velasquez

Elle avait probablement été jetée là par le Capitaine Jack Sparrow. Mes petits-fils en étaient convaincus. Je leur avais lu l’île au trésor, le loup des mers, Moby Dick, 20 000 lieues sous les mers, Robinson Crusoé… Mais leur idole c’était incontestablement le pirate des Caraïbes ! Les images du film effaçaient les mots du livre d’aventures. 
 Alors quand on a trouvé la statue dans la forêt, sous le tapis de mousse, ce fut une découverte bien plus extraordinaire que le cèpe, la chanterelle ou l’édelweiss… C’était une statuette en bois, rongée par les insectes. Leur imagination a fait le reste. Ils savaient que dans une forêt d’Amérique latine, une statue « grande de sept pieds » avait été découverte. Celle-ci était forcément une réplique. Le pirate des Caraïbes en avait assez de parcourir les mers, il s’était exilé au plus profond de la forêt, goûtant la solitude des bois. Il avait sculpté cette statuette, réplique de la grande d’Amazonie. Pour ne pas oublier d’où il venait. Ils rêvaient de le rencontrer au détour du chemin. 
 Ils ont taillé des morceaux de bois toute la journée. 
 Le soir je leur ai lu Le Petit Poucet, Blanche Neige, La chèvre de M. Seguin, Boucle d’or et les trois ours… histoire de les ramener ici, les pieds sur terre. La mer c’est loin là-bas, c’est dangereux, on peut se noyer… 
 

Noëlle Roth 

 

Charles BONNET, archéologue de renom participait à des fouilles sur le Nil soudanais quand il découvrit des statues dont une en bois. Il était éberlué par tant de beauté et laissa éclater sa joie. Il prit d’énormes précautions pour la dégager, la nettoyer, lui redonner une apparence elle qui avait affronté des millions d’années sans trop de dommages. Il avait l’impression d’être en connexion, de la connaître. Il la contempla minutieusement et imagina son périple.

elle avait probablement été sculptée par un peuple nomade africain dans un beau bois d’ébène d’une manière simpliste. Elle était très hachurée et les coups de couteau étaient maladroits et visibles. Ses cheveux étaient relevés retenus par un catogan. Son visage était buriné, son regard semblait stupéfait, sa bouche aux lèvres pulpeuses légèrement entreouvertes laissant entrevoir une dentition quasi parfaite. Ses seins voluptueux se dressaient fièrement. Elle représentait la fertilité avec son gros ventre rebondissant. Elle était assise jambes écartées sur un tout petit banc, les mains sur les genoux. Elle avait été adulée, vénérée et avait reçu beaucoup d’offrande lors des cérémonies organisées par des femmes désireuses d’enfanter mais un jour le peuple a été décimé par les flots du fleuve en furie qui emporta tout sur son passage. Elle se retrouva toute seule au fond de cette clairière froide sous une épaisse couche de boue et d’eau. Maintenant tout allait changer, elle sera exposée dans un musée et les visiteurs pourront l’admirer.

Sylvaine Beaumelle

Elle avait probablement connu maints éons, et cent fois plus de propriétaires. Sofia n’aurait su dire en vérité depuis combien de temps elle l’observait. La statue était fascinante : non pas la sculpture elle-même, réalisée dans un marbre de Paros, mais la femme, le modèle d’origine. L’expression de son visage vous happait tout entier par son ineffable beauté. D’une perfection venue d’ailleurs, aux saveurs exotiques d’Orient ou d’Afrique, ses traits possédaient une rondeur particulière, une douceur qui invitait la caresse. Plus elle la regardait, plus Sofia se sentait envahie d’un malaise étrange mêlé de désir.

Archéologue par nécessité, chasseuse de trésors par passion, ce n’était pas la première fois qu’elle découvrait un objet dont la nature essentielle échappait à l’analyse. Car enfin, à force de détailler ses traits, sa posture, ses attributs, Sofia avait décelé des indices surprenants. Au premier abord, on classait immédiatement l’œuvre parmi les nombreuses représentations de Diane. Pourtant, il semblait que l’arc dans sa main était un ajout, de même que le carquois et la tiare. Des techniques bien connues des conservateurs de musée mais également utilisées pendant la Renaissance avaient été mises en œuvre pour fournir tout l’attirail à la statue originelle.

Suivant son instinct, Sofia décrocha les déformations tardives, que l’érosion du temps avait rendues friables, contrairement au corps lisse de la déesse pétrifiée. La contournant, elle laissa glisser ses doigts sur la chair blanche : les mains, les pieds avaient la délicatesse d’une figure réelle. La reproduction était si fidèle à vrai dire que, loin des pudeurs antiques, cette nymphe avait le pubis frisé. Ses seins étaient aussi bien dessinés que son nombril, et ses lèvres sensuellement entrouvertes appelaient le baiser. La statue précédait de loin ses semblables copies antiques ; mieux encore, elle les surpassait toutes. Bientôt, Sofia fut convaincue, même si son esprit cartésien rechignait à admettre ce que son instinct lui criait : elle avait devant les yeux une véritable divinité piégée dans la roche !

Théo Beaumann

 

Diane voyageuse 
 
Elle avait probablement traversé les siècles dans des conditions chaotiques. C’est dans une caravelle à voiles blanches qu’elle se retrouva au Portugal en partance pour un voyage au long cours. Qui l’avait déposée dans les cales du bateau ? Mystère ! Elle voyagea dans l’empire byzantin alors à son apogée jusqu’à ce que les Turcs s’emparent et de l’empire mourant et de Diane. On l’oublia pendant quelques siècles et on la retrouva dans un galion. Tempête, haute mer, naufrage. On la récupéra attachée à une planche, flottant sur une mer déchaînée. Qui la remarqua ? Un autre mystère. On la mit alors dans un superbe clipper. Elle commença à intéresser les équipages. On pourrait l’échanger ou la vendre se disaient les marins. Ça vaut peut-être le coup d’essayer. Et ils cédèrent Diane à des pirates sans foi ni loi. La belle vie fut de courte durée. Diane, trop encombrante, fut donnée à l’équipage d’un céréalier. Elle fut jetée dans des tonnes de blé. Ce n’était pas la plus mauvaise place. L’orge, l’avoine sont des céréales bien agréables. Une fois encore, on oublia Diane pendant quelques siècles. Et elle se retrouva, on ne sait comment, dans un packet boat, dans les cales d’un paquebot avec des migrants considérés comme de la vulgaire marchandise. Voyage interminable, confort sommaire ! Elle sillonna les océans. Puis on perdit Diane à nouveau ! Le légendaire Titanic sombra et l’on pensa que la statue reposait dans des profondeurs abyssales. Or lors d’une escale dans un port de la Méditerranée, les passagers d’un de ces géants des mers découvrirent la statue. Ils arrivèrent dans une crique et Diane se dressait fièrement, adossée à un rocher. Mais c’est un trésor s’exclama un homme qui restait comme pétrifié devant cette Diane voyageuse dont la beauté n’avait rien perdue de son éclat. 

Violette Chabi

 

Elle avait probablement vu le vrai visage du monde. Elle, au moins, savait ce qu’il se passait derrière son sourire figé en un rictus tordu.

Je tente d’entrapercevoir ce qu’elle a pu contempler des siècles durant. Peut-être est-elle née de la main calleuse d’un rêveur, un de ces fantômes translucide se tapissant dans les entrailles de la terre, attendant un signe d’espoir. Peut-être s’est-il convaincu qu’un bouc émissaire ferait l’affaire, qu’il pourrait utiliser ce messager à la place de ses yeux, yeux qui ne voulaient plus voir, épuisés par tant de haine. Oui, il avait décidé que cette statue serait le témoin silencieux des atrocités de la vie.

J’aime à penser qu’elle a beaucoup voyagé. Elle semble usée, ternie par les années. Eclaboussée par le sang de victimes innocentes ; baignant dans l’ombre de leurs bourreaux.

Mais je suis sans doute trop inventive. Il est plus probable qu’elle eut été membre d’une vulgaire cargaison, à bord d’un bateau archaïque qui n’est jamais arrivé à destination. Alors elle est restée là, au milieu de vieux navires éventrés, attendant son heure…

Il est finalement aisé d’imaginer une vie et de la modeler à notre guise, maitrisant chaque rouage de cette mécanique qu’est la fantaisie. S’inventer une vie est bien le plus facile des échappatoires, et inventer celle des autres nous permet de nous dire que l’on vaut mieux qu’eux. L’imagination fait grandir ? Laissez-moi rire. L’imagination est dangereuse. Elle nous sert de voile, tout juste bonne à panser nos plaies. Mais quand on prend conscience que tout cela n’est qu’une esquisse de songe, que l’on s’est voilé la face depuis le début, alors on ouvre les yeux, et ce que l’on voit nous glace. Alors je vous conseille de ne pas vous bercer d’illusions : vous en pâtirez moins. L’imagination est celle qui nous sauve et nous perd. Ne vous laissez pas couler avec elle, et délestez-vous d’elle. C’est un baume toxique, une douce torture, une tendre brûlure.

C’est ainsi que je la regarde, maintenant. Je ne sais pas ce qu’elle a vu, et ne le saurais jamais. A quoi bon tenter de donner un sens à sa présence ? M’attarder sur elle m’avancerait à quoi ? Et surtout, a-t-elle seulement vu quelque chose ? A-t-elle vraiment vécu, finalement ? Peut-être que ces péripéties rocambolesques que je lui prête ne sont que le fruit de mon interprétation, comme toujours…

Enfant j’aurai cherché des heures, me serait posé milles questions sans réponse. Mais la naïveté de l’enfance a depuis bien longtemps déserté mes tréfonds. Alors je tourne les talons et m’en vais rejoindre la réalité.

Salomé

 

Elle avait probablement échoué, dans ce méandre-là de la Seine. L’inspecteur Général des monuments historiques s’adressa à Jean-Michel d’une voix éteinte, lui montrant sur une carte d’Île de France les lieux de la découverte.

Si loin de Montgeron ?

Oui, à la faveur de courants, de crues ou que sais-je encore ! Est-ce que je réponds à votre question ? avait-il ajouté.

Aucune passion, aucun émerveillement dans la voix de cet homme long et sec vêtu d’un costume trois pièces venu tout droit des années soixante.

Je vous remercie de m’avoir prévenu dit Jean-Michel. Il venait de trouver la statue de Diane qu’il cherchait depuis quelques années à la demande de Jean-Jérôme de Mertin.

Les fouilles avaient commencé, près de la propriété des Burton, non loin de Montgeron, là où la statue de Diane avait disparu. Après quelques temps de fouilles infructueuses, Jean-Michel et son équipe durent se rendre à l’évidence : ce vieux fou de Monsieur de Mertin l’avait faite transporter loin, bien loin de là.

***

La légende dit que Madame de Mertin, sa femme, a été enlevée puis assassinée par Sir Douglas Burton, fou amoureux d’elle. Elle dit aussi que Sir Douglas se suicida juste après. Elle ne dit pas si Madame de Mertin avait cédé aux charmes de ce dernier. Dans la famille de la belle, on a toujours aimé la version : la mort plutôt que le déshonneur !

***

Sir Douglas avait fait réaliser une sculpture à son image. Il l’avait installée à l’abri des regards indiscrets dans une des galeries de son château (y faisant graver leurs deux prénoms et quelques marques de son amour infini). Mais cela, c’était avant, bien avant l’enlèvement et l’assassinat…

Après le suicide de l’amoureux éconduit, Monsieur de Mertin, fou de douleur et de colère, exigea qu’on la descellât pour la jeter dans un endroit jamais révélé.

Plus d’un siècle après, Jean-Jérôme, arrière-arrière petit fils de Madame de Mertin mandatait ce groupe spécialisé dans les recherches d’œuvres d’arts perdues ou volées. Il leur demanda de retrouver sa très jolie aïeule dissimulée quelque part en France sous les traits d’une Diane Chasseresse façon « antique ».

Jean-Michel sortit satisfait de la Direction des Monuments historiques. Il pouvait enfin annoncer à son client, qu’il avait retrouvé le buste tant recherché.

Kheira

 

Elle avait probablement appartenu aux châtelains,

Diane la chasseresse,

Sculpture, au fond du parc, elle veillait.

Revirement de situation, proposition financière,

Rachat du domaine.

Pelles, pioches s’activent.

Une sculpture, qu’en faire ?

Évitons les problèmes et le retard du chantier,

Enterrons la sous les gravats.

Un pavillon, une famille s’installe, on creuse une piscine…..

Un trésor ! Une sculpture !

Stupéfaction, émerveillement.

Les enfants, nettoient, dépoussièrent, lustrent.

Et voilà Diane qui ressuscite.

Les années passées enterrée

N’ont pas altéré le charme de la Déesse.

Les enfants sont fascinés par sa douceur, sa délicatesse,

Quelle prestance, quelle élégance.

Diane n’était pas morte, elle veillait seulement.

Désormais, installée dans le jardin,

Chers petits, Diane veille sur vous.

Denise

 

La statue de l’amour

Elle avait probablement deviné cette issue mais elle ne pouvait rien faire, son père était le maître des lieux. Elle regardait, cachée derrière un bosquet, ce qui était en train de se passer. Il prit une masse et s’apprêta à la détruire. Elle siffla, il se retourna. Il ne vit rien et releva son outil. Un autre sifflement. Il s’approcha et l’aperçut. Elle pleurait à chaudes larmes. Elle ne voulait pas qu’on tue sa statue. Elle l’aimait trop, c’était sa maman. Et ce serait la faire disparaître une deuxième fois que de la briser en mille morceaux. Elle qui venait de les quitter pour rejoindre le ciel. Mais il ne pouvait plus regarder cette statue, la Diane Chasseresse aux traits de sa bien-aimée. Alors, elle eut une idée. Et s’il la faisait dormir au fond du lac ? Elle survivrait peut-être au temps qui passe et pourrait renaître dans quelques siècles, et faire le bonheur du nouveau « maitre » qui la découvrirait. Devant tant de chagrin et de douce insistance, il se laissa attendrir par sa fille. Il fit démonter la statue de son socle et la fit déposer délicatement au fond du lac. Une ronde de nénuphars fut son bouquet de départ. Et voici qu’aujourd’hui, cette statue nous révèle le reflet d’un amour magnifié, éternellement protégé par la grâce d’une fillette endeuillée. Quel bonheur de voir ce jardin ombragé, à nouveau éclairé par cette étrange déesse ! Magnifique Aphrodite, offerte au regard de tous ceux qui viendront visiter ces lieux. Sauront-ils deviner, que cette belle déesse, prit naissance, des siècles avant eux, sous les coups de marteaux d’un sculpteur aujourd’hui oublié, amoureux de la pierre mais surtout de sa belle……

« Alors toi, le moustique, toujours aussi la tête dans les étoiles !!!!! Cette histoire est vraiment trop tarte, je préfère la mienne à ce truc de midinette que tu viens d’inventer ! »

« Pff ! Allez l’Andalou, je me fiche de ce que tu penses de mon histoire ! Va donc boire ta bière ! Et laisse-moi continuer à rêver devant cette merveilleuse beauté »

Marie France

 

Elle avait probablement échappé à la morosité d’un musée de province. Une statue, même de belle taille, qui pouvait bien la voir parmi tant d’autres sculptures entassées dans une pièce réduite ? Le seul regard, le seul contact à espérer ne pouvait être que celui de la femme de ménage venue pour la dépoussiérer. Elle eut l’heur de plaire.

Jean-François, fortuné négrier de la cité phocéenne, succomba au charme de cette romaine dénichée dans les docks attenant au port. Il éprouvait une attirance inavouable pour ses seins haut placés. Il ne voulut plus s’en séparer et elle fut sa compagne de voyages. Première destination Dakar où il lui fut difficile de justifier le transport d’une telle pièce peu commune aux marchandises habituellement transportées. Deuxième escale les Caraïbes. Même si l’obstination du marseillais prêtait à rire, il fut plus facile de faire une place au corps en marbre entre les corps noirs dans les cales du navire.

Il n’y eut pas de troisième embarquement ni pour l’homme ni pour la pierre.

Elle n’était pas Vénus mais fut sauvée des eaux.

Imaginons que vous êtes à La Havane et que vous déambulez dans le vieux quartier colonial. Vous aimerez ses ruelles, ses façades et balcons défoncés. Vous serez conquis par le charme baroque de son architecture, par sa palette de couleurs surannées. Surtout ne pas manquer la rue "calle de Diana" face au Malecón. L’arcade empruntée, vous trouverez la Diane chasseresse dans le patio d’une maison de danse. Immobile, elle ouvre l’espace aux aficionados des rythmes afro-cubains qui la contournent en dansant, la touchent, l’embrassent. Corps blanc laiteux solide parmi les noirs cafés, cacao ou caramel de ces autres en mouvement.

Elvire Bosch

 

Elle avait probablement l’éternité pour elle

et déjà bien 2000 et 20 années

Elle demeurait ainsi

Inerte et empêchée,

et muette sans l’être

De par son doux regard 

et son petit rictus 

on pourrait deviner

(à qui la trouverait)

qu’elle avait été douce

aimante et adorée

Devenue femme objet 

elle avait su pourtant

glisser hors du voilier

rejoindre l’autre élément

et à lui se lier

Son amoureux noyé bientôt la rejoignait

en une lente, lente danse

et lui n’eut devant lui qu’une poussière d’année

avant de disparaître

à tout jamais

Violaine

 

Le royaume de Bastidas

Elle avait probablement été volée par Bastidas avant de quitter l’Europe, lui qui se rêvait en puissant monarque de terres inconnues. A l’aide de ses soldats, il mit au pas les autochtones. Il s’agissait à présent de transporter ses effets personnels dont cette splendide statue d’une Diane souriante jusqu’à la plus grande ville du territoire qu’il soumettrait aisément. Son avancée ne semblait pas pouvoir être arrêtée et pourtant… Tout commença une nuit de lune rouge, un jeune garçon nommé Patuya, éreinté par le fait de porter de lourdes caisses, le dos sanguinolent, profita d’une halte sur la piste pour observer cette mystérieuse statue aux formes si particulières et si différentes de sa déesse mère Pachamama. Face à ce blanc immaculé et à la beauté de ce visage radieux, le jeune homme était subjugué. Il pleurait. Un des soldats aperçut le jeune garçon près des effets du gouverneur. Ivre de violence, il l’attrapa et le rua de coups de fouet pour le punir d’avoir lorgné sur les richesses du conquistador. Epuisé de douleur, Patuya succomba et fut laissé à l’orée de la forêt sans ambages. Personne ne vit alors sur la face lisse du visage sculpturale de Diane des larmes couler. Son sourire s’était changé en tristesse. Alors que le soleil du petit matin se levait, la cohorte se remit en mouvement. Des pluies diluviennes ralentissaient désormais la troupe, décuplant la colère de Bastidas et ses stupides injonctions. La traversée de la forêt dense et étouffante décimait jour après jour les soldats. Le convoi essuya des attaques de pumas nuit après nuit. Les espagnols étaient retrouvés déchiquetés chaque petit matin. Bastidas, fiévreux n’arrivait plus à raisonner, la folie semblait s’être emparée de lui. Les indiens qui n’avaient pas succombés commencèrent à fomenter leur évasion. C’est par une nuit d’orage dans une clairière qu’eu lieu la triste fin de la compagnie, alors qu’une dizaine d’hommes subsistaient auprès du maître, les femmes tenues attachées purent se dénouer et liquidèrent un à un les derniers soldats. L’une d’elle traina Bastidas, dernier survivant, devant la statue de Diane. C’est à présent un rictus de colère qui animait son visage. L’amérindienne le laissa alors avec la déesse, le reste ayant été emporté par les esclaves libérés. Il était là le royaume de Bastidas, seul au milieu de cadavres, sans vivre, avec la statue pour unique ornement de ce royaume de mort.

Matthieu

 

Elle avait probablement pris naissance sous l’instrument d’un sculpteur des bas-fonds parisiens. Probablement cet artiste de génie qui buvait comme un trou dont la profondeur n’égalait que celle du sommeil du buveur.

C’est d’ailleurs pour cette raison que de vils personnages purent organiser tranquillement un réseau dont l’unique objectif était de faire voyager ses œuvres...où donc ?...vers les demeures de vils riches qui ne regardaient pas à la dépense pour satisfaire leurs vils désirs de se tailler une bavette avec une Diane chasseresse.

Quand le voisin du buveur de génie entendait ses ronflements, il courait...où donc ?...vers la demeure du cambrioleur dont la noirceur n’égalait que celle des bas fonds où il était né. Ayant une nouvelle fois réussi son œuvre, le cambrioleur se débarrassait de sa noirceur pour retrouver son habit de notable et apportait sa marchandise...où donc ?…dans un port quelconque où une cale d’un bateau quelconque l’attendait, l’important n’étant pas le vent qui allait gonfler les voiles mais bien l’argent qui allait gonfler sa réputation . C’est ainsi que de cales en cales, de bateau marchand en bateau pirate, la belle Diane n’arrivait pas toujours...où donc ?... à bon port. Quant à la chasseresse qui nous occupe aujourd’hui, je n’ai plus le temps de vous raconter le pourquoi ou le comment elle s’est retrouvée enfouie au fond d’une clairière comme une noyée au fond d’un lac.

Nous sommes Lundi 8 juin 2020, il est 23h59… où donc ?...

Catherine Ernzen

Le festival en images

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Auteurs à l’honneur 2020

MANCEAU Edouard

Depuis toujours, Édouard Manceau aime par-dessus tout raconter et illustrer (...)

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PERRIGNON Judith

Journaliste, écrivain et essayiste, Judith Perrignon nous offre le plaisir (...)

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VILLEMINOT Vincent

Vincent Villeminot a d’abord été journaliste reporter diplômé de Sciences Po (...)

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