Retrouvez tous les textes que vous avez produit en lien avec la quatrième invitation à écrire imaginée par Dominique Osmont !
Pour rappel, l’idée de cette invitation était d’utiliser les titres des ouvrages des auteurs et autrices invité.e.s, comme bases de vos textes.
Bonne lecture !
Amandine Saadi
Ici, c’est tout un festival sous la nuit bleue. De l’autre côté du lac, un magma de silhouettes se presse dans un brouhaha d’où jaillissent des paroles. Isolées, elles évoquent une querelle à la française :
« On ne dit pas Sayonara ! »
« Bonjour, bébé ! »
C’est alors que la sorcière à la jambe d’os apparaît, éclairée par la seule lumière de la pleine lune. À mesure qu’elle s’avance, menaçante, s’élève cette vieille chanson qui brûle encore dans les mémoires. Plus un mot dans l’assistance.
Jim et les sœurs Jacob, qui nourrissaient l’espoir de vivre tout bas, contemplent cette apparition, médusés. Ils comprennent alors pourquoi on l’a affublée d’un nom de bête féroce.
La clé est là, dans cet instant suspendu où elle annonce :
« Nous traverserons des orages. »
Angelys Rossi
Ici, c’est tout un festival que l’on se plaît à parcourir ! Des rires et de la joie éclatante explosent un peu partout. Pourtant, trois fois la colère nous a fait traverser des orages ! Mais Rose la nuit nous a conté Lune et les contes de Petit Duc, alors la nuit bleue s’est éclaircie et de l’autre côté du lac, là-bas, tout là-bas, nous avons entendu cette vieille chanson qui brûle d’amour et d’espoir ! Ce magma crépitant au fond de notre cœur a alors été la clé pour repasser du côté des vivants et, la vie qui se cabre, les cheveux en pagaille, et le nom de bête féroce accrochés au cœur, nous ne disons pas sayonara, mais bonjour bébé à ce beau festival !
Anne Fabregoul
Ici, c’est tout un festival, mais un festival sans scène ni projecteurs, rien d’autre qu’une fête invisible. Juste cette vieille chanson qui brûle la gorge. Elle flotte au milieu de la pièce, lourde et entêtée, comme la brume matinale collée à l’eau. Par moments, elle s’accroche à la fraîcheur du carrelage sous mes pieds nus. À cette lumière verte, aussi, tamisée par les feuillages du jardin, qui transforme les murs en une cabane de planches solitaires, là-bas, de l’autre côté du lac Shojiko.
Sur la table basse du salon, il y a ce vieux galet poli, lisse et froid. Dès que mes doigts se referment sur lui, le temps bascule : je ne suis plus ici, je suis debout sur le ponton de bois, un soir de juillet, à observer des ronds rider la surface de l’eau tandis que le soleil plonge derrière la crête noire de la forêt d’Aokigahara Jukai.
C’était l’époque de l’insouciance, ces étés où Jim et moi passions nos journées à réinventer le monde en chantant. Persuadés que rien ne briserait nos liens, il m’avait promis : ensemble, nous traverserons des orages. Les soirs de pleine lune, blottis sous la toile de tente, on se racontait les contes de petit Duc pour s’endormir, bravant la peur de la sorcière à la jambe d’os qui hantait nos histoires de gosses. Pour nous, le moindre insecte, la moindre bestiole tapie dans les hautes herbes portait un nom de bête féroce.
Puis, il y a eu des silences, un magma de regrets, et une vie qui se cabre sans prévenir. On s’est quittés sur un tapis de feuilles mortes, une séparation digne d’une querelle à la française, étoffée de fiertés stupides et de mots jetés au vent. On s’est juste regardés.
On ne dit pas sayonara quand on a le cœur en miettes, on tourne le dos, c’est tout. Aujourd’hui, il ne me reste que la morsure de ce caillou et les notes d’un vieux refrain. Je refuse de traîner du côté des vivants qui oublient. Je préfère vivre tout bas, ici, au rythme des vagues invisibles de mes souvenirs, la main crispée sur un galet froid face au mont Fuji.
C’est ça, mon festival, le festival de la nuit bleue.
Annie Faure
Ici, c’est tout un festival qui se déroule, une grande fête qui attire jeunes, vieux, enfants, parents, grands-parents.
La tradition veut que cette fête commence la nuit, une nuit bleue où la lune se cache et les paysages, dans un halo de brume, deviennent mystérieux, Les participants sont comme transportés ailleurs, et des personnages reviennent chaque année pour raconter de nouveaux épisodes de leur vie.
On retrouve Jim, le géant, les sœurs Jacob et leurs enquêtes, la sorcière à jambe d’os qui fait rire tout le monde, Rose la nuit toujours en révolte, et bien d’autres.
Les participants doivent les chercher dans des endroits secrets, plus ou moins signalés par des indices ; par exemple : « de l’autre coté du lac » pour le lieu secret numéro 1 ou « dirigez vous du côté des vivants » pour le lieu secret numéro 2.
Quelques épreuves à surmonter : passer à côté de La requine, cachée dans les grandes herbes du bord du lac et qui saute sur ceux qui s’engagent sur le chemin, répondre à des questions, par exemple : donner un nom de bête féroce, sinon vous ne passez pas, ou encore chanter cette vieille chanson qui brûle, un air que tout festivalier connaît.
Certains mots sont interdits, sinon vous êtes éliminés ; On ne dit pas « sayonara » puisque cela veut dire adieu mais il faut toujours dire : « bonjour Bébé » quand on entre dans un lieu secret.
Nous traverserons peut-être des orages durant ce festival mais l’important c’est de trouver la clé pour vivre intensément cette fête, sortir du magma de nos vies ordinaires, et que ce festival créatif dure très longtemps.
Annick D.
Ici c’est tout un festival, on trouve de tout. De la lune à la clé, j’ai même vu, en passant de l’autre côté du lac, la célèbre sorcière à la jambe d’os qui porte un nom de bête féroce. Époustouflant !
Dans la nuit bleue, il ne sert à rien de vivre tout bas, il faut que la vie se cabre, qu’elle explose, qu’elle soit du côté des vivants, qu’elle exulte tel le magma. Quel Bonheur !
Ici tout est permis on ne dit pas Sayonara mais Bonjour et Bienvenue à ce festival des possibles. Hier encore je hurlais trois fois la colère qui était en moi, aujourd’hui je vis dans les contes de petit Duc et je ne veux pas que tout cela s’arrête.
Et même si je sais que nous traverserons des orages, je fredonne cette vieille chanson qui brûle de Bonheur « Il en faut peu pour être Heureux, peu pour être Heureux … »
Armelle Leroy
Ici c’est tout un festival qui se prépare.
A la tombée de la nuit, la sorcière à la jambe d’os et à la chevelure orange ferma sa maison à clef et s’enfonça dans la forêt.
Éclairée par la lune, en claudiquant, elle fredonnait cette vielle chanson qui brûle le cœur d’amour ceux qui, oubliant leurs querelles à la française, la chantent à tue tête et main dans la main chaque 18 juin, à midi pile.
La sorcière, enfin arrivée de l’autre côté du lac, un lac à l’eau verte comme le jade s’installa aux côtés des sœurs Jacob, princesses du royaume des vents et de Jim le dragon qui ne portait pas du tout le nom d’une bête féroce et était d’une grande beauté.
»Ho, Bonjour bébé » lança t-elle à la petite licorne rose la nuit et argentée le jour qui piaffait d’impatience.
Bien d’autres encore étaient présents. La famille tortue et le boa du village voisin papotaient bruyamment, la grue et le phénix lustraient leur plumage, le ouistiti ne tenait pas en place.
Un brasier géant éclairait une affiche aux lettres dorées :
Festival Livres à vous
les contes de petit Duc
par Requine , illustre conteuse
de minuit à midi – 18 juin 2026
Et soudain, un grand silence se fit. Requine apparut, drapée d’étoffes scintillantes dans la nuit bleue. Qu’elle était belle !
»Par trois fois la colère de Tchakou, le volcan engloutira notre terre dans un magma bouillonnant.
Nous traverserons des orages. » commença t-elle d’une voix envoûtante.
Chacun était toute ouïe, la nuit promettait d’ être magique et le chant de clôture majestueux.
Armelle Rozec
Ici c’est tout un festival : fanfare, farandole, festivité, festin, fragrance…
Quelle ferveur ! Joie incandescente d’ouïr cette vieille chanson qui brûle comme un magna remontant d’une terre effusive, qui gorge les racines, se frayant un chemin jusqu’au plexus solaire.
Non ce n’est pas l’air de la « ballade de Jim » (Alain Souchon) qui vibre dans les tympans mais l’appel de « Forever Joung »(groupe Alphaville) qui remonte à la conscience via la fréquence alpha par la présence d’un chœur brûlant qui dialogue avec le cœur et le bouleverse.
Du « bonjour bébé », baby blues au « au revoir senior », trésor de majesté, Que nous traversons des orages !
Dans la nuit bleue de l’âme, les vagues de l’âme ondulent dans le tricotage d’une vie qui se cabre, telle une onde de choc qui se répercute jusqu’à de l’autre côté du lac, tantôt teintée de souffrances à comprendre ou d’extases à engranger.
De lune en lune, 13 lunes annuelles multipliées par de nombreux printemps, au cœur de la sagesse amérindienne à travers les cycles lunaires, il s’en est écoulé des yoyos émotionnels dans cette triade enfance, adolescence, « maturescence »…
Trois fois la colère, au théâtre les trois coups :
Cette colère, tel combustible de la dépendance et de l’injustice !
Cette colère, tel comburant de l’indépendance et de l’agressivité !
Cette colère, tel carburant de l’interdépendance et de la liberté !
Quel dilemme pour Rose ! Vivre de raison ou vivre de passion ? Vivre tout bas, étriqué, éteint ou vivre du côté des vivants, ample, étincelant ?
Étrange, un ange est passé… et là, la clé !
Et si Rose la nuit et Rose le jour réconciliaient les deux facettes d’une même personnalité diurne-nocturne ?
La querelle française qui consisterait à choisir la raison (je pense donc je suis) au détriment de la passion (je ressens donc je pâtis) trouve résolution dans le tout est déjà là : « je ressens donc je suis ».
Juste répondre à un appel, versant pile ou versant face, qui restaure la joie de l’âme, tout en conservant l’intégrité Passion Raison.
Vive le festival de la Vie avec ce florilège de propositions délicieuses à saisir ou pas, dans l’Esprit d’Harmonie.
Cécile Combet
Ici c’est tout un festival. Rose, la nuit, pense aux musiques qui tournent dans sa tête depuis trois jours qu’elle est aux fêtes d’été de La Requine. Ne parvenant pas à trouver le sommeil, elle sort sur le terrain de camping. De l’autre côté du lac, elle aperçoit la lune resplendir dans la nuit bleue et chaude. Des noms de chansons tournent dans sa tête. Quelle était ce titre que les sœurs Jacob lui avaient fait écouter dans la voiture ? C’était genre Cette vieille chanson qui brûle, un truc comme ça. Ces deux filles-là n’étaient jamais d’accord sur rien ; l’une féministe à l’extrême, l’autre agacée contre ces discours qui lui faisaient monter trois fois la colère plutôt qu’une. Jim, le compagnon de Rose, médiéviste confirmé leur avait dit un jour, vous deux, c’est une vraie querelle à la française. Les sœurs l’avaient regardé avec interrogation sans trouver la clé de l’énigme, ignorant totalement les méandres littéraires de l’époque médiévale.
Il fait lourd ce soir, le ciel se couvre peu à peu. Rose interpelle un festivalier scrutant les nuages qui s’amoncellent :
– Vous pensez que ça va tenir ?
– Ne nous inquiétez pas, nous traverserons les orages.
– Mais… il va pleuvoir ? Quand ?
– Seule la sorcière à la jambe d’os le sait.
La jeune fille, perplexe devant cette réponse, préfère se replier dans la tente auprès de Jim.
Il est réveillé maintenant lui aussi, sommeil impossible, trop de musiques dès le début de l’après-midi et jusqu’au milieu de la nuit.
– Il s’appelle comment ce type ?
– Qui ?
– Celui qui parle de sorcière
– Hier, je crois qu’un pote à lui l’a appelé Garouk ou Grouk peut-être…
– Ouais… Un nom de bête féroce.
Ils rient. Renonçant à dormir, ils se replient sur leurs téléphones. Jim découvre dans le fil de l’actualité des images stupéfiantes. Sur la vidéo on peut voir un volcan en éveil répandant du magma en fusion. Il s’apprête à montrer son écran à Rose lorsque celle-ci s’écrie : « Géniale, demain on voit mon groupe de rock préféré, c’est Magma ! Tu te rappelles ? »
Cécile Fayolle
Ici, c’est tout un festival de couleurs, d’odeurs, de sons : c’est la pendaison de crémaillère des sœurs Jacob. Elles ont racheté le vieux manoir de Jim alias Lord F. et ont invité toute la région. Elle ont fait venir le cirque dont je ne me souviens jamais le nom, celui qui a un nom de bête féroce, des cracheurs de feu, l’orchestre Magma , la chanteuse La Requine, des conteurs et même La sorcière à la Jambe d’os.
Lors de leur discours d’accueil, elles ont prononcé un discours de femme puissante, de femmes qui, refusent de vivre tout bas, qui se placent du côté des vivants. La plus jeune a dit cette phrase qui résonne encore dans mes oreilles comme une psalmodie : « Nous traverserons des orages en dansant sous la pluie, nous traverserons trois fois la colère, celle qui détruit et consume, nous n’essaierons pas de dompter la vie qui se cabre, nous essaierons juste au moment où le monde s’apaise, lorsque la nuit bleue s’installe, d’être là et de poser un regard attentif de l’autre côté du lac. ». Après quelques instants, de silence, la plus âgée a pris alors la parole : « que la fête et la folie commencent ». L’orchestre a joué des airs endiablés et tous les invités se sont mis à danser comme possédés.
Lorsque la lune s’est levé, cet air connu, cette vieille chanson qui brûle, a résonné dans l’air chaud du soir, créant des vibrations inattendues dans l’air. Chacun s’est alors apaisé et les danses sont devenues plus lentes, plus sensuelles. Certains danseurs se sont effondrées sur les fauteuils, chuchotant et admirant le ciel étoilé. Le vieux Jim s’est alors approché de moi et a murmuré : « Tu sais, Rose la nuit n’est que le révélateur de la lumière ».
Christiane Manin
Ici, c’est tout un festival, dans cette maternité où chacun vient célébrer la vie !
– Bonjour bébé ! S’exclamèrent les sœurs Jacob devant l’enfant nouveau-né.
Comment allons-nous l’appeler ? Demandèrent elles à la maman, pâle, allongée sur le lit.
– Je ne sais pas encore, mais… je cherche un nom de bête féroce.
Les sœurs levèrent ensemble leur tête stupéfaite, stoppant nette la contemplation de ce bébé rose et potelé à souhait.
– Que dis-tu ?
– Oui, je veux qu’il ait de la défense, qu’il fasse peur plutôt qu’il se sente victime !
Un prénom, c’est une clé, une clé pour la vie.
Je pense à … Loup, qu’en pensez-vous ?
– Regarde son visage de lune, dit Rose, la nuit le calme, le voilà endormi sous la nuit bleue, qu’il est beau, ton petit !
– On dirait un personnage dans les contes du petit Duc… dit à son tour Annabelle
– Arrêtez ! Arrêtez ! Je ne veux pas pour lui d’une vie qui se cabre !
La vie n’est pas un conte, Annabelle ! Vous allez faire ressurgir ma colère !
Trois fois, la colère est venue dans mon cœur aujourd’hui : quand Jim est arrivé jusqu’ici,
quand la Requine a poussé cette porte et enfin quand la sorcière à la jambe d’os est, elle aussi, venue voir mon petit !
Je veux, avec mon gosse, vivre libre, de l’autre côté du lac, et bien-sûr, du côté des vivants !
Christine Gillet
Ici, c’est tout un festival de mots, de récits, de poèmes et de contes. C’est le bon endroit pour te raconter une histoire, celle de ta naissance.
Tu es venu au monde pendant la nuit bleue, alors qu’une lune ronde éclairait la forêt. Les sœurs Jacob encore debout lisaient les contes de petit Duc à voix haute pour la faune alentour. Ton premier cri les attira dans la vieille grange où ta mère s’était réfugiée. « Bonjour bébé ! » ont-elles lancé joyeusement, attisant la curiosité du petit peuple des ténèbres, et de leur cheffe la sorcière à la jambe d’os. Tu as répondu par des hurlements, ta minuscule tête aveugle tournée vers les fillettes consternées, tes membres s’agitant furieusement. Je murmurai : une vie qui se cabre, déjà fière et révoltée. Trois fois la colère, je dirai même la rage, secoua ton petit corps qui n’en finissait plus de gigoter et de s’époumoner. Rachel, la cadette qui dit toujours ce qui lui passe par la tête, s’enhardit à murmurer : on pourrait l’appeler Shere Kan. On ne va pas lui donner un nom de bête féroce, s’exclama Ana, l’aînée toujours pragmatique et modérée. Elle proposa de te nommer tout simplement Jim et Rachel acquiesça, précisant toutefois : lui, je sais qu’il ne va pas vivre tout bas. Pour fêter l’évènement, elles entonnèrent l’hymne à la joie, cette vieille chanson qui brûle dans nos cœurs lorsque qu’ils s’emplissent d’un magma de bonheur. On vit alors s’élever de l’autre côté du lac le tourbillon de fumée blanche qui annonçait à tous ton arrivée.
J’ai caché dans un petit coffret les documents relatifs à ta lignée. Quand tu auras atteint l’âge requis pour accéder à ton pedigree, je t’en confierai la clé. Mais aujourd’hui mon sauvageon, dompte ta fureur et laisse-toi guider en douceur par ceux qui t’aiment. Je serai toujours là pour toi.
Christine Pivot-Pajot
Drôle de festival
Ici c’est tout un festival qui se déroule.
Il y a de la musique, il y en a qui dansent d’autres qui chantent.
C’est une nuit bleue avec la lune pour seule lumière.
Jim se trouve au milieu de tous ces gens, ils ressemblent à des morts vivants, oui c’est bien ça ce sont des morts vivants.
Il se rappelle cette querelle à la française avec sa compagne, voilà trois fois que la colère l’emporte et là c’est la fois de trop.
Il lui avait pourtant dit, nous traverserons des orages, ce ne sera pas facile mais elle n’avait pas voulu le croire.
Lui qui voulait vivre tout bas, tout simplement, le voilà au milieu de ce groupe et cette vieille chanson qui brûle dans sa tête.
Dans sa poche il a la clé, probablement de sa maison.
Il ne se rappelle pas ce qu’il a fait cette dernière journée, une voix le traitait d’un nom d’une bête féroce qu’il n’a pas retenu.
C’était sûrement elle, la requise qui lui a fait tant de mal, est-elle au milieu de ces morts vivants ?
Il fait trop sombre, il n’arrive pas à distinguer.
C’est une vie qui se cabre, se replie et se défait.
Il marche au milieu de ce festival et ces personnages sans couleurs.
Il se retrouve au bord de l’eau, entouré de ces ombres.
Il avance et croit aller du côté des vivants de l’autre côté du lac.
A côté de lui la sorcière à la jambe d’os lui sourit de toutes ses dents jaunies, c’est bien elle, il a peur.
Il avance dans l’eau, elle ne pourra pas le suivre, il s’enfonce de plus en plus et disparaît.
Delphine Ramos
Ici, c’est tout un festival… Par le mot « ici », je veux dire dans ma tête ! C’est comme un magma qui bouillonne en moi et qui est toujours prêt à exploser tel un volcan. Vivre tout bas ne me concerne pas, j’ai besoin de comprendre, de ressentir, d’exprimer mes sentiments, de questionner pour avancer. Je suis du côté des vivants, prête à décrocher la lune pour les causes et les personnes qui me tiennent à cœur. Cela me rappelle cette vieille chanson qui brûle mes lèvres à chaque fois qu’elle me revient en tête, l’Aziza de Daniel Balavoine, pleine d’empathie, de tolérance et de vérité qui dérange. Je me sens parfois un peu, je dis bien seulement un peu, comme Gila, l’héroïne du livre « La sorcière à la jambe d’os », bien que je sois loin de lui arriver à la cheville ! Lors d’un repas de famille où les idées s’affrontent malgré les sentiments filiaux, telle une querelle à la française comme on les connaît bien, par trois fois la colère m’a prise devant tant d’intolérance et d’esprits fermés face à l’évolution de monde. Mais peut-on toujours en vouloir aux anciennes générations, souvent formatées par des siècles d’idées reçues transmises parfois involontairement par manque de connaissances ?
Et qui dit inconnu, dit peur de ce qui ne nous a jamais été expliqué. Pour certains d’entre eux, accepter certaines vérités équivaudrait à une vie qui se cabre, pour eux reconnaître qu’ils se seraient trompés de chemin équivaudrait à remettre en cause toute leur éducation, toute leur vie. Je donnerai bien un nom de bête féroce à cet ennemi invisible qui empêche les gens de réfléchir par eux-mêmes, tous entraînés par la spirale infernale de la vie et le poids des générations sur leurs épaules, se résignant à la fatalité. L’accès à l’enseignement et la culture sont essentiels pour désengrener ce phénomène. Mais fort heureusement, tous ne sont pas comme cela, et à notre grande surprise certains réussissent même à sortir de ce carcan ! Ne soyons donc pas pessimistes, nous traverserons des orages, encore et encore, sans aucun doute, mais il faut garder espoir car de l’autre côté du lac, dans la nuit bleue, nous attendent des jours meilleurs, des personnes prêtes à trouver et proposer des solutions pour changer le monde, même si ce travail s’annonce titanesque ! L’optimisme en est d’ailleurs certainement la clé majeure. Dans beaucoup de peuples, on ne se dit pas sayonara dans le sens d’un adieu, mais dans le sens d’un « à bientôt », comme pour toujours envisager le meilleur, voir le bon côté des choses.
Elyane Guillaud-Rollin
Bonjour Bébé
La nuit bleue de ce matin de juin
escorte une lune orangée
de l’autre côté du lac
juste avant le soleil levant
Nous traversons des orages
Depuis quelques mois
Cette vie qui se cabre
Nous ne l’avons pas choisie
Nous la subissons
Comme cette vieille chanson
qui brûle dans mon cœur
Je n’ai pas choisi non plus
De rester du côté des vivants
Ni de vivre tout bas
Comme Jim avant toi
en attendant de te rejoindre
Trois fois la colère
m’a conduit aux portes de la mort
Mais je n’ai pas trouvé la clé
ni la sorcière à la jambe d’os
ni la Requine !
Alors ce 20 juin à l’aube du premier jour d’été
Rose la nuit est revenue
Tu es là, debout sur mon lit
Ta chemise blanc cassé
Ton pantalon d’été
Tes yeux remplis d’amour et de tendresse
Tu esquisses un sourire
Tu te retournes
Traverses la porte de la chambre
Je me rendors.
Évelyne Creux
Ici c’est tout un festival surtout depuis que Jim est parti de l’autre côté du lac par une nuit de pleine lune, une nuit bleue comme le disent les sœurs Jacob ! Elles ont immédiatement affirmé que nous traverserions des orages avec de méchantes querelles à la française et que notre village subirait trois fois la colère de la hyène zébrée venue du néant pour semer la terreur du côté des vivants ! Impossible de retenir le nom de cet horrible animal diabolique qui sèmera un carnage chez nous les vivants. Un nom de bête féroce il me semble mais, j’ai encore oublié de fermer ma porte à clé en partant ce soir.
J’ai tellement hâte de rejoindre Rose la nuit pour la prendre dans mes bras et la consoler du départ de son frère Jim. Malgré tous les mauvais présages de ces deux commères à la langue fourchue, je veux être avec elle ma Rose dans sa maisonnette au cœur de la forêt. Vivre tout bas auprès d’elle, calmer sa peur, ses angoisses face à une vie qui se cabre et la malmène. Lui murmurer à l’oreille les paroles de cette vieille chanson qui brûle mais qui apaise. Et la bercer avec amour et tendresse. Je l’aime tant !
Françoise Boyat
Ici , c’est tout un festival que les Sœurs Jacob organisent chaque été de l’autre côté du lac au clair de lune. Toutes deux sont passionnées de lecture pour l’une, de cuisine et de plantes médicinales pour l’autre. Jim, la Requine, comme on la surnomme au village, est l’aînée. Malgré son nom de bête féroce, elle est toute douceur et légèreté quand elle évolue dans son jardin ou son potager aux mille couleurs.
C’est elle qui a eu l’idée de conjuguer leurs passions pour redonner vie à ce hameau qui se mourrait et le maintenir coûte que coûte du côté des vivants.
Rose s’est emballée très vite pour ce projet, un peu fou, il est vrai.
Elle, au contraire de Jim, c’est un volcan, un magma qui bouillonne, une vie qui se cabre… Elle ne peut vivre tout bas, il faut qu’elle explose, qu’elle court, crie, chante, escalade les rochers et grimpe toujours plus haut !
Mais Rose, la nuit, pour calmer son corps et son esprit qui galopent, se réfugie dans la lecture.
Alors, quand Jim lui a lancé l’idée de ce festival, mêlant découverte des odeurs et des saveurs et écoute de beaux textes, elle a immédiatement adhéré à ce projet, original comme elle les aime…
« Nous l’appellerons la nuit bleutée et même si nous traversons des orages, nous continuerons à croire en cette alchimie des sens et chaque année nous inviterons de nouveaux auteurs tel celui qui a écrit Trois fois la colère, par exemple … »
Et c’est ainsi que, depuis trois ans, chaque été dans le jardin des sœurs Jacob, on peut tout à la fois, déambuler au milieu des fleurs, goûter des mets délicats, respirer de doux parfums et écouter de magnifiques textes, les pieds dans l’herbe, la tête dans les étoiles.
Géraldine Jimenez
Le festival de Noviro
« Ici c’est tout un festival, tu devrais venir nous rejoindre » voilà ce que les sœurs Jacob avaient proposé à Jim. Alors, Jim était venu, il en avait assez de vivre tout bas, il voulait vivre fort et être du côté des vivants où l’on savoure la vie.
Jim habitait la ville de Magma, de l’autre côté du lac, ville où l’on s’empêtrait dans la querelle à la française et dans un racisme appuyé.
Originaire du Japon, Jim avait déjà de prénom pour accélérer son intégration mais c’était peine perdue. Les concitoyens lui avaient maintes fois répété “Ici, on ne dit pas sayonara, ce n’est pas entendable.”
Alors, il avait attendu la nuit bleue où la lune éclaire le ciel, il a mis la clé dans sa poche et il partit rejoindre les sœurs Jacob.
Elles lui avaient dit que le festival de Noviro se voulait fédérateur et qu’il renforçait les liens communautaires. En débarquant en plein festival Jim a tout de suite reconnu cette vieille chanson qui brûle la tristesse. Il était conscient maintenant que devant lui se dressait une vie qui se cabre au son de la musique.
Lors d’une cérémonie, la sorcière à la jambe d’os avait aidé Jim à enterrer par trois fois la colère qui était dans son cœur pour laisser place à la joie et à l’euphorie.
La banderole « Ici c’est tout un festival » flotte toujours à l’entrée de Noviro, les sœurs Jacob et Jim recrutent. Ça vous tente de les rejoindre ?
Hélène Bordenet
Ici, c’est tout un festival ! Ici tout semble calme, une parenthèse ouatée coupée du tumulte extérieur. Aux murs, une marine et un paysage alpestre enneigé, en harmonie avec les boiseries claires. Deux lampes en opaline diffusent une chaude lumière. Sur la table basse, quelques revues d’art et de psychologie, des albums enfantins aux titres un peu déroutants « La sorcière à la jambe d’os », « Les contes du petit duc », un hors-série du Nouvel Obs consacré aux prochaines présidentielles « Querelle à la française, les enjeux de la campagne 2027 », un manuel écorné de pédiatrie « Bonjour bébé ».
Nous sommes trois à partager ce carré de solitude et de même vulnérabilité. Dans le coin le plus sombre, près du grand ficus, un adolescent réfugié sous la capuche protectrice de son sweat-shirt, le regard perdu dans sa nuit bleue. A l’opposé, une jeune femme ronge discrètement l’ongle de son pouce, les yeux rivés sur le parquet de chêne ancien, absorbée dans le magma de ses pensées. Face à elle, sous le cadre affichant « Merci de bien vouloir attendre qu’un praticien vous appelle. », un imperceptible sourire posé sur un visage aux yeux mi-clos , Rose a la patience sereine de celles qui touchent au but : aujourd’hui est celui de son dernier rendez-vous. Trois ans déjà, à raison d’une séance hebdomadaire… Lasse de vivre tout bas, elle avait alors décidé de venir ici poser sa parole. A l’époque, elle ne savait quel nom donner à sa colère, un nom de bête féroce en tout cas, pour une colère terrible et qui la terrifiait. Pourquoi pas « la requine », en souvenir de cette majestueuse femelle dont le corps, nostalgique du grand large à jamais perdu, venait heurter les parois de verre du Centre Nausicaa à Boulogne-sur-mer ? Cette vision hantait Rose, la nuit . Toute une vie qui se cabre dans un aquarium de pacotille pour touristes aux pupilles enchantées. Et cette vieille chanson qui brûle revenait lancinante « le long, le long des golfes pas très clairs…Oh Gaby… ».
« Nous traverserons des orages » avait prévenu sa thérapeute de sa voix bienveillante mais vous nagerez à nouveau dans des eaux plus calmes…
Oui, elle avait vraiment failli passer de l’autre côté du lac, tentée par les âmes errantes de la nuit infernale. Mais aujourd’hui, elle était heureuse, trois fois heureuse de revenir enfin du côté des vivants. « Rose ? C’est à nous, entrez. »
Hélène Colineau
Ici, c’est tout un festival… Martha la sorcière à la jambe d’os s’en vient, en pétard.
Du côté des vivants, sa voisine Rose, la nuit dernière, a pris le prétexte d’une soirée déguisée pour se grimer en Martha. Sur l’air des « Démons de minuit », cette vieille chanson qui brûle, elle a fait rire tous les humains, jusqu’à l’autre côté du lac, avec ses vieilles nippes et ses cheveux emmêlés.
Martha ne peut laisser passer un tel affront. « Nous traverserons des orages », prédit-elle. Elle va faire parler trois fois la colère.
Est-ce que Martha aurait dû vivre tout bas pour taire sa différence ? Aurait-elle dû rire avec la foule et ne pas chercher querelle à la Française ? Martha n’est pas d’accord, elle affirme sa singularité, et tout en elle flamboie. C’est une vie qui se cabre, les cheveux en magma, les yeux lançant des éclairs dans la nuit bleue.
Sous la lune montante, Martha tambourine à la porte de Rose. Une clé tourne dans la serrure. Rose l’accueille et l’écoute, et voilà que le volcan s’apaise. Martha peut exprimer ses griefs, Rose reconnaît qu’elle aurait pu s’abstenir de la singer. On ne se dit pas vraiment pardon, on ne dit pas sayonara, mais on se dit au revoir, et peut-être qu’une amitié naîtra de cette maladresse qui les a amenées à se rencontrer.
Marie-Claire Sanchez Moreno
Ici, c’est tout un festival qui nous absorbe.
Tout commence par les souvenirs, les soirs de pleine lune contés par les sœurs Jacob.
Elles nous donnent rendez-vous de l’autre côté du lac à l’orée du bois pour mieux nous faire ressentir les sensations tragiques de leurs vécus.
Ayant grandit dans une vieille cabane, sans eau sans électricité se nourrissant de baies sauvages, de pêche, de lapin de garenne cuit au feu de bois…
Enfants, les nuits bleues les terrorisaient, de grands cris d’oiseaux aux sons glaçants les paralysaient de peur.
Elles se blottissaient l’une contre l’autre autant pour se rassurer que pour se réchauffer.
De ce temps-là, les adultes avaient d’autres préoccupations et ne s’intéressaient guère aux besoins des enfants, une fois l’étape bonjour bébé passée.
Chacun devait s’accommoder de son mode de vie familial et grandir comme il pouvait.
C’est livrée à elle-même sillonnant la forêt pieds nus, les cheveux hirsutes, la morve au nez.
C’était ainsi, et surtout ne jamais se plaindre, garder ses peurs pour soi, vivre tout bas sans bruit ne pas se faire connaître, les gens du village les enverraient directement à l’école.
Courir dans les bois, construire des cabanes de Fougères, ramasser des brindilles pour le feu l’hiver.
Se créer un univers bien à elles « le conte du petit duc »référence à Jim qui nageait souvent dans le lac.
Devenu amis, il détenait la clé du mystère du coffre trouvé enfoui près des roseaux.
Un corbeau venait s’y poser et poussait des cris effrayants laissant pour message qu’une entité malveillante hantait les lieux, dès la lueur rose la nuit, avant de devenir nuit noire dans un silence terrifiant et quitter le monde du côté des vivants.
On dit depuis qu’en éprouvant trois fois la colère dans une querelle à la française c’est toute une vie qui se cabre.
Et depuis les arbres, les animaux, les insectes, les grenouilles, les crapauds et les oiseaux se réunissent autour du lac pour écouter cette vieille chanson qui brûle les âmes errantes et capture les esprits, les faisant disparaître dans l’immensité cosmique.
Mel
Ici, c’est tout un festival, la clé de sa réussite tient à l’implication sans faille de tous ceux qui l’organisent. Ils savent partager et transmettre leur goût prononcé pour la lecture et l’écriture.
Il est agréable de se laisser emporter par un titre de livre au nom de bête féroce, ou une première de couverture imagée qui donne envie de savoir ce qui se cache de l’autre côté du lac lorsque la lune apparaît dans la nuit bleue. Les voyages proposés aux lecteurs ne sont pas un magma de livres et d’auteurs, mais une épopée fantastique du côté des vivants.
Participer de près ou vivre tout bas l’ambiance chaleureuse de cet évènement, est un mélange d’émerveillement et de délectation dans un monde qui ne sait plus où il va. Ici, on ne dit pas sayonara, nous savons que nous traverserons des orages, mais nous savons également que nous nous retrouverons l’année suivante pour célébrer encore et encore les livres, les auteurs, et les lecteurs.
Les rencontres ne sont pas fortuites, nous n’échangeons pas avec Pierrette, Paule, Jim, ou Jacques, par convenance, mais parce que le goût du verbe juste nous unit. Les divergences de points de vue sur un roman, ou une œuvre, nourrissent les lecteurs mutuellement sans éveiller trois fois la colère de quiconque.
À voir les uns et les autres s’affairer comme des abeilles autour de cette parenthèse romanesque, on imagine bien que le choix des auteurs et des livres présentés est loin d’être une querelle à la française. Le bon déroulement de cette aventure n’est pas le fruit du hasard. Chaque année c’est une mécanique bien huilée, comme cette vieille chanson qui brûle les lèvres et qui revient à l’esprit sans même que l’on sache ni comment ni pourquoi.
Et nous lecteurs, surgissons pour voir éclore ce beau spectacle, non comme une vie qui se cabre, ni telle une rose la nuit, mais bel et bien comme des assoiffés en plein désert, avides de nouvelles lectures.
Myriam Finot
Ici, c’est tout un festival, un foyer haut en couleur, où raisonnent les voix rieuses, furieuses, fugueuses. Pourtant, c’est entre ces murs hérités comme un fardeau, qu’autrefois les sœurs Jacob arpentaient les couloirs vides et silencieux. Une vie qui se cabre et le destin ne leur permirent pas d’aimer et de bâtir une vie familiale. Elles n’en restaient pas moins battantes et heureuses, vivre tout bas elles ne le voulaient pas. Rose, la nuit s’imaginait mère, cette vieille chanson qui brûle au plus profond de vos entrailles. Le magma de ses pensées et ses espoirs formait un tourbillon en elle, et menaçait d’imploser. Quant à Jimena la bien nommée Jim, elle regorgeait de vitalité, toujours prête à affronter les dangers, braver trois fois la colère du ciel, escalader les montagnes. Toutes deux du côté des vivants, elles désiraient trouver la clé pour donner un sens à leur existence. Elles projetèrent d’adapter leur habitat trop grand et trop vide, de se professionnaliser pour créer un orphelinat. « Nous traverserons des orages, subirons la querelle administrative à la française, mais nous relèverons le défi ! » Et puis …. « Bonjour bébé » premiers mots émus et tremblants, prononcés pour écrire une nouvelle page. Une ère inconnue s’ouvrait, celle des genoux et cœurs écorchés à soigner, des rires pour consoler, des berceuses pour endormir, des aventures de La Requine, dans les contes de petit Duc pour distraire, des chants pour espérer. Vouées à une existence résignée, elles devinrent fondatrices d’une famille atypique.
Pascale Giraud
Ici, c’est tout un festival…
Dans cette famille, normale, banale…
Nuit bleue
Lune rose
Souffle de vœux
Aux tons de prose
Magma
Sous draps
Extinction
Constellations
En ébullition
Et fusion
Petit Duc conte
De l’autre côté du lac
Et requine compte
Tempo du tic-tac
On vit tout bas
Sous marbre blanc
Du côté des vivants
Gueulent les gars
Nom de bête féroce
Effraie le gosse
Trois fois la colère
Dans cet enfer
Vie qui se cabre
Sous le pouvoir
Tranchant de sabre
Bruit de couloir
Tourne la clé
Sous l’oreiller
Vieille chanson brûle
Corps somnambule
Tu es mon père
Tuer ma chair
Tu es pervers
Tu me fais taire
Un jour je parlerai
Au monde je dirai
Mon cœur muré
Mon être objet
Nous traverserons des orages
Romprons avec l’héritage
Nous vivrons sous des horizons
Loin des incestueuses maisons
Paule Kuffler
Lors de cette nuit bleue, les sœurs Jacob ont trouvé la lune bien étrange. Elles voulaient malgré les risques, rejoindre le côté des vivants, fuir le nord de l’Irlande et passer de l’autre côté du lac. Elles ont chanté cette vieille chanson qui brûle encore leurs cœurs et leur rappelle des souvenirs douloureux. Rose, la nuit les a trouvées en pleurs et bouleversées sur la berge interdite. Elle a
voulu les accompagner et leur a dit « Nous traverserons des orages mais nous les retrouverons, nos familles, nos amis. Les combats nous ont obligés à nous disperser mais nous ne laisserons pas la nuit nous détruire et effacer tous les moments radieux du passé. Nous n’accepterons plus de vivre tout bas, d’être soumises à des monstres. Nous invoquerons un nom de bête féroce, la requine pour déjouer les sorts et éloigner la Banshee, cette créature qui semble nous poursuivre. Trois fois la colère nous envahira mais nous aurons la clé pour nous échapper de ce monde inhumain. Nous chercherons partout des traces, des indices pour nous délivrer. On ne dit pas Sayonara quand la vie se cabre à nouveau pour tenter de retrouver les siens.
Philippe Allex-Billaud
Ici c’est tout un festival, Les sœurs jacob nous envoûtent avec les contes de petit duc, ce fantôme qui hante les arbres centenaires de nos forêts épaisses.
Jim entonne cette vieille chanson qui brûle nos âmes damnées par tant de féroces combats inutiles et destructeurs de notre monde. De l’autre coté du lac, mille feux transforment la nuit bleue en un magma incandescent, tel la lave d’un volcan en fusion, autour duquel danse et chante le peuple enivré par cette fête inespérée.
Ce moment suspendu, comme une vie qui se cabre, nous unit et nous transcende avant les épreuves qui nous attendent où nous savons que nous traverserons des orages.
Déjà un nom de bête féroce circule dans les esprits, effrayant comme une bête du Gévaudan que tout le monde craint, que personne n’a vu et pourtant, au petit matin, le sang des victimes coule dans le sillon de nos blés levants.
Cette peur ancrée comme un châtiment divin nous impose de vivre tout bas, de toujours courber l’échine, de ne plus exister, d’abandonner notre vaine querelle à la Française qui pourtant nourrissait notre quotidien de valeurs auxquelles on voulait croire.
Cette calamité, c’est la sorcière à la jambe d’os qui nous l’annonce et, rien ne peut être pire, car elle est le symbole de tant de guerres, de tant de ravages. Ce pire qu’elle nous promet c’est la requine !
A cette évocation le peuple tremble , tout est peur et désolation, tout est angoisse face au péril à venir.
Mais ce soir la magie opère, le festival est là, il nous réunit, il nous transporte dans le tourbillon de l’oubli, dans l’ivresse de la rencontre… Ce soir, le peuple est du coté des vivants et rien ne peut lui arriver.
Renaud Blunat
– Ici, c’est tout un festival.
Jim n’a pas eu besoin d’en dire plus, une fois qu’il a tourné la clé me condamnant à rester avec lui dans la nuit bleue de l’arrière salle.
– Bonjour Bébé.
Il apprécie particulièrement que je l’appelle ainsi. Bébé, c’est loin d’être un nom de bête féroce devant un colosse de deux mètres frisant les cent vingt kilos. Quant à la poésie que pourrait suggérer la couleur du plafond, ce n’est pas l’effet d’un vague morceau de lune qui s’épanouit de l’autre côté du lac. La pièce, au fond de son magasin n’est qu’un magma d’ordinateurs éventrés, dernier sursaut technologique d’une vie qui se cabre et qui refuse de s’endormir sous les néons azurs.
– Ben mon bébé, celui-là c’est un nouveau ? Comment vas-tu réparer cette antiquité ?
– Normal qu’il soit si vieux. il a été apporté par les sœurs Jacob, dorloté à bout de bras par la sorcière à la jambe d’os, celle qui boite même quand elle ne marche pas.
– J’aimerais tellement savoir ce qu’elles gardent comme secrets ces deux-là, à vivre tout bas, en catimini et à cracher leur venin à l’église. C’est le curé ou cette tour décrépie qui a les choses les plus croustillantes ?
– Bof. Je n’ai vu que deux dossiers sur l’écran.
– Mais raconte-moi, bébé. Si je pouvais trouver ne serait-ce qu’une histoire grivoise ou compromettante, juste pour rigoler au bar avec les copines.
– Elles devaient être en manque d’inspiration. Il y a un truc genre « trois fois la colère » et le titre le plus torride est « cette vieille chanson qui brûle ».
– Faut qu’on les ouvre. Tu te rends compte qu’il y a peut-être tous les mystères des familles du coin, toutes les cachotteries d’une génération. C’est l’autopsie du village que tu possèdes entre tes murs.
– Non !
– Bébé, s’il te plaît.
– On ne dit pas sayonara à mon travail pour ça. Tu sais, le seul boulot qui nous permet de vivre en ce moment.
Rosemarie Chazay
Ici c’est tout un festival qui se met en place… une bonne organisation c’est la clé du succès. Avec mes amies, les sœurs Jacob et Jim mon époux, nous avons tout passé en revue. Nous espérons une pleine lune, où la nuit bleue contribuera à ambiancer avec sa douce lumière.
De l’autre côté du lac, sur la scène principale, doivent se jouer quelques courtes pièces de théâtre. Au programme nous avons : bonjour bébé, la Requine ou encore trois fois la colère de notre chère Laurine Roux. Nous attendons de très bons comédiens, je sais qu’ils vont enchanter le public.
Nous traverserons des orages peut être, car, parfois il y a une vie qui se cabre et affiche son mécontentement.
De ce côté, une estrade pour des spectacles plus intimistes a été installée. Des chanteurs et chanteuses entonnerons des complaintes de Piaf ou de Joséphine Baker, comme cette vieille chanson qui brûle les cœurs : j’ai deux amours.
C’est toujours un peu une querelle à la française que de vouloir créer des festivités pour tous. Il faut bien s’ouvrir au monde au milieu de ce magma de mauvaises pensées, essayer de ne pas vivre tout bas, rester et être au côté des vivants, rester et être au côté du vivant.
Nous savons que notre programmation est exceptionnelle. Il nous tarde d’affronter cet événement car, ce sera l’aboutissement d’un travail acharné. Allez on ne dit pas sayonara mais plutôt haut les cœurs et surtout, on va en conter au petit duc… qui ne croyait pas à notre utopie…
Sylvaine Beaumelle
Ici, c’est tout un festival.
La lune illumine la nuit bleue. Jim dit bonjour au bébé qui joue avec la clef accrochée à son berceau.
Dans le lointain retentit cette vieille chanson qui brûle les lèvres comme le magma en fusion. Cela lui rappelle la querelle à la française dans une vie qui se cabre où trois fois la colère se déclenche du côté des vivants.
Chez les sœurs Jacob pour vivre tout en bas de l’autre côté du lac Rose, la nuit, les contes de petit Duc sous le bras, va rejoindre la sorcière à la jambe d’os.
On ne lui dit pas sayonara mais on crie le nom d’une bête féroce pour intimider les esprits.
Avec la requine et le monde de la forêt, nous traverserons les orages pour un lieu inconnu.
Véronique Pédréro
Dans la nuit bleue brille la clef, celle aux courbures rondes comme la Lune pleine des soirs qui tremblent. Assises sous l’arbre centenaire qui les nous a vues naître, nous, les sœurs Jacob, attendons la créature, celle que tant d’autres affublent d’un nom de bête féroce. Nous sommes du côté des vivants, de l’autre côté du lac, avec au seuil de nos lèvres cette vieille chanson qui brûle, profonde invitation pour que la bête s’approche sans crainte.
C’est toujours à Rose, la nuit, que revient le geste – poser l’objet d’argent au creux de sa main pâle, sur la peau, avec patience, sans heurt. Même si parfois vibre en elle une vie qui se cabre, qui se cambre, en raison de son âge.
Quoi qu’il advienne, avec elle, toutes trois liées, nous traverserons des orages : L’aînée qu’on surnomme La sorcière à la jambe d’os tout simplement parce qu’elle a une jambe plus maigre que l’autre, Rose aux yeux noirs de nuit, et moi, La Requine en raison de mes cheveux couleur de feu.
Nous refuserons toujours de vivre tout bas, pour éviter que ne sonne trois fois la colère, nous refuserons toujours de contenir le magma de nos ventres. Céder signerait la mort de la créature qui relie les mondes : celui des humains et l’Immensité.
Mais il est temps pour moi de me taire
J’entends la forêt bruire et des pas feutrés approcher
La Lune est à son zénith
La clef brille comme une étoile
Je perçois un souffle humide aussi souple qu’un ruisseau. La bête sera bientôt là.
Violette Chabi
Ici, c’est tout un festival du côté des vivants. On rit, on chante, on danse, on fait la fête. Parfois on lit des poèmes à voix haute, tard le soir au clair de lune, dans la nuit bleue. Mais ce soir-là de l’autre côté du lac où les roseaux ondulent sous une brise légère, il y a les sœurs Jacob, deux jeunes filles un peu fantasques, des rescapées à ce qu’on dit. Toujours vêtues de noir. Elles se promènent, fantômes sombres dans la nuit devenue mauve. Au détour d’un sentier, elles rencontrent Jim, un garçon un peu original. Cheveux longs, jeans délavé et sandales à lanières de cuir usé. Dans le village on le dit un peu fou. Penser est difficile, c’est pourquoi beaucoup de gens jugent.
– Salut les filles. Un sourire éclaire son visage fatigué. Venez voir la cabane que j’ai construite.
J’ai la clé. Je l’ai appelé la Requine.
– Mais c’est un nom de bête féroce.
– C’est pour éloigner les esprits du mal. Car là tout n’est que paix et sérénité. Et tout doit rester paisible. La Requine c’est une dent de requin incrustée dans la roche. Surtout il ne faut pas l’ouvrir. Il faut vivre tout bas comme moi.
– Mais tu délires. Tu as trop lu les contes du petit Duc.
– Oui je lis beaucoup. Je m’enivre de la beauté des mots. Je découvre de l’inattendu. Vous connaissez la sorcière à la jambe d’os ? C’est Gila. Ce n’est pas une sorcière. C’est mon avatar.
– Jim ton cerveau est dans un magma inextricable. Cesse d’inventer des histoires qui font peur.
– D’accord. Alors je vais chanter cette vieille chanson qui brûle. Elle parle des forêts, des arbres, des rivières, du bleu noir des montagnes avant le lever du soleil et de la liberté. De tout ce que j’aime.
– Ciao Jim. Nous allons voir les lucioles dans les hautes herbes du bord du lac. Prends soin de toi.
– Eh les filles ! Croyez-moi… Bientôt nous traverserons des orages.
Virginie Escoffier
À mon Jim,
Ici, c’est tout un festival d’émotions.
Bonjour Bébé Jim, c’est Maman,
J’approche de ma libération,
J’arrive du côté des vivants.
Un jour je trouverai la clé,
Tout en restant ton réconfort.
Trois fois la colère a gagné,
Et ce magma flambe encore.
C’est comme une vie qui se cabre,
Ou une vieille chanson qui brûle.
Nous vivions tout bas à quatre,
Nous vivions en rose la nuit bleue.
Ce paradigme ne me va plus.
Et en évitant le ressac,
Je suis intimement résolue,
J’irai de l’autre côté du lac.
Armée de tout mon courage,
Pour fermer cette parenthèse.
Nous traverserons d’autres orages,
Comme les querelles à la française.
Je te veux tout contre mon cœur,
Veillant le soleil et la lune,
Dessinant ce nouveau bonheur,
À la pointe de notre plume.





